Au Sénégal, la gestion des déchets électriques et électroniques oscille entre pratiques artisanales aux lourds impacts sanitaires et procédures administratives strictement encadrées par les textes. Entre économie de survie et cadre réglementaire, ce secteur à haut risque soulève des enjeux majeurs de santé publique, d’environnement et de gouvernance.
Le jingle de l’émission « C’est pas du vent » de Radio France internationale (Rfi) présentée par Anne-Cecile Bras fait prêter l’oreille. En ce mois d’août, il y est question des ravages des déchets électroniques. Ces ordures composées de téléphones usagés, d’écrans et d’appareils électroménagers hors service menacent notre santé. Les déchets d’équipements électriques et électroniques représentent le flux qui connaît la croissance la plus rapide au monde. S’ils ne sont pas traités, éliminés et recyclés de manière appropriée, ils deviennent une menace pour l’environnement et la santé humaine, car ils peuvent rejeter jusqu’à 1.000 substances chimiques différentes, y compris des neurotoxines telles que le plomb ou le mercure.
Selon des informations du site des Nations-Unies publiées en mars 2024, l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (Unitar) et l’Union internationale des télécommunications (Uit), chaque personne génère annuellement en moyenne 7,8 kilogrammes de déchets électroniques sur la planète. Ce volume record de 62 millions de tonnes (Mt) est en hausse de 82 % par rapport à 2010. Ce chiffre est même en passe d’atteindre 82 millions de tonnes d’ici à 2030. Les 62 millions de tonnes de déchets électroniques générés en 2022 équivalent au poids de 107.000 avions de passagers les plus grands (853 sièges) et les plus lourds (575 tonnes) du monde – suffisamment pour former une file d’attente ininterrompue de New York à Athènes ou de Nairobi à Hanoi.
Des téléviseurs aux téléphones jetés, une énorme quantité de déchets électroniques est générée à travers le monde. Les dernières recherches montrent que le défi mondial posé par les déchets électroniques ne fera que croître, explique le site d’information. Les déchets électroniques incluent de nombreux petits objets du quotidien comme les cigarettes électroniques et les tablettes, les smartphones, les appareils électroménagers, des brosses à dents électriques aux grille-pains, ou plus volumineux comme les écrans de télévision, les vélos et scooters électriques. Ils présentent des risques importants pour la santé et l’environnement, car contenant des additifs toxiques ou des substances dangereuses telles que le mercure.
Les métaux – notamment le cuivre, l’or et le fer – représentent la moitié des 62 millions de tonnes, pour une valeur totale de quelque 91 milliards de dollars, selon le rapport. Les plastiques représentent 17 millions de tonnes et les 14 millions de tonnes restantes comprennent des substances telles que les matériaux composites et le verre. Thiaroye 2008 Au Sénégal, les ferrailleurs constituent des acteurs incontournables dans le circuit de distribution de ces déchets qui affectent la santé de l’homme.
A titre d’exemple, à Thiaroye, l’essor de l’activité de recyclage des batteries à plomb avait entraîné le décès d’au moins 18 enfants dans la zone où sur 47 enfants testés, 37 cas nécessitaient un traitement chélateur urgent, soit 68% (Oms 2008). Ces substances peuvent conduire à une perturbation du développement du système nerveux, des troubles de régulations endocriniennes, des modifications dans la croissance et le développement fondamental des cellules, ce qui peut entraîner des effets indésirables sur la reproduction et le développement ainsi que la destruction du système immunitaire et provoquer le cancer.
Serigne Mansour Sy CISSÉ