Ibou Ndiaye, plus connu sous le nom de Niokhobaye, est l’une des mémoires vivantes de la lutte sénégalaise. Fin observateur des arènes, il maitrise aussi bien les grandes épopées que les mécanismes subtils de la succession des champions, notamment au sein de la communauté sérère. Il remonte le fil de l’histoire pour éclairer le processus de désignation des porte-étendards sérères. Selon le légendaire micro central (Mc) des arènes sénégalaises, cette transmission s’est longtemps faite naturellement. «Chez les Sérères, il était d’usage de dé- signer très tôt un champion, de le préparer sur le plan mystique et de l’ériger en véritable porte-drapeau de la communauté», rapporte-t-il. C’est ainsi que, lorsque Manga 2 et Ambroise Sarr se sont révélés au même moment, le choix s’est porté sans hésitation sur Manga 2. Avec Yékini, le processus fut tout aussi évident», relate-t-il. Mais après le règne du champion de Bassoul, la mécanique s’est enrayée. Une relève était envisagée, notamment autour d’Ablaye Ndiaye, sans qu’une désignation claire ne soit jamais actée. Pour Niokhobaye, l’absence de consensus explique en partie ce blocage, même si les véritables raisons restent internes à la communauté. Il identifie toutefois une cause majeure. En effet, plusieurs dignitaires interrogés à ce sujet révèlent qu’il y a eu division, avec les clans Manga 2 d’un côté et Yékini de l’autre. Une fracture qui, selon eux, pesait lourdement sur l’héritage sérère. Et Niokhobaye de conclure, presque de manière solennelle : l’union fait la force ».
Abdoulaye DEMBELE


