Au Lac Rose, le Ferang-Ball est devenu la nouvelle discipline sportive des jeunes. Conçu par Ibrahima Seck, ce sport allie tradition africaine et travail d’esprit et se joue à l’aide de lance-pierres. Dans cet entretien, Ibrahima Seck, son concepteur, explique les contours de ce projet et le combat qu’il mène pour faire reconnaître la discipline.
Qu’est-ce que le Ferang-Ball et quelles sont ses caractéristiques ?
Le Ferang-Ball est une discipline sportive inspirée de nos cultures et traditions africaines. Il se joue à l’aide d’un lance-pierre. Ce sport que nous voulons promouvoir a pour vocation de contribuer à la bonne marche de la société, de promouvoir le vivre-ensemble et de favoriser l’unité entre les peuples et les nations.
Le Ferang-Ball prend en compte tous les aspects que l’humanité juge nécessaires pour mieux vivre ensemble : le respect, la solidarité, la discipline, l’équité et la cohésion sociale. Nous avons conçu le sport tel que l’aire de jeu du Ferang-Ball soit en forme de losange. Ensuite, elle est structurée autour de plusieurs zones bien définies comprenant des zones de jeu, des zones de penalty, des lignes parallèles et un centre où se situent les cases à cibles.
Le Ferang-Ball se joue en trois étapes, appelées zones de tir, avec un système de points progressifs. La première est la zone de Tribu où la distance de tir est de quatre mètres. Elle est composée de trois cibles alignées, appelées Dames, Reines et Amazon. Chaque joueur dispose de trois essais par cible, avec un point accordé par réussite, pour un score maximal de trois points. Celui qui atteint ce score obtient le titre de Chef de Tribu.
La deuxième étape est la zone Empire, avec une distance de tir de huit mètres. Elle comprend trois cibles nommées Général, Colonel et Major. Le joueur bénéficie également de trois essais par cible, avec deux points par réussite, pour un score maximal de six points. Celui qui atteint ce score porte le titre de Roi.
La troisième étape se joue à douze mètres de distance et comporte une seule cible appelée Khalifa. Le joueur dispose de trois essais, avec trois points par réussite, pour un score maximal de neuf points. À ce stade, celui qui atteint ce score obtient le titre d’Empereur.
En gros, le Ferang-Ball est une discipline sportive structurée, éducative où chaque zone représente un niveau, une responsabilité et une valeur.
D’où vous est venue l’idée de créer ce jeu ?
Depuis notre plus jeune âge, nous avons nourri une passion profonde pour le sport, en particulier pour les Jeux olympiques. Nous avons constaté que la majorité des disciplines sportives reconnues à l’échelle internationale trouvent leurs origines en Occident ou en Asie, tandis que l’Afrique est rarement citée comme berceau d’une discipline sportive moderne.
C’est de ce constat qu’est née l’idée de relever le défi de contribuer à la dignité du continent en démontrant, à travers le sport, l’ingéniosité et la capacité d’innovation de l’homme africain. Le projet sportif Ferang-Ball peut se définir comme une discipline sportive africaine qui vise à créer une nouvelle identité sportive enracinée dans les valeurs africaines mais aussi universelles.
C’est un sport original et structuré, avec ses propres règles, son terrain, sa technique et son esprit de jeu. C’est également un projet éducatif et social qui promeut la discipline, le respect, la solidarité, l’inclusion et le dépassement de soi, notamment chez les jeunes. C’est un outil de cohésion sociale qui rassemble les communautés sans haine ni discrimination autour d’un sport fédérateur. C’est aussi un levier de développement sportif africain, destiné à révéler des talents locaux et créer des opportunités pour les jeunes.
Les principaux objectifs du Ferang-Ball s’articulent autour de cinq axes. Sur le plan sportif, il s’agit de créer et structurer une nouvelle discipline africaine avec des règles claires et universelles, de promouvoir la pratique du sport comme moyen de santé, de performance et de discipline, et de détecter, former et accompagner les talents locaux, tout en protégeant les enfants et en les sensibilisant sans distinction.
Sur le plan éducatif, le Ferang-Ball vise à transmettre des valeurs fondamentales telles que le respect, le fair-play, la discipline, le courage et l’esprit d’équipe. Le sport est également utilisé comme un outil d’éducation et d’encadrement de la jeunesse afin de lutter contre l’oisiveté et les comportements à risques.
