Âgé de 25 ans, Alain Albert Miquilan alias Prince, du haut de ses 2 mètres et près de 100 kilos, est en train de s’imposer comme l’un des nouveaux visages les plus prometteurs de l’arène sénégalaise. À Pikine, son nom circule déjà avec respect, presque avec ferveur.
À Pikine, certains noms circulent avant même que les combats n’aient lieu. Ils se murmurent dans les rues sablonneuses de Guinaw Rails, se chantent dans les gradins du stade Alassane Djigo, se répètent avec ferveur dans les quartiers populaires. Prince est de ceux-là. À seulement 25 ans, haut de deux mètres pour près de cent kilos, le pensionnaire de l’écurie Bayi Si Xèl incarne déjà l’avenir d’une arène toujours avide de nouvelles figures dominantes.
Prince ne fait pas de bruit inutile. Il avance, longiligne, athlétique, prudent, presque calme. Mais derrière cette sobriété apparente, la ferveur grandit. Pikine reconnaît les siens.
Le baptême du feu avait laissé une cicatrice. Battu par Bébé Khaye, le dimanche 30 janvier 2022, Prince aurait pu douter, reculer, disparaître dans l’épaisseur du peloton, mais le géant de Pikine a choisi l’inverse. Depuis, plus rien ne l’a arrêté. Huit combats et autant de victoires. Une série nette, sans bavure, qui l’installe peu à peu parmi les nouveaux visages de l’arène sénégalaise.
À chacune de ses apparitions, le même constat s’impose : Prince ne lutte pas pour participer, il lutte pour dominer. Face aux jeunes loups comme face aux plus aguerris, il ne concède ni le doute ni le répit. Il gagne. Souvent avec autorité.
Et derrière cette dynamique victorieuse se dessine un profil complet : un lutteur capable d’adapter son registre, de lire l’adversaire, de gérer la pression. Plus qu’une série de succès, Prince construit une réputation : celle d’un compétiteur à la trajectoire ascendante.
Un surnom devenu identité. Le surnom de Prince, c’est sa mère qui l’a choisi. Un surnom devenu identité, chargé d’amour et de protection. « Quand j’étais tout petit, elle me chérissait énormément. Elle voulait toujours que je sois traité comme un prince. Si elle me voyait traîner sur le sable, elle criait : ‘’Qui a laissé mon enfant ici ? Ne savez-vous pas que c’est mon prince ?’’ », raconte-t-il, sourire discret mais regard habité.
À Guinaw Rails, son quartier de naissance, les témoignages convergent. Le portrait est unanime : un garçon respectueux, généreux, réservé, viscéralement attaché à sa mère, à ses frères et sœurs. Peu de distractions, pas de scandales. « On ne lui connaît pas de petite amie. Il ne vit que pour la lutte. Il travaille avec un sérieux impressionnant », confie un proche.
Sa famille biologique a quitté son Guinaw Rails natal pour Hamo 6, à Guédiawaye, avant de s’installer définitivement à Mbour. Mais l’enfant, lui, a choisi de rester là où il a appris à ramer, à marcher et à fréquenter ses premières écoles de la vie. Il a ainsi trouvé refuge chez la famille Diop, les voisins d’alors, qui l’ont accueilli.
Ancien footballeur local passé par de grands clubs professionnels comme l’As Pikine, Kapy Diop témoigne : « Depuis plus de dix ans, il vit chez nous et se sent parfaitement à l’aise. Il partage la même chambre que mon neveu Makhoudia Diop, devenu aujourd’hui son préparateur mystique. Bien que nous soyons musulmans et que Prince soit chrétien, la cohabitation a toujours été franche et harmonieuse. Prince est vraiment chez lui ici ».
Un détour par le basket
Prince a tout tenté dans la vie pour réussir. Selon Kapy Diop, le sociétaire de Bayi Si Xèl s’est également essayé au football. « Prince est aussi passé par l’école de football du coach Cissé de l’Asc Jokko de Pikine, même s’il n’y est pas resté longtemps », révèle-t-il.
Comme beaucoup de jeunes de Pikine, le lutteur attrape très tôt le virus de la lutte. Il admire Bathie Séras, le magicien de Guinaw Rails, mais une figure s’impose définitivement : Mouhamed Ndao Tyson. Tyson, le révolutionnaire. Celui qui a redessiné la lutte sénégalaise moderne et offert à Pikine sa première couronne royale.
