Avec 16 victoires et aucune défaite, Émile François Gomis dit Franc impose désormais son rythme à l’arène. L’homme à abattre, la nouvelle étoile au sommet, celui que tous observent et que peu osent affronter. Depuis son succès retentissant face à Tapha Tine le 15 février 2026, sa cote a explosé et les sollicitations des médias se multiplient. Mais Ndiago’Or reste fidèle à sa discrétion légendaire. Pour Le Soleil des Sports, il lève le voile sur ses ambitions, défie Balla Gaye 2, Siteu et Boy Niang 2, adresse un message avertisseur à Sa Thiès avant son combat royal contre Modou Lô et révèle son ambition d’élargir son empire vers le Mma.
Vous venez de signer votre 16e victoire en autant de combats contre Tapha Tine, le 15 février 2026. Est-ce une surprise de le battre ?
Pas du tout ! Je n’étais pas surpris par ma victoire. Je suis jeune, je travaille sans relâche. Je suis un athlète qui accepte de souffrir aux entraînements pour progresser.
Dans les mbapatt, vous aviez déjà battu des géants comme Thiaka Faye, Boy Faye ou Mamady Ndiaye. Mais en lutte avec frappe, Tapha Tine était votre premier véritable géant, très redoutable. Quelle stratégie vous a permis de tirer votre épingle du jeu ?
Il est vrai que Tapha Tine était différent de mes précédents adversaires. Mais j’ai la chance d’avoir un bon staff qui m’a préparé dans des conditions optimales. Beaucoup disaient que c’était un bagarreur aguerri. C’est pourquoi j’ai bénéficié d’un travail spécifique avec mon coach en boxe, Bollé Guèye. Nous avons énormément travaillé. J’étais prêt à lui faire face sur tous les plans. Au niveau du positionnement, il est de garde gauche et moi de garde droite, ce qui m’arrangeait. De toute façon, je n’ai aucun problème avec la garde d’un adversaire, qu’elle soit à gauche ou à droite : je suis à l’aise dans les deux registres. J’étais aussi persuadé que le combat n’allait pas durer. Je m’étais préparé à l’abréger.
Vous aviez l’habitude de donner un timing précis à vos adversaires. Il me semblait que, cette fois-ci, vous n’aviez pas annoncé, comme à l’accoutumée, un délai de 30 secondes pour terrasser Tapha Tine ?
Si, je l’ai fait. Je lui avais dit que j’allais le dominer en 30 secondes. Mais la réalité de l’enceinte m’a obligé à adapter ma stratégie. Il avait mis en place un plan différent, avec l’objectif de me piéger. En tenant compte de cela, j’ai suivi les consignes de mon encadrement technique pour éviter toute prise de risque inutile. Et cela m’a réussi.
Quelles étaient précisément les consignes techniques de votre staff ?
On m’a demandé d’être très attentif au positionnement de ses jambes. La consigne principale était d’éviter que l’appui de sa jambe avant ne perturbe mes plans. J’ai appliqué ce conseil à la lettre. Face à ce qu’il a proposé, j’ai rapidement compris qu’il ne misait pas sur la lutte pure. J’ai donc été contraint de mettre en œuvre mon deuxième plan stratégique.
Revenant sur la saison 2024-2025, particulièrement réussie pour vous, avec à la clé le titre de meilleur lutteur avec frappe après vos victoires sur Ama Baldé, qui semblait presque facile au final, puis sur Eumeu Sène…
Oui, lorsque mon combat contre Ama Baldé a été ficelé et programmé pour le 16 février 2025, il a cristallisé toutes les passions. C’était normal. Pour ma part, je n’ai jamais douté de ma victoire. Cette assurance, je la tire de mon sérieux à l’entraînement. Je connaissais mon potentiel. Mon adversaire avait laissé entendre que je le craignais. Ma réponse était simple : au coup d’envoi de l’arbitre, on saurait lequel de nous deux avait peur de l’autre. La réalité du terrain a démontré que je ne suis pas un froussard.
Les images d’un de vos face-à-face à l’Arène nationale de Pikine, marqué par un électrochoc, semblaient révélatrices de l’issue du combat. Le confirmez-vous ?
(Il éclate de rire) Absolument ! Il y a des faits de jeu qui parlent d’eux-mêmes. Tout le monde a vu ce qui s’est passé lors de ce face-à-face, puis le jour du combat.
