Élu à la Confédération africaine de surf en avril 2023, Oumar Sèye continue de dérouler sa vision pour faire rayonner le surf africain. Selon lui, des pas importants ont été réalisés pour la structuration de la discipline et avoir une bonne représentation du surf africain au niveau mondial. Son défi, c’est de développer le surf business sur l’étendue du continent avec l’accompagnement de tous les chefs d’Etat africains.
Depuis trois ans, vous êtes à la tête de la Confédération africaine de surf. Avez-vous réussi à faire bouger les lignes ?
Nous sommes satisfaits de notre mission pendant ces trois ans. Depuis que notre élection, nous avons organisé quatre événements : trois Africa Tours et un championnat d’Afrique où le Sénégal a été récompensé. Le champion d’Afrique Open, Ismail Samb, est Sénégalais, et la championne d’Afrique Déguène Thioune, est aussi sénégalaise. C’est une satisfaction.
Certains pays ont compris notre politique, surtout le surf business que nous avons mis en avant parce que dans tous les pays africains où nous avons mis une épreuve, que ce soit l’Africa Tours, soit le championnat d’Afrique, il y a eu des retombées positives, médiatiques et financières. Le seul événement où on a eu des difficultés, c’était celui organisé au Sénégal en décembre 2024 parce que nous n’avions pas eu l’accompagnement escompté, mais nous l’avons tout de même réalisé.
Pour les deux années qui nous reste, nous voulons, après les Joj, organiser les championnats d’Afrique au Sénégal et préparer les Jeux africains en 2017 en Egypte, si c’est confirmé.
Nous sommes satisfaits du niveau du surf africain. Au dernier championnat du monde, à El Salvador, nous avions 28 athlètes africains venus de 5 ou 6 pays. La Confédération africaine a revigoré le surf africain, donné confiance aux surfeurs surtout nos Vip, qui viennent maintenant compétir en Afrique.
Nous avons mis un prize-money qui est plus élevé que celui de l’Europe. Aujourd’hui, le sport business, c’est l’argent qui parle. Si vous mettez un bon prize-money, les Vip viendront. Dès lors qu’ils peuvent compétir en Afrique et y gagner de l’argent, vivre de leur sport, ils seront là. Et nous avons compris cela et nous essayons de le mettre en avant.
Où en êtes-vous avec la structuration du surf africain ?
Nous sommes sur la bonne voie. Nous avons organisé trois Africa Tours avec des prize-money de 25.000 dollars, 15.000 dollars et 10.000 dollars et les surfeurs ne se plaignent pas.
Par exemple, le Sud-Africain, Paul Samson a lancé sa marque de chaussures. Il a dit ouvertement qu’il n’a jamais gagné autant d’argent dans sa vie. Et s’il a gagné autant d’argent en deux ans, c’est parce que la Confédération lui a ouvert ses portes et le circuit professionnel. Nous l’avons mis en place et cela se passe bien.
Aujourd’hui, nous avons copié le même modèle pour le Sénégal. Nous avons démarré la ligue pro au Sénégal depuis deux mois. Ce que nous avons fait en Afrique et qui marche, nous sommes en train de le reproduire chez nous.
Est-ce que le surf africain est bien représenté au niveau mondial ?
Oui. Au dernier championnat du monde, l’Europe avait 29 athlètes et l’Afrique en avait 28. Nous sommes passés devant la Chine et l’Asie. Nous avions plus d’athlètes.
L’organisation du championnat d’Afrique en Angola nous a permis de mettre en place le mouvement Africa Force. Tous les autres pays africains ont répondu présents. Notre objectif, c’est qu’au prochain championnat d’Afrique d’avoir 10 pays africains, parce que le continent n’est plus un outsider.
Quelle est votre politique pour développer le surf sur tout le continent ?
C’est d’essayer de trouver une entente, de communiquer, d’aller côtoyer les chefs d’Etat pour leur faire comprendre que nous avons des côtes magnifiques, que l’Afrique fait chaud dix mois dans l’année, que les plages africaines sont vierges, pour qu’ils puissent accueillir et accepter le circuit pro l’Africa Surf Tour qui peut vendre la destination de tout pays africain.
