Près d’un mois après l’élimination des Lions en seizièmes de finale du Mondial 2026, le Sénégal du football n’en a toujours pas fini avec son feuilleton pour le moins rocambolesque : celui du départ, ou pas, de Pape Thiaw. Et cette semaine, rebondissement dans le rebondissement : le ministère des Sports vient de renvoyer la facture à la Fédération sénégalaise de football (Fsf), lui signifiant noir sur blanc que ce sera à elle, et à elle seule, de régler l’ardoise du licenciement de son sélectionneur.Le scénario a tout d’un mauvais film administratif. Après l’échec cuisant au Mondial, la Fsf a acté le limogeage de Pape Thiaw, invoquant une rupture de confiance et des choix tactiques contestés. Sauf que le contrat qui lie le technicien à la Fédération avait été renouvelé en pleine Coupe du monde, dans des conditions pour le moins précipitées.
Résultat : le ministère de la Jeunesse et des Sports, désormais dirigé par Djirèye Clotilde Coly, refuse d’assumer une indemnité qu’il juge attachée à un engagement qu’il n’a pas pris. La Fsf, elle, se retrouve seule face à une note qui pourrait aller à plusieurs centaines de millions de FCfa. Une chose est sûre : personne ne veut payer, et le sélectionneur limogé, lui, attend toujours une réponse claire sur son sort. Et c’est d’une tristesse affligeante quand on sait que c’est quelqu’un qui a une famille à nourrir.
Au-delà du bras de fer financier, c’est la méthode qui interroge. Ce dossier ne se règle pas dans un bureau, mais sur la place publique à coups de communiqués, sorties dans la presse, accusations à peine voilées, fuites savamment distillées dans les colonnes de tel ou tel quotidien. Il a fallu que le ministère siffle la fin de la récréation via un communiqué…
C’est là que le bât blesse. Une fédération sportive n’est pas censée gérer une rupture contractuelle par médias interposés. Avant d’en arriver au communiqué de licenciement, il y avait un espace : le dialogue direct, la négociation, la clarification des responsabilités financières avec la tutelle, qui semble avoir été largement sacrifié au profit d’une gestion à l’emporte-pièce. On limoge d’abord, on discute des indemnités ensuite, on découvre en cours de route que le contrat n’a jamais été validé par l’État. L’ordre des priorités interroge sérieusement dans la manière dont la Fsf a piloté ce dossier.
Cette impréparation a un coût, et pas seulement financier. Elle installe une image de flottement institutionnel au moment même où le football sénégalais avait besoin de clarté après une désillusion sportive. Elle expose aussi Pape Thiaw, technicien qui a tout de même conduit les Lions à ce Mondial et au sacre à la Can, à une sortie brouillonne, presque humiliante, faite d’incertitude prolongée plutôt que d’une séparation actée avec dignité.
La ministre exige un audit complet de la campagne sénégalaise au Mondial (sportif, organisationnel, financier) avant toute clarification définitive. En clair, la Fédération devra davantage rendre des comptes mieux que sur le seul sort de son sélectionneur. Pendant ce temps, des noms circulent déjà pour la succession, mais tant que le statut juridique de Pape Thiaw reste dans le flou, toute hypothèse relève de la spéculation.
Alors, Pape ciao, ou pas ? À l’heure actuelle, personne ne peut vraiment répondre, ni la Fsf, empêtrée dans ses propres approximations contractuelles, ni le ministère, qui botte en touche sur le plan financier, ni même Pape Thiaw, suspendu entre un licenciement prononcé et une indemnité qui n’arrive pas. Ce qui est certain, en revanche, c’est que cette hésitation aurait pu être évitée avec un peu plus de dialogue en coulisses, et un peu moins de communication de crise en pleine lumière.
Par Oumar Boubacar NDONGO