Après ce succès contre Ama Baldé, votre duel avec Eumeu Sène a été scellé. Il avait juré de vous battre. Cela ne vous a-t-il pas fait douter ?
Pas du tout. Je n’ai jamais été atteint psychologiquement. Je suis resté serein, tout en respectant ses propos. Je ne suis pas du genre à rejeter l’avis des autres. Même si un adversaire estime que je ne sais pas lutter ou que je n’ai battu que des vétérans, je ne peux pas lui en vouloir. Chaque mot compte dans un combat, mais moi, je me concentre sur mes qualités et sur ce que je sais faire. L’essentiel, c’est de lutter et de gagner. Seule la victoire m’importe, quelle que soit la manière.
Siteu est sorti de son silence pour réclamer 300 millions de FCfa afin de vous affronter. Est-ce, selon vous, une manière de vous éviter ?
Je préfère ne pas trop m’attarder sur lui. Pour moi, le respect doit être mutuel. Il doit apprendre à respecter les autres. Sa manière de communiquer est antisportive. Dans un contexte où les autorités ont déjà pointé du doigt certains excès verbaux au point de menacer l’organisation de la lutte, je pense qu’il faut faire preuve de responsabilité. Je ne cautionne pas les propos violents. Ce n’est pas bon pour notre discipline.
Êtes-vous certain que votre combat contre Siteu aura lieu tôt ou tard ?
Si nos chemins se croisent un jour, il n’y aura aucun problème. Nous nous affronterons sans souci.
Le père de Boy Niang 2, De Gaulle en l’occurrence, a affirmé que vos proches, y compris Modou Lô, n’oseront pas vous laisser affronter son fils. Quelle lecture en faites-vous ?
C’est juste un avis. Cela ne me perturbe pas. Ce que je peux leur dire, c’est que ma dernière victime, Tapha Tine, l’avait corrigé de 17 heures à 20 heures. Moi, j’ai affronté le même lutteur et je l’ai saisi pour le terrasser facilement. Il faut simplement attendre que mon combat contre Boy Niang 2 soit ficelé, et on verra bien. Je n’en dirai pas plus.
Êtes-vous convaincu que le combat en question se tiendra, surtout que Boy Niang 2 a avancé avoir trouvé un accord avec un promoteur de la place ?
C’est faux ! Il n’a conclu aucun accord avec un promoteur pour un combat contre moi. Pour être plus clair, aucun promoteur ne m’a encore fait d’offre ciblée après mon combat contre Tapha Tine.
Même pour un duel avec Balla Gaye 2, qui vous a récemment défié ouvertement ?
Je n’ai effectivement reçu aucun appel d’un promoteur pour me proposer Balla Gaye 2, ni un autre potentiel adversaire.
Le fils de Double Less a déclaré qu’il est capable de freiner votre ascension au sommet. Quelle réponse pouvez-vous lui servir ici ?
(Rires) Je lui demande d’abord de se soigner. Il tenait des discours qu’il assumait le jour de ses combats, mais j’avoue qu’il n’en est plus capable. Je lui suggère de suivre correctement ses traitements médicaux pour être apte à combattre. Après cela, nous pourrons parler d’un éventuel affrontement.
Peut-on savoir si votre combat contre Balla Gaye 2 est une possibilité ?
Pour être clair, les trois lutteurs dont vous venez de me parler, à savoir Siteu, Boy Niang 2 et Balla Gaye 2, sont effectivement des adversaires potentiels. Je ne le nie pas. Balla Gaye 2 a réalisé un parcours que nous n’avons pas encore accompli. Mais par rapport à sa récente sortie, je dirais qu’il ne faisait que lancer des piques. C’est tout à fait normal. Bref, ce sont tous des champions de renom. Si un jour un combat se dessine contre l’un d’eux, nous nous affronterons sans problème.
Dans une émission sur Albourakh Tv, les chroniqueurs Fadam 2 et Bour Guéweul ont plaidé pour que votre combat contre Balla Gaye 2 s’impose, estimant qu’il ne serait pas un jeu d’enfant. Entre Balla Gaye 2, Siteu et Boy Niang 2, qui devrait être votre plan A, B et C ?
