À Dakar, le yoga ne se pratique pas dans des temples comme en Inde, mais plutôt dans des salles de sport. Passionnés de cet exercice, des Sénégalais se sont mis à l’expérimentation de la discipline. Au Dakar Université club (Duc) Yoga, la discipline a conquis le cœur de nombreux admirateurs abonnés aux «soins de l’esprit» depuis plusieurs années.
Ils sont étalés à même le sol, les mains étirées, la respiration contrôlée. Ce sont les abonnés du groupe de yoga du Dakar Université club. Une vingtaine de membres, en tout, passionnés par le yoga. Cette discipline est considérée comme une pratique millénaire originaire d’Inde, qui vise à apporter un équilibre entre le corps, le mental et le spirituel. Il s’agit à la fois d’une philosophie et d’une discipline comportant diverses techniques. Cette branche de la spiritualité constitue donc un moyen de faire interagir l’âme et l’esprit. Friands des exercices de spiritualité, les pratiquants de yoga ont l’habitude de se donner rendez-vous, chaque dimanche matin, au Camp Jeremy, annexe de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). À la salle de sport où se pratiquent d’autres disciplines comme l’aïkido, les membres du Duc Yoga viennent soulager leur conscience et libérer les ondes négatives. Exception à la règle, ce dimanche matin, les adeptes de cette discipline hindoue sont en excursion au « Jardin d’Eden » du Parc de Hann.
Un havre de paix
Une façon de voyager à travers le temps en Inde, pays qui a accueilli Adam et Eve (ou encore Adama et Awa), après leur chute du paradis, selon les religions révélées. Après une heure d’entraînements physique et spirituelle, le temps est au repos. La séance de yoga de ce matin est suivie de discussions. Assis sur des nattes, le corps détendu, chacun y va de son expérience et de son vécu avec le yoga. Pour Ahmed Fall, coach du Duc Yoga, la discipline a des bienfaits inégalables, car elle permet de tirer le meilleur de l’individu. Il accumule des années d’apprentissage enrichies par des stages en Inde et une expérimentation dans beaucoup de pays d’Afrique. Ses élèves, conquis par ses démonstrations, se disent soignés de leurs maux.
El Hadji Dramé, professeur de Sciences de la vie et de la terre (Svt) et pratiquant depuis plus de 15 ans, avait observé un arrêt, entre 2020 et 2021. Il s’est vu renaître après un tragique accident. « Je pratique le yoga depuis plusieurs années, mais durant la Covid-19, j’avais arrêté pour un moment. Et là, j’ai repris après avoir subi un accident tragique qui m’a fait avoir des pertes de mémoire. Depuis que j’ai repris, je me sens revivre. Le yoga m’a toujours procuré du bien », témoigne-t-il. Elhadj Dramé est appuyé par une camarade de cours, dont son histoire est presque similaire à la sienne. Dans sa quête d’un bien-être, suite à un accident de voiture, qui a failli lui coûter la vie, Bineta Mbengue a embarqué toute sa famille dans son aventure. Ses deux sœurs et elle se sentent apaisées par la pratique de cette discipline spirituelle. L’une d’elles confie s’appuyer sur les techniques de yoga pour parfaire l’art de faire des massages traditionnels. « Je pratique le yoga et en même temps je fais prospérer mon métier en appliquant les enseignements que j’apprends ici sur mes patientes et je reçois toujours de bons retours venant d’elles », indique-t-elle, dans une humeur bon enfant. Allant dans le même sens, Khadidiatou Diagne se dit « ressuscitée » par le yoga. « En 2002, j’ai subi une grave chute durant un cours d’aïkido. Je suis ensuite passée dans tous mes états. J’ai pris plein de médicaments dont la morphine pour soulager mes douleurs, mais rien ne me faisait du bien. Ma rencontre avec le yoga a été magique. C’est, depuis longtemps, ce qui arrive à m’apaiser. Il suffit que je le pratique pour oublier mes douleurs », témoigne-t-elle devant une assistance médusée.
Parmi ce public, Fatou Ndoye, enseignante à la retraite, dit avoir été poussée par le stress après la retraite. Restée inactive durant plusieurs mois, elle décide de se mettre au sport. « Au-delà de la pratique du sport, la discipline apporte du bénéfice », assure Mme Soumaré, adepte depuis 2015. La sexagénaire Rama Fall a l’habitude de conseiller cette activité relaxante à toutes ses connaissances. « Je n’ai jamais ressenti les signes de la ménopause. J’écoute parfois des amies se plaindre de bouffées de chaleur, mais moi je suis aidée par la pratique du yoga. J’ai appris à contrôler mon corps. Cela fait plus de 10 ans que je pratique. Il rend pur et humble. C’est une cure. Je me sens allégée et épanouie depuis le temps que je le pratique », confie-t-elle.
Un stage annuel organisé en Gambie
Alliant yoga et sport, Abdourahmane Diagne valse selon les jours, entre ses passions. Le yoga est particulièrement un sport qui le stimule, se plaît-il à raconter, à travers sa propre expérience. « Une fois qu’on y a goûté, on ne laisse jamais tomber. C’est comme une drogue. Quand on arrive à trouver le bien-être, on ne peut plus s’en passer », révèle-t-il.
Sous la houlette de l’Association nationale des professeurs de yoga du Sénégal (Anpys), la vulgarisation de la discipline est en train de faire un grand bond en avant au Sénégal, d’après le coach Ahmed Fall. En ce sens, les adeptes ont l’habitude de participer à un stage annuel en Gambie. « Nous prévoyons, d’ici quelques années, d’organiser des séminaires en Mauritanie et au Mali. Pour cette année, nous ciblons une cinquantaine de personnes », laisse-t-il entendre. À part les salles de sport, le yoga s’est invité dans quelques écoles et salles d’accouchement, ajoute le maître Ahmed Fall, expert en 5 A yoga, qui voit par là une manière de rendre plus visibles leurs actions.
Marième Fatou DRAME