C’est le coup d’envoi du Mondial 2026 retentira sur les pelouses des États-Unis, du Mexique et du Canada. Ils étaient cinq en 2022, ils seront dix à représenter l’Afrique cet été en Amérique du Nord. Jamais le continent n’avait envoyé autant de sélections à une Coupe du monde. Mais la quantité suffira-t-elle à faire sauter le dernier verrou, celui d’une première finale mondiale voire d’une première étoile ? Entre l’euphorie marocaine de 2022, les générations dorées du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, combinées à l’expérience de l’Algérie, du Ghana et de la Tunisie, l’Afrique aura cette fois-ci son mot à dire… et elle semble prête à se faire entendre.
Pour la première fois, le continent africain ne veut plus seulement « participer ». Il veut conquérir le monde. Lors d’une interview accordée à la chaîne beIN Sports, Pape Guèye a affiché clairement ses ambitions : « L’objectif, c’est de gagner la Coupe du monde », a déclaré le milieu de terrain sénégalais de Villarreal. Le joueur a également affirmé que le Sénégal n’avait absolument rien à envier aux grandes sélections comme l’Argentine, championne du monde en titre. Cette mentalité est bien loin de l’époque où une simple qualification en Coupe du monde était considérée comme un exploit pour les nations africaines. Pendant longtemps, le Mondial a ressemblé à une forteresse inaccessible pour le continent qui a d’abord dû se battre pour obtenir une place, puis pour gagner du respect, avant même d’oser rêver du trophée. Son histoire en Coupe du monde est celle d’une ascension lente et parfois douloureuse. Une marche de près d’un siècle vers un objectif qui paraît aujourd’hui plus proche que jamais : remporter la Coupe du monde. L’année 1934 marque le début de cette aventure. L’Égypte devient la première sélection africaine à participer à un Mondial. Battus 4 à 0 par la Hongrie, les Pharaons quittent rapidement la compétition, mais ouvrent une porte pour tout un continent. Pendant plusieurs décennies, l’Afrique reste marginalisée, avec très peu de places qualificatives et peu de considération de la part des grandes puissances du football.
La marche périlleuse de l’Afrique vers le Graal mondial
Dans les années 1970, le Maroc relance la présence africaine en Coupe du monde, avant que la Tunisie ne décroche, en 1978, la première victoire du continent face au Mexique. Puis, en 1982, l’Algérie choque le monde en battant l’Allemagne de l’Ouest, malgré une élimination cruelle après le célèbre « match de la honte » entre l’Allemagne et l’Autriche. Le véritable tournant intervient en 1990. Emmené par Roger Milla, le Cameroun élimine l’Argentine de Diego Maradona et atteint les quarts de finale. Pour la première fois, une nation africaine prouve qu’elle peut rivaliser avec les meilleures équipes du monde. Le Nigeria confirme ensuite cette progression dans les années 1990 avant l’épopée du Sénégal en 2002. Pour sa première participation, la sélection de Bruno Metsu bat la France, championne du monde en titre, et atteint, elle aussi, les quarts de finale. Huit ans plus tard, le Ghana passe à quelques secondes d’une demi-finale historique, mais le penalty raté d’Asamoah Gyan face à l’Uruguay reste l’une des plus grandes douleurs de l’histoire du football africain. Pendant des années, ce plafond des quarts de finale semble impossible à briser. Pourtant, le football africain continue de progresser. Les joueurs africains sont de plus en plus nombreux dans les grands clubs européens. Les sélections deviennent plus organisées, plus expérimentées et tactiquement plus solides. Les infrastructures se modernisent également progressivement pour répondre aux standards internationaux. Puis arrive 2022. Le Maroc écrit l’histoire en devenant la première nation africaine à atteindre les demi-finales d’une Coupe du monde. Les Lions de l’Atlas réalisent un parcours mémorable en éliminant successivement la Belgique, l’Espagne et le Portugal. Ils tombent finalement face à une équipe de France plus expérimentée en demi-finale (2-0). Ce parcours change définitivement le regard porté sur le football africain. Désormais, les sélections africaines ne sont plus simplement attendues pour créer la surprise : elles sont considérées comme de véritables prétendantes capables de bousculer l’ordre établi. À l’approche de la Coupe du monde 2026, l’Afrique semble plus proche que jamais de son rêve ultime. Le continent ne repose plus uniquement sur quelques individualités brillantes, mais sur des effectifs plus complets, composés de joueurs aguerris au très haut niveau européen et de sélections désormais mieux structurées, plus disciplinées et plus compétitives dans les grands rendez-vous. Le Sénégal et le Maroc apparaissent comme les principaux porte-étendards des ambitions africaines. Les hommes de Pape Thiaw, champions d’Afrique 2026, semblent entrer dans un moment charnière de leur histoire.