Pour être franc avec vous, retenez que je suis capable de les croiser tous les trois (Balla Gaye 2, Siteu et Boy Niang 2) dans une même soirée de lutte et de les battre tous. J’en suis capable. Aucun d’eux ne peut m’ébranler. Dans l’enceinte, je suis en mesure de leur dicter la conduite à tenir et aucun n’osera se dérober. Je suis un lutteur qui travaille dur et je suis prêt à en découdre avec chacun d’eux le moment venu. Ce sont des Vip de ce sport que personne ne peut refuser d’affronter.
Pour beaucoup d’observateurs avertis de la lutte sénégalaise, notamment celle sans frappe, quatre noms pourraient freiner votre ascension au sommet : Serigne Ndiaye 2, Doudou Sané, Général Malika et Reug Reug. Êtes-vous du même avis ?
J’ai affronté ces quatre lutteurs dans des tournois de lutte simple. Nous nous connaissons bien. Je leur souhaite une carrière aboutie afin que nous nous retrouvions un jour en lutte avec frappe. On verra bien ce qu’il se passera le moment venu. Ils ne m’ébranlent pas. Ce sont des athlètes de la même génération que moi. L’avenir nous édifiera.
Selon une source crédible, Reug Reug serait pressé d’en découdre avec Boy Niang 2 pour le battre, puis s’attaquer à vous afin de vous infliger votre première défaite. Cela ne devrait-il pas vous inquiéter ?
J’ai l’habitude de le dire : je trace ma route. Tout lutteur qui se mettra sur mon chemin verra nos trajectoires se croiser, et les amateurs verront de quoi je suis capable. Concernant Reug Reug, je ne peux pas m’y attarder. Il est sous contrat avec un promoteur pour affronter Boy Niang 2. Je dois d’abord le laisser gérer ce dossier. Le jour où notre affrontement s’imposera, personne ne pourra s’y opposer. J’avance lentement, mais sûrement.
Le promoteur Mansour Bâ a indiqué que vous aviez signé deux contrats avec lui : celui contre Tapha Tine, disputé le 15 février, et un autre contre un adversaire à désigner pour une sortie prévue le 12 juillet prochain. Le confirmez-vous ?
Mansour Bâ est un frère, un vrai. Ce qu’il faut savoir, c’est que tout ce qu’il voudra entreprendre avec moi, il l’obtiendra facilement. C’est un frère qui me veut du bien.
Reconnaissez-vous que la couronne détenue par Modou Lô constitue aujourd’hui un «obstacle» à votre progression vers le sommet ?
Modou Lô est le détenteur du titre de « Roi des arènes » et j’en suis très fier. C’est mon mentor, mon conseiller et mon soutien. S’il est le « Roi des arènes », je le suis aussi, en tant que son protégé et son frère. Dites tout simplement que Franc est le « Roi des arènes numéro 2 ».
Pour beaucoup, à défaut d’un combat royal, vous devriez défier Siteu, présenté comme l’« Empereur » des arènes. Préféreriez-vous ce duel ?
Je ne souhaite pas vraiment m’étendre sur ce lutteur. Il n’a pas un palmarès plus reluisant que le nôtre. Siteu affirme que je ne suis pas son égal. Je ne vais pas entrer dans ce genre de comparaison ; je laisse les Sénégalais juger eux-mêmes nos deux parcours.
Quel est le combat le plus difficile de votre carrière ?
Je n’en ai pas encore vécu.
Et le plus facile ?
C’est à vous de me le dire, en tant qu’observateur averti. Je n’en ai aucune idée et je ne peux pas l’affirmer moi-même.
Comment avez-vous vécu votre premier grand événement contre Sokh, où vous aviez chacun encaissé un cachet de 8 millions de FCfa ?
C’était un grand rendez-vous de la lutte, placé sous le signe d’un derby explosif entre les Parcelles assainies et Pikine. L’affiche avait cristallisé toutes les passions. Ce fut un combat très disputé, qui a mobilisé les ténors des deux fiefs et bénéficié d’une forte médiatisation. J’avais finalement décroché une belle victoire.
Justement, quand comptez-vous vous marier ?
Si Dieu le décide, je m’y engagerai. J’ai vraiment hâte de me marier.
Souhaitez-vous un jour devenir pratiquant de Mma ?
Absolument, j’y pense. Actuellement, j’ai reçu des propositions de combats en Mma. Les négociations sont en cours. Si je trouve un accord avec une organisation, je n’hésiterai pas à signer un contrat. Les structures qui m’ont approché sont basées en France et en Italie.
