« Agressivité », « intensité », « souffrir ensemble », « solidarité ». Ce sont les maîtres mots énoncés par Patrick Vieira, le nouveau sélectionneur de l’équipe nationale du Sénégal, lors de sa conférence de presse de présentation et de dévoilement de sa première liste pour les éliminatoires de la CAN 2027, ce vendredi. Les Lions débuteront leur campagne à Maputo face au Mozambique (25/09), avant de se déplacer à Nairobi pour affronter le Kenya (29/09), puis de recevoir les Comores à Marseille, (04/10).
À travers ces quatre notions, Patrick Vieira dessine les contours d’une philosophie fondée sur l’engagement, l’effort collectif et l’intensité. Mais une question demeure : où se situe le plaisir du jeu dans cette équation ? Car le football reste un jeu. Certes, au Sénégal, la victoire est devenue une obligation, presque une exigence permanente. Mais un jeu demeure un jeu : il porte en lui la fête, la joie, le talent, la créativité et le plaisir.
On peut évidemment comprendre le contexte et la situation du nouveau sélectionneur. Cette première conférence de presse, marquée par quelques hésitations, des bafouillements, des noms écorchés et certains oublis, ne permet sans doute pas encore de saisir dans toute sa profondeur le projet qu’il entend mettre en place. Il faut aussi lui laisser le temps de prendre la mesure de son nouvel environnement et de donner corps à ses idées.
Mais Patrick Vieira a lui-même indiqué que les discussions autour de sa nomination avaient commencé depuis la finale de la Coupe du monde, le 19 juillet 2026. Deux mois durant lesquels il a donc eu le temps de réfléchir à la stratégie qu’il souhaite mettre en œuvre avec les Lions.
Le technicien français a reconnu ne pas connaître suffisamment le football local sénégalais. Rien de surprenant pour un entraîneur qui a fait l’essentiel de sa carrière, footballeur et entraineur, à l’étranger. Il a également laissé entendre qu’il ne maîtrisait pas encore toutes les réalités du football africain, expliquant notamment vouloir s’appuyer sur des personnalités comme Khalilou Fadiga et El Hadji Diouf pour bénéficier de leur connaissance du continent et de ses spécificités.
Mais il serait plus surprenant que le nouveau sélectionneur oublie ce qui constitue l’essence même du football : le talent et le plaisir de jouer.
Patrick Vieira a été un joueur défensif, mais dont le talent se combinait bien avec agressivité et intensité. Au cours de sa carrière, il a évolué aux côtés de joueurs qui ont fait du talent et de la créativité leur marque de fabrique. Zinedine Zidane, Dennis Bergkamp, Thierry Henry, entre autres. Des footballeurs avec lesquels il a partagé le terrain, les exigences du très haut niveau, mais aussi cette capacité à transformer le football en spectacle.
C’est peut-être là que se situe le véritable rendez-vous de ces premières sorties. Au-delà de l’agressivité, de l’intensité, de la capacité à souffrir ensemble et de la solidarité, les trois premiers matches de cette nouvelle ère permettront de voir quelle place Patrick Vieira accordera au talent, au plaisir et au bonheur de jouer au football.
Le rendez-vous est pris. À Maputo, à Nairobi, puis à Marseille, il faudra désormais voir si les principes annoncés en conférence de presse trouveront leur traduction sur le terrain, et si le plaisir du jeu sera, lui aussi, au rendez-vous avec les Lions.
Moussa DIOP