Cette orientation peut valoriser le surf et surtout amener un autre aspect environnemental, culturel de nos océans. Notre politique, c’est de toquer à la porte de tous les pays africains et leur amener ce projet en leur faisant savoir que le partenariat gagnant-gagnant et que le surf est un facteur de développement.
Nous allons lancer, en 2027, des formations de level 1 et 2 pour que chaque fédération africaine puisse en bénéficier, les surfeurs qui ne peuvent pas réussir en tant que professionnels puissent travailler dans les écoles de surf ou ouvrir leur propre école. Un cours de surf en Afrique, c’est entre 15.000 à 25.000 FCfa.
Nous voulons développer à grande échelle le surf pour que tout le monde puisse en profiter. Les projets sont nombreux.
Est-ce que la Confédération a les moyens de ses ambitions ?
La Confédération a les moyens de ses ambitions si elle est accompagnée par les autorités dans chaque pays. En Angola, notre événement a réussi, parce que l’État a mis les moyens. Dans notre business plan, le partenariat doit se faire avec les pays.
Le modèle de l’Angola a bien marché, tout comme celui du Libéria et de la Côte d’Ivoire. Il n’y a qu’au Sénégal où j’ai été obligé de débourser personnellement, parce que je suis le président de la Confédération. Je ne peux pas organiser des événements qui marchent partout en Afrique sauf chez moi.
En 2027, nous avons choisi des pays qui sont prêts à nous ouvrir leurs portes, mais mon souhait, c’est que le Sénégal organise les championnats d’Afrique avec l’appui des autorités.
Le surf africain a-t-il réellement évolué ces trois dernières années ?
C’est positif. Quand on voit tous les surfeurs africains et les professionnels africains qui remercient la Confédération, c’est parce qu’ils ont trouvé leur intérêt. C’est bien d’être professionnel et de vivre de son sport, mais c’est plus compliqué d’être professionnel et de ne pas pouvoir vivre de son sport.
Aujourd’hui, je veux réussir chez moi avec le modèle que j’ai mis en Afrique et qui marche. La Fédération sénégalaise de surf tient son Assemblée générale le 6 juin prochain et je suis candidat pour être le président. Réussir en Afrique, c’est bien, mais il faut le faire dans son pays d’abord.
Les surfeurs africains sont contents, l’Afrique n’est plus un outsider. Le surf africain est visible et nous sommes respectés quand nous allons aux championnats du monde.
Nous sommes ensemble et notre seule contrainte, c’est le Cap Vert et le Maroc, qui ne veulent pas soutenir notre projet. Mais sur 26 pays, s’il n’y a que deux qui ne le soutiennent pas, ce qui n’est pas un problème.
Et comment voyez-vous l’avenir du surf africain ?
L’avenir du surf africain, je le vois avec la vision de développer davantage le surf business. Il y a beaucoup d’entreprises qui sont en Afrique, qui gagnent beaucoup et qui polluent beaucoup. Nous voulons les intégrer dans notre politique sportive par rapport au recyclage, à l’environnement pour hisser le surf business au sommet, en valorisant davantage le circuit professionnel africain.
Dans le monde, la plupart des compétitions sont organisées par des entités privées mais en Afrique, ce sont les associations sportives qui les portent. Nous voulons bénéficier de l’accompagnement des chefs d’Etat africains, de nos comités olympiques ; le surf est aujourd’hui un facteur de développement, un sport qui peut former des moniteurs.
C’est une discipline à valoriser particulièrement au Sénégal où nous avons plus de 700 kilomètres de côte et de bonnes vagues. L’avenir du surf africain, c’est un programme dynamique et professionnel pour tous les surfeurs africains et leur donner la possibilité de vivre de leur sport. Et nous sommes sur la bonne voie.
Entretien réalisé par Samba Oumar FALL