Sur le plan social, le Ferang-Ball favorise la cohésion et le vivre-ensemble, tout en promouvant l’inclusion sans haine ni discrimination, conformément à sa philosophie. Le Ferang-Ball permettra aussi de créer des espaces d’échange, de partage et de solidarité à travers le sport.
Sur le plan culturel et identitaire, cette discipline valorise l’identité africaine en mettant en avant les cultures locales comme source d’inspiration et de fierté.
Enfin, sur le plan économique, le Ferang-Ball cherche à créer des opportunités d’emplois sportifs pour les entraîneurs, arbitres, organisateurs et formateurs, à structurer des compétitions et des événements, et à inscrire la discipline dans une dynamique de développement sportif durable aux niveaux national et international.
Pourquoi avoir choisi ce nom ?
Le Ferang-Ball est un nom typiquement africain. « Ferang » signifie lancer vers une cible en wolof. « Ball » est un terme universel qui permet au sport d’être compréhensible et accessible à l’échelle mondiale, tout en facilitant son identification comme discipline sportive. Ce nom incarne un équilibre entre identité africaine et ouverture internationale.
Quelles démarches avez-vous entreprises pour faire reconnaître ce projet ?
Pour faire reconnaître ce projet sportif, nous avons adopté une démarche progressive, structurée et responsable, fondée sur la conviction, le travail et la persévérance. Nous avons d’abord travaillé à définir clairement la discipline : règles de jeu, terrain, durée des matchs, nombre de joueurs, esprit du jeu et valeurs fondamentales. Cette étape était essentielle pour donner au Ferang-Ball une identité sportive.
Ensuite, nous avons organisé des séances d’entraînement, des démonstrations et des matchs tests afin d’évaluer la faisabilité du sport, d’améliorer les règles et d’adapter la discipline aux réalités du terrain.
Comment la population du Lac Rose a-t-elle accueilli cette discipline ?
Au départ, le projet sportif Ferang-Ball a été mal compris par une partie de la population locale, notamment par certaines autorités du Lac Rose. Cette incompréhension a fortement freiné notre démarche et créé de nombreuses difficultés. Ce n’est qu’après l’intervention d’un membre du comité Rallye Paris-Dakar, M. Babou, ainsi que du chef de quartier de Hlm 2 du Lac Rose, feu Libasse Bâ, que nous avons pu occuper légalement notre terrain d’entraînement et commencer véritablement la pratique de la discipline.
Malheureusement, les obstacles ne s’en sont pas arrêtés là. Notre terrain a été détruit à plusieurs reprises et nous nous sommes retrouvés financièrement affaiblis. Mais nous avons toujours continué à promouvoir la discipline.
Par rapport aux populations, elles l’ont accueillie avec beaucoup d’enthousiasme et de curiosité. Dès les premières séances, elles ont montré un engagement spontané. La discipline leur a immédiatement parlé. Le fait que le Ferang-Ball soit né sur leur territoire renforce leur sentiment d’appartenance.
Au-delà de l’aspect sportif, elles ont très vite compris les valeurs portées par la discipline : respect, discipline, solidarité et dépassement de soi. Pour beaucoup d’entre eux, le Ferang-Ball est devenu un cadre d’expression, d’apprentissage et de responsabilisation.
Vous estimez que le Ferang-Ball doit figurer parmi les disciplines engagées dans le cadre des Joj. Comment comptez-vous plaider cela ?
Sur le plan sportif, la discipline est encore en phase de structuration, mais elle progresse chaque jour. Avant tout, nous travaillons corps et âme pour la démocratisation du Ferang-Ball, au même titre que les autres disciplines sportives. Cette démarche se fera naturellement en collaboration avec les autorités étatiques et les institutions sportives compétentes, notamment le ministère des Sports et le Cnoss.
Notre ambition est de faire connaître, de structurer et de valoriser le Ferang-Ball afin qu’il puisse être présenté lors des Jeux olympiques de la jeunesse « Dakar 2026 ». Nous voulons aussi obtenir une reconnaissance institutionnelle au niveau national, avec la mise en place d’un cadre juridique, administratif et sportif.
Nous ambitionnons aussi d’implanter le Ferang-Ball dans plusieurs régions du pays, à travers la création de clubs, d’écoles de formation et de compétitions locales et nationales. Nous voulons également en faire un outil durable d’éducation et d’insertion pour la jeunesse et former des encadreurs et des arbitres qualifiés.