Le Sénégal, fer de lance de l’Afrique
La génération dorée emmenée par Sadio Mané, Kalidou Koulibaly ou encore Édouard Mendy approche progressivement de la fin d’un cycle, mais la relève est déjà bien en place. Des joueurs comme Ibrahim Mbaye, Mamadou Sarr ou encore Lamine Camara incarnent cette transition. L’enjeu sera désormais de réussir le mélange entre l’expérience des cadres et l’énergie de cette nouvelle génération. Cet équilibre semble quasiment déjà trouvé et les champions d’Afrique 2026 ont les armes pour viser très haut cet été en Amérique du Nord. L’objectif est de décrocher la première étoile mondiale de l’Afrique. L’effectif apparaît même plus complet et plus équilibré que celui qui s’était incliné en huitièmes de finale lors de la Coupe du monde 2022, malgré une prestation globalement convaincante. Cette équipe avait d’ailleurs été fortement handicapée par l’absence de son meilleur joueur, Sadio Mané, blessé juste avant le début de la compétition. Cette fois, il est bien là. Leader technique et symbole de tout un peuple, il porte de grands espoirs et une mission claire. Champions d’Afrique 2026, les Lions du Sénégal évolueront dans le groupe I aux côtés de la France, de la Norvège et de l’Irak. La poule de la mort, dixit les experts. Mais les hommes de Pape Thiaw peuvent bel et bien s’en sortir avant de prendre les matchs les uns après les autres pour rêver d’une finale historique. Sur leur chemin se dresseront des arbres, des montagnes et toutes les épreuves venues des cinq coins du monde, mais les Lions semblent bien décidés à aller au bout de la compétition et à ramener cette première étoile mondiale qu’attend l’Afrique avec impatience. Mais l’Afrique peut aussi compter sur les vice-champions d’Afrique 2026 le Maroc.
La finale en ligne de mire pour les Lions de l’Atlas
Demi-finaliste historique en 2022, le Maroc a changé de statut. Les Lions de l’Atlas disposent aujourd’hui d’un groupe dense, équilibré entre cadres expérimentés et jeunes talents en pleine ascension. Depuis 2022, la sélection a également gagné en attractivité auprès des binationaux, renforçant sa profondeur de banc et la concurrence à tous les postes. Surtout, cette équipe arrive avec une certitude mentale nouvelle : elle sait qu’une nation africaine peut aller jusqu’au dernier carré d’un Mondial. Les Marocains évolueront dans le groupe C aux côtés du Brésil, de l’Écosse et de Haïti. Un groupe relevé, avec un parfum de déjà-vu, puisque le Maroc avait déjà croisé le Brésil et l’Écosse lors de la Coupe du monde 1998 en France. À l’époque, les Lions s’étaient inclinés face à la Seleçao (3-0), encore loin du niveau des grandes puissances mondiales. Mais 28 ans plus tard, le rapport de force n’est plus le même. Le Maroc n’arrive plus en outsider naïf, mais comme une équipe capable de jouer les yeux dans les yeux, de poser des problèmes tactiques et de faire tomber n’importe quelle grande nation sur un match. Mais il n’y a pas que les finalistes de la dernière Coupe d’Afrique des nations. La Côte d’Ivoire présentera sûrement l’une des plus belles générations de son histoire en Coupe du monde cet été. La sélection dirigée par Emerse Faé est aujourd’hui un mélange équilibré entre joueurs expérimentés et jeunes talents. On retrouve des éléments d’expérience comme le capitaine Franck Kessié, habitué aux grands rendez-vous, ou encore l’attaquant de Villarreal Nicolas Pépé, qui a signé une très grosse saison et retrouvé un excellent niveau de forme en Espagne.
