Après une phase de poules globalement maîtrisée, le Sénégal entre dans le vif du sujet avec les huitièmes de finale. Plus le droit à l’erreur pour Pape Thiaw, désormais contraint de trancher dans son riche effectif et d’assumer ses choix forts.
Le Sénégal affrontera le Soudan dans son huitième de finale de la CAN samedi à 16h00 au stade Ibn Batouta de Tanger. Avec 28 joueurs tous capables, selon lui, d’être titulaires, Pape Thiaw dispose d’une profondeur de banc rare pour aller chercher la qualification. Une richesse qui peut vite devenir un casse-tête. Le sélectionneur n’a d’ailleurs pas hésité à surprendre : face au Bénin, il avait opéré pas moins de cinq changements dans son onze de départ.
Certains ont porté leurs fruits, d’autres ont relancé le débat sur l’équilibre collectif et la hiérarchie interne.
Un secteur offensif réajusté
Le schéma en 4-3-3 a bouleversé la donne. Ismaïla Sarr, pourtant cadre, a perdu sa place en raison du système, tandis que Nicolas Jackson, auteur de deux buts mais critiqué pour son manque d’efficacité, peine à convaincre totalement.
Devant, la ligne d’attaque semble désormais stabilisée autour du trio Sadio Mané – Iliman Ndiaye – Habib Diallo.
Mané reste l’âme du collectif, Ndiaye cherche encore son match référence, et Diallo, bien que moins impliqué défensivement, conserve une efficacité précieuse devant le but.
Des remplaçants qui montent en puissance
Il faut désormais réactualiser l’apport du jeune Ibrahima Mbaye, devenu une véritable arme de déstabilisation. À chacune de ses entrées, l’ailier dynamite les défenses par sa vitesse, sa percussion et son audace. Un profil capable de faire basculer un match fermé.
Autre option crédible : Cheikh Sabaly, dont la polyvalence sur les ailes offre une alternative intéressante à Iliman Ndiaye. Ces deux jeunes joueurs incarnent la nouvelle vague, celle qui peut créer la différence dans le money-time des grands rendez-vous.
L’entrejeu, nouveau point d’équilibre
C’est le secteur qui a suscité le plus de débats depuis le début du tournoi. Les essais du premier tour ont parfois manqué de liant, mais une certitude se dégage : le trio Idrissa Gana Gueye – Pape Gueye – Habib Diarra semble s’imposer naturellement.
L’expérience et la rigueur de Gana, la projection de Pape Gueye et la justesse technique de Diarra offrent un équilibre rare, à la fois dans la récupération et la transition vers l’avant. Ce trio incarne la stabilité que recherche Thiaw à l’approche des matchs couperets.
Des choix assumés, des talents en attente
Dans cette redistribution des cartes, Pape Matar Sarr et Lamine Camara apparaissent comme les grands perdants. Titularisés face au Bénin, ils ont souffert du rythme et de l’impact physique adverse.
Leur potentiel reste indéniable, mais la CAN impose des décisions immédiates. À ce stade, la forme du moment prime sur les promesses d’avenir.
Une défense à composer sans Koulibaly
La suspension du capitaine Kalidou Koulibaly redistribue les rôles derrière. Abdoulaye Seck, solide face au Bénin, a marqué des points et pourrait logiquement conserver sa place.
Pour l’accompagner, Mamadou Sarr – très appliqué lors de son entrée – et Moussa Niakhaté, resté sur le banc, se disputent la succession. Une équation à résoudre avec discernement pour maintenir la solidité défensive.
Pape Thiaw face à son destin
Le sélectionneur le sait sans doute : à ce stade, chaque choix compte. Il ne peut plus composer pour faire plaisir ni céder à la pression populaire. Le Sénégal a tout pour aller au bout, à condition de rester fidèle à ses idées et d’exploiter la dynamique du moment.
Les Lions avancent avec des certitudes, mais aussi des options nouvelles capables de faire la différence. Désormais, le moindre faux pas sera fatal et Pape Thiaw le sait mieux que quiconque.
Cheikh Gora DIOP, Moussa SOW (photos), envoyés spéciaux à Tanger (Maroc)