Prince fait partie de ces jeunes badauds qui gravitaient autour du lieu d’entraînement de son idole. Il observe tout, apprend sans parler. Puis un jour, il enfile le « nguimb ». Le pas est franchi. Il plonge dans les « mbapatt », ces tournois de quartier aussi rudes que formateurs.
« J’ai beaucoup voyagé : Diourbel, Dakar, les îles de l’intérieur du pays. J’ai tout fait », explique-t-il avec fierté. Là, il forge son mental, son corps, son aura. Déjà, les foules suivent. « Depuis les mbapatt, je drainais du monde. En lutte traditionnelle comme dans les combats nommés, les gens venaient nombreux me suivre », dit-il, avec une maturité rare.
Avec ses deux mètres, le basket semblait une évidence. Sa mère, inquiète des dérives parfois associées à la lutte, l’y pousse fortement. Prince s’y engage sérieusement, évolue au poste de pivot et bénéficie même de l’encadrement d’un coach du nom de Boniface, différent de Ndong, l’international du basket. « Je salue mon coach. Il croyait beaucoup en moi », témoigne le vainqueur de Diockel.
Il joue notamment à la Jeanne d’Arc (Ja), apprend, progresse. Mais la lutte le rattrape. « Lors de mon premier combat dans l’arène, je faisais encore du basket. Mais la lutte coulait dans mes veines », avoue-t-il. Certains jours, Prince se dissimule sous une djellaba pour aller s’entraîner, loin des regards. Aujourd’hui, il sourit en y repensant. « Avec ma progression actuelle, je me dis qu’ils avaient raison. Ils se sont battus pour que je sois à ce niveau », avoue-t-il.
Tyson, la référence
La comparaison est inévitable. Le gabarit. La discipline. La taille. La ferveur populaire. « Tyson est un monument. Il a offert la première couronne royale à Pikine. C’est ma référence, mon idole », affirme-t-il sans détour. Avant chaque combat, Prince pense à lui ; même si les liens directs sont encore quasi inexistants.
Le 4 mai 2024, il domine Modou Anta de Thiès. Il confirme le 30 novembre 2025, face à Mor Kang Kang. Son bilan s’élève désormais à 9 victoires en 10 combats. Une trajectoire solide, ascendante.
Leader de l’écurie Bayi Si Xèl, Prince livre ses combats, porté par une armée de supporters passionnés. Après ses victoires, il rend hommage à ses parents Ndiago et aux « Indiens », ces jeunes admirateurs qui, parfois, veillent toute la nuit devant son domicile. « Je me fatigue pour mes fans. Leur rêve était d’avoir un champion. Ce rêve prend forme », confie Prince qui ne fuit pas ses ambitions. Il les assume calmement.
« Je vais avancer tranquillement vers le sommet. Mon objectif est clair : devenir Roi des arènes », rêve-t-il, optimiste.
Auteur d’une saison parfaite, quatre victoires en quatre combats, il est élu meilleure révélation de la saison 2023-2024 par Lutte Tv. Une consécration logique. « Je suis convaincu que je suis un futur Roi des arènes. C’est clair dans ma tête », répète-t-il.
Dans l’arène, Prince évolue avec liberté. Pas de plan figé. « Mon staff me demande juste de protéger mes jambes, d’être vigilant, d’avoir de la lecture. Pour le reste, ils me font confiance », souffle-t-il, les yeux fixés sur son objectif.
Deux moments l’ont profondément marqué. La défaite de son coéquipier Toukal, lutteur talentueux mais malchanceux. Et surtout, le 28 juillet 2019. Eumeu Sène chute face à Modou Lô. « J’ai pleuré du stade Léopold Sédar Senghor jusqu’à Pikine. Ce jour-là m’a brisé », confie-t-il.
Aujourd’hui, Prince avance avec une promesse intérieure. « Si un jour j’arrive au sommet, je rêve de venger mes aînés », confie-t-il.
Silencieux. Puissant. Déterminé. Pikine tient peut-être déjà son nouveau Roi.
Abdoulaye DEMBELE

