Le 31 octobre, Dakar donnera le coup d’envoi d’un rendez-vous inédit pour le continent africain : les Jeux olympiques de la jeunesse. Jusqu’au 13 novembre, les compétitions réuniront, sur plusieurs sites de Dakar, Diamniadio et Saly, 2 700 athlètes âgés de 15 à 17 ans, venus du monde entier.
Dans sa communication lors du conseil des ministres du 13 octobre 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a assuré que les infrastructures étaient achevées, réceptionnées et mises à disposition. Il a appelé à une mobilisation nationale pour garantir l’accueil des délégations, la sécurité, la circulation et la salubrité.
Des infrastructures à faire vivre après les Jeux
Mais la réussite des Jeux ne se mesurera pas seulement à l’organisation des compétitions ou aux images diffusées à l’étranger. Elle dépendra aussi de ce que le Sénégal fera de ses équipements une fois les délégations reparties : qui les gérera, avec quels moyens, pour quels publics et selon quel modèle économique ?
Le pays dispose déjà d’un premier cadre de réflexion. Lors d’un conseil interministériel en octobre 2024, le Gouvernement avait insisté sur la nécessité de valoriser les infrastructures issues des Jeux à travers un modèle économique favorisant l’emploi des jeunes. À cette date, la contribution annoncée de l’État pour l’organisation s’élevait à près de 36 milliards de francs CFA, tandis que celle du Comité international olympique était estimée à 54 milliards. Ces chiffres correspondent aux montants présentés en 2024 et ne constituent pas un bilan financier final des Jeux.
Les équipements livrés peuvent devenir des lieux de pratique sportive, de formation et d’animation locale. Le stade Iba Mar Diop, dont la capacité annoncée pour l’athlétisme est de 8 000 places, doit notamment accueillir plusieurs disciplines. Le complexe de la Piscine olympique, à son tour, peut soutenir le développement de la natation et d’autres activités sportives. La Présidence a également mis en avant la Maison du Cuir, espace destiné aux artisans, dans l’héritage du réaménagement du site d’Iba Mar Diop.
Ce potentiel ne se transformera toutefois pas automatiquement en bénéfices durables. Les infrastructures sportives ont besoin de budgets d’entretien, de personnels qualifiés, de programmes réguliers et de tarifs accessibles. Sans plan d’exploitation solide, un équipement moderne peut rapidement devenir une charge pour les finances publiques. La question de la maintenance doit donc être pensée dès maintenant, au même titre que l’organisation des compétitions.
Retombées économiques et engagement pour la jeunesse
L’impact économique mérite la même attention. Hôtellerie, restauration, transport, artisanat, culture et services peuvent bénéficier de l’afflux des délégations et des visiteurs. Mais pour que ces retombées dépassent les quelques semaines des Jeux, les petites entreprises doivent pouvoir accéder aux marchés, les travailleurs être formés et les acteurs locaux associés à l’organisation. Le programme culturel annoncé par le chef de l’État peut contribuer à cette dynamique, à condition qu’il ne se limite pas à la période des compétitions.
La jeunesse doit enfin être considérée comme une bénéficiaire directe, et non comme un simple public. Le programme du Brevet olympique civique et sportif avait déjà touché plus d’un million de jeunes, selon un bilan gouvernemental publié en août 2026. Ce dispositif peut servir de point d’appui pour prolonger l’engagement autour du sport, du civisme et de la pratique physique après l’événement.
Le défi de Dakar 2026 est donc double : réussir les Jeux et préparer leur lendemain. Le véritable héritage se jugera à la fréquentation des équipements, à leur entretien, aux emplois créés et à la capacité de faire vivre le sport au-delà des cérémonies. C’est à cette condition que ce premier rendez-vous olympique africain laissera une trace durable.
C.G. DIOP