La Côte d’Ivoire, des armes à faire valoir
Ces joueurs expérimentés sont désormais associés à une nouvelle vague de pépites à l’image de l’ailier du RB Leipzig, Yan Diomandé, auteur d’une saison remarquable en Allemagne avec 13 buts et 9 passes décisives toutes compétitions confondues. Récompensé par le titre de meilleur jeune joueur de Bundesliga, le joueur de 19 ans est aujourd’hui courtisé par les plus grands clubs européens et serait tout proche de rejoindre le Paris Saint-Germain. Dans le même registre, le défenseur central du Sporting Portugal Ousmane Diomandé s’impose comme l’un des profils les plus suivis à son poste sur le marché européen. Ce mélange homogène entre cadres expérimentés et jeunes cracks très prometteurs donne à la Côte d’Ivoire une vraie densité et la capacité de répondre présent dans les matchs à haute intensité. Les Éléphants peuvent clairement prétendre à un parcours ambitieux dans la compétition. Ils évolueront dans le groupe E aux côtés de l’Allemagne, de l’Équateur et de Curaçao. L’Allemagne, en difficulté depuis plusieurs années et absente des phases finales d’un Mondial depuis 2014, reste un adversaire prestigieux mais irrégulier. L’Équateur, en revanche, s’annonce comme un véritable test avec une base défensive solide et des individualités de haut niveau telles que le défenseur central Willian Pacho (Paris Saint-Germain), Piero Hincapié (Arsenal), Joel Ordóñez (Club Brugge), Estupiñán (Ac Milan), sans oublier la tour de contrôle Moisés Caicedo qui fait aujourd’hui parti des meilleurs milieux de terrains défensifs au monde. Cette sélection équatorienne sera donc particulièrement difficile à manœuvrer. Le Curaçao complète cette poule E et disputera sa première Coupe du monde. Une découverte du très haut niveau même si l’équipe peut s’appuyer sur quelques binationaux néerlandais.
Les Fennecs prêts à rugir
Dans ce contexte, la Côte d’Ivoire dispose des arguments nécessaires pour sortir de ce groupe et s’offrir un parcours intéressant dans la compétition. Au-delà des Éléphants, l’Algérie présentera elle aussi cette année une équipe ambitieuse et capable de rivaliser avec les plus grandes nations du monde. Vladimir Petković a concocté une liste séduisante mêlant joueurs expérimentés et jeunes talents. Mais la grande différence aujourd’hui réside dans le fait que l’Algérie a complètement changé de visage par rapport à 2023. À cette époque, l’équipe dirigée par Djamel Belmadi misait avant tout sur la solidité défensive et une forte agressivité dans les duels. Petković, lui, propose un football plus léché et plus offensif, porté par des joueurs très techniques, notamment l’attaquant de l’Olympique de Marseille Amine Gouiri dont le profil rappelle celui de Karim Benzema dans sa manière de décrocher et de participer au jeu, ou encore le milieu d’Al-Ittihad Houssem Aouar, reconnu pour sa qualité technique et sa justesse entre les lignes. L’Algérie dispose également d’une jeunesse très prometteuse venue renforcer l’effectif à l’image du milieu offensif du Bayer Leverkusen Ibrahim Maza, qui avait fait forte impression lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations. Il y a aussi le joueur de l’Eintracht Frankfurt Farès Chaïbi. Cette nouvelle génération sera encadrée par le leader technique Riyad Mahrez, toujours capable de faire basculer un match sur un éclair de génie. Cette compétition pourrait d’ailleurs être le dernier grand rendez-vous international de l’ancien joueur de Manchester City. Versés dans le groupe J aux côtés des champions du monde argentins, de l’Autriche et de la Jordanie, les Fennecs semblent avoir largement les moyens de décrocher leur qualification pour le second tour.
Ils auront leur mot à dire
Avec leur qualité technique, leur maîtrise collective et leurs individualités offensives, les Algériens ont même les moyens de regarder l’Argentine droit dans les yeux dans la bataille pour la première place. Une chose est sûre : l’Algérie sera bien présente et il faudra la prendre très au sérieux. Parmi les représentants africains, le Sénégal, le Maroc, la Côte d’Ivoire et l’Algérie apparaissent comme les sélections ayant le plus d’arguments pour rêver d’un très grand parcours, voire d’aller au bout de la compétition. Mais derrière ces favoris, les autres équipes africaines seront elles aussi présentes et loin d’être faciles à manœuvrer. Les Pharaons d’Égypte, les Léopards de la Rdc ou encore les Black Stars du Ghana restent des sélections très attendues. Des équipes capables de réaliser des coups d’éclat face aux plus grandes nations et sur lesquelles tout un continent compte pour franchir un nouveau cap sur la scène mondiale. La Tunisie et l’Afrique du Sud peuvent également créer la surprise, même si leur statut reste celui d’outsiders. Enfin, le Cap-Vert abordera cette première participation historique avec beaucoup d’humilité. Pour les Requins Bleus, cette qualification est déjà une victoire en soi. Sans pression excessive, ils tenteront de profiter de l’événement et, pourquoi pas, de bousculer la hiérarchie sur un match.
Pour la 23e édition de la Coupe du monde de football, l’Afrique n’arrive plus en tant qu’invitée. Elle n’est plus dans la posture de découverte ni de simple participation. Elle a affûté ses armes, gagné en maturité, élevé son niveau de compétitivité et se présente désormais avec une ambition claire : aller chercher sa première étoile mondiale, cette étoile qui lui file depuis plus d’un siècle. Elle n’a jamais semblé si proche.
Par Yaya SOW

