Jamais ou presque les internationaux sénégalais n’avaient autant animé un mercato estival. De Manchester City à Aston Villa, en passant par la Juventus et Brentford, les clubs européens ont ouvert grand leur portefeuille pour s’attacher les services des Lions. Une démonstration de force qui confirme le changement de statut du football sénégalais sur le marché.
Le mercato s’est refermé mais il laisse derrière lui une impression de vertige. Iliman Ndiaye, Nicolas Jackson, Ibrahim Mbaye, El Hadji Malick Diouf, Ibrahima Ba et Pape Matar Sarr ont changé de club dans des opérations qui, à elles seules, pèsent plusieurs centaines de millions d’euros en valeur potentielle. À cela s’ajoutent les mouvements de Sadibou Sané, Abdoulaye Seck, Dion Lopy ou encore Djibril Gueye. Le Sénégal a été l’un des principaux animateurs de ce mercato estival. Le plus lucratif est sans doute celui d’Iliman Ndiaye. Après deux saisons à Everton, l’attaquant de 26 ans a rejoint Manchester City dans les dernières heures du mercato. Le club anglais a déboursé 60 millions de livres sterling, auxquels peuvent s’ajouter 5 millions de bonus, soit une opération pouvant atteindre environ 76 millions d’euros. Un changement de dimension pour le joueur formé à l’Academy Dakar Sacré-Cœur, passé par Sheffield United et Marseille.
Des chiffres qui donnent le tournis
À Aston Villa aussi, le Sénégal s’est retrouvé au centre du mercato. Nicolas Jackson a quitté Chelsea pour rejoindre le club de Birmingham. L’opération comprend environ 47,5 millions de livres fixes et 17,5 millions de bonus, soit jusqu’à 65 millions de livres, autour de 75 millions d’euros. Le transfert est loin d’être anodin. À 25 ans, Jackson reste l’un des attaquants sénégalais les plus chers de l’histoire. Après Chelsea et un passage en prêt au Bayern Munich, il retrouve Unai Emery, qu’il avait connu à Villarreal. Aston Villa compte désormais sur lui pour faire bonne mine en Ligue des champions cette saison. Et le club anglais ne s’est pas arrêté là. Quelques jours après Jackson, Ibrahim Mbaye, 18 ans, a lui aussi pris la direction de Birmingham. L’ailier quitte le Paris Saint-Germain pour environ 55 millions d’euros. Aston Villa réalise ainsi une opération pour le moins singulière : deux internationaux sénégalais recrutés au cours du même mercato, pour des montants cumulés dépassant les 130 millions d’euros. Pour IB, la somme est particulièrement impressionnante compte tenu de son âge. Formé au PSG, il avait débuté chez les professionnels à seulement 16 ans. Après 42 apparitions avec le club parisien et deux sacres en Ligue des champions, le jeune Sénégalais va désormais tenter de franchir un nouveau palier en Premier League. Autre opération révélatrice : celle d’El Hadji Malick Diouf. Un an seulement après son arrivée à West Ham en provenance du Slavia Prague, le latéral gauche a déjà changé de club. Relégué en Championship avec les Hammers, il est resté en Premier League en rejoignant Brentford. Le montant de l’opération s’élève à environ 35 millions de livres, soit près de 41 millions d’euros, bonus compris. West Ham avait déboursé environ 22 millions d’euros pour le recruter un an auparavant. En quelques mois, sa valeur a donc fortement progressé. À 21 ans, le défenseur sénégalais est déjà devenu l’un des latéraux les plus chers de l’histoire du football national. Le mercato a également offert un nouveau décor à Pape Matar Sarr. Après Tottenham, le milieu de 23 ans rejoint la Juventus. L’opération est structurée autour d’un prêt payant de 2,5 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 300 000 euros de charges, avec une éventuelle acquisition définitive à 27,5 millions d’euros sous certaines conditions. Le milieu de terrain sénégalais quitte donc l’Angleterre pour l’Italie et un club historique. Après plus de 100 apparitions en Premier League et une victoire en Ligue Europa avec Tottenham, Pape va découvrir la Serie A avec l’ambition de s’imposer dans l’entrejeu turinois. La puissance du mercato sénégalais ne se mesure pas uniquement aux transferts conclus. Lamine Camara en est l’exemple. Le milieu de Monaco a été au cœur d’un feuilleton XXL avec Chelsea. Un accord autour de 55 millions d’euros avait été annoncé entre les deux clubs avant que l’opération ne tombe finalement à l’eau dans les dernières heures du marché. Le milieu de terrain sénégalais restera finalement à Monaco. Même scénario avec Ismaïla Sarr, courtisé par Liverpool. Crystal Palace a refusé plusieurs offres, dont une supérieure à 60 millions d’euros selon les informations rapportées par la presse. Le Sénégalais a même durci le ton pour tenter de rejoindre les Reds. Le transfert n’a finalement pas abouti. Ces deux dossiers ont une importance particulière : même lorsqu’ils ne changent pas de club, des internationaux sénégalais sont désormais associés à des opérations dépassant les 50 millions d’euros.
Un changement de statut
Le phénomène ne concerne d’ailleurs plus uniquement les stars déjà installées. En juillet, Sadibou Sané a quitté Metz pour Monaco. Le défenseur de 22 ans s’est engagé pour cinq ans, dans une opération évaluée à 10 millions d’euros, dont trois millions de bonus. Le défenseur central de 21 ans, Ibrahima Ba, s’est engagé pour 20 millions d’euros au Sporting Portugal en provenance de Famalicao. Si les chiffres impressionnent, le plus intéressant est peut-être ailleurs. Ce mercato raconte une évolution du regard porté sur le footballeur sénégalais. Pendant longtemps, les Lions étaient surtout identifiés à quelques individualités : Sadio Mané, Kalidou Koulibaly, Édouard Mendy ou encore Idrissa Gana Gueye. Les deux premiers avaient d’ailleurs placé la barre très haut avec leurs transferts à Liverpool et Chelsea. Koulibaly avait rejoint Chelsea en 2022 pour environ 41,9 millions d’euros, tandis que Mané était passé de Southampton à Liverpool pour environ 41,2 millions d’euros en 2016. En 2026, le phénomène a changé d’échelle. Un seul mercato voit plusieurs Sénégalais franchir simultanément la barre des 40 millions d’euros. Iliman Ndiaye autour de 76 millions, Nicolas Jackson jusqu’à 75 millions, Ibrahim Mbaye autour de 55 millions et El Hadji Malick Diouf autour de 41 millions. À eux quatre, ces opérations représentent déjà plus de 240 millions d’euros de valeur potentielle, sans même compter le dossier Pape Matar Sarr ni les autres mouvements de l’été. Le phénomène est d’autant plus remarquable que trois des quatre plus grosses opérations concernent des joueurs de moins de 27 ans.
Le mercato 2026 restera donc comme une fenêtre particulièrement spectaculaire pour le football sénégalais. Peut-être la plus prolifique de son histoire en termes de concentration de gros transferts. Le football sénégalais vient de franchir un cap. Les Lions ont désormais une place de choix dans les vitrines du marché européen.
Yaya SOW