Seriez-vous disposé à retourner en lutte traditionnelle sans frappe pour participer à des tournois dotés d’une forte mise financière ?
La lutte sans frappe évolue, et je m’en réjouis. J’en ai discuté avec plusieurs de mes conseillers. Je leur ai expliqué que si je n’avais pas de combat en attente en lutte avec frappe, je participerais volontiers à un gala doté d’une mise de 20 millions de FCfa à l’Arène nationale.
Après avoir battu Tapha Tine, vous aviez déclaré vouloir désormais vous concentrer sur le combat royal entre Modou Lô et Sa Thiès. Êtes-vous rassuré quant aux chances de votre mentor de s’en sortir ?
Je ne crains rien pour Modou Lô contre Sa Thiès. C’est un modèle de travail, un combattant vaillant qui s’entraîne avec sérieux et constance. Certaines personnes estiment parfois que je m’entraîne trop et que je devrais ralentir. Pourtant, c’est Modou Lô qui m’inspire. Il ne badine pas avec l’entraînement et accepte de souffrir pour rester performant. C’est l’une de ses grandes forces. Il est inspirant : qu’il ait ou non un combat en vue, il ne cesse jamais de s’entraîner. C’est pour cela qu’il reste toujours prêt.
Quelles sont vos ambitions, en dehors de devenir logiquement un jour « Roi des arènes » ?
Mes ambitions sont grandes et nombreuses. Je suis jeune, j’ai encore de l’avenir. J’ai des projets personnels que je souhaiterais réaliser, mais il y en a aussi qui germent dans l’esprit de mon entourage. Cela signifie que je souhaite concrétiser beaucoup de projets. Mais ce n’est pas du jour au lendemain que l’on obtient tout ce que l’on veut. J’avance lentement mais sûrement, et surtout dans une grande discrétion.
Aviez-vous exercé un métier ?
Oui, j’ai commencé comme ferrailleur, en faisant le chaînage dans la construction de bâtiments. J’ai arrêté ce métier parce que mon patron avait un chantier en Gambie et voulait que je l’accompagne. Comme j’étais encore enfant, mon défunt père a refusé que je fasse le voyage. Mon patron, Alé Kandji, est resté longtemps sans revenir. Après cette première expérience professionnelle, j’ai intégré une école de football, sans y rester longtemps.
Que pouvez-vous nous dire sur votre premier mentor, le regretté lutteur Moussa Dioum ?
(Il affiche un air triste) Ndeyssan ! C’est lui qui m’a éduqué et bien formé lorsque j’étais très jeune. Je fréquentais souvent chez lui. C’était l’idole de notre génération. Il est décédé pendant le mois de Ramadan. Je prie pour le repos de son âme. Le cadet de sa famille, Baye Lahad, est mon ami et mon frère. Comme lui, Zeum, Moussa Dioum 2 et Odinga sont des amis d’enfance. Nous avons grandi dans le même quartier.
Comment analysent-ils aujourd’hui votre progression, eux qui ont peut-être régressé ?
Ce sont des croyants. Ils acceptent le destin de chacun. Ils me poussent chaque jour à persévérer et à aller encore plus loin. Vous avez déjà réalisé un portrait sur moi dans Le Soleil des Sports et recueilli le témoignage d’Odinga. Ce sont des personnes qui me soutiennent et qui se battent pour ma réussite. Nous restons proches et partageons beaucoup de choses. Même après mon départ de l’écurie Parcelles Mbollo, que je partageais avec eux, rien n’a changé dans notre relation.
Justement, avez-vous des regrets d’avoir quitté Parcelles Mbollo pour Jambars Wrestling Academy ?
Beaucoup n’avaient pas compris ma décision à l’époque. Mais aujourd’hui, avec les résultats que je réalise et ma progression vers le sommet, ils ont fini par comprendre. J’ai désormais plus de soutien et d’accompagnement. L’histoire m’a donné raison. Je considère même que les Parcelles Assainies ont gagné, car c’est toujours « nous » malgré tout.
Avez-vous un message pour finir ?
Je profite de ce mois béni pour souhaiter un bon Carême à mes parents chrétiens et un bon Ramadan aux musulmans. Que toutes nos prières soient exaucées.
Propos recueillis par Abdoulaye DEMBÉLÉ

