Moins coûteux à l’usage, les deux-roues électriques gagnent du terrain dans la capitale. Mais, leur autonomie limitée, leur vitesse réduite et les pannes signalées par certains utilisateurs freinent encore leur adoption.
Longtemps cantonnées aux routes asiatiques, européennes et américaines, les motos électriques conquièrent progressivement la capitale sénégalaise. Le phénomène prend de l’ampleur et séduit particulièrement les jeunes. Le constat est sans appel : nombreux sont ceux qui délaissent désormais les deux-roues à essence au profit de leurs équivalents électriques. Dans les pays où elles ont déjà conquis le marché, ces machines constituent un maillon essentiel des politiques de transition écologique. Pour réduire la pollution atmosphérique et les émissions de gaz à effet de serre, les acteurs du secteur ont misé sur cette alternative. Le Sénégal leur emboîte aujourd’hui le pas.
L’un des points de vente de la marque Revoo, situé sur l’avenue Bourguiba, ne désemplit pas. Livreurs, acheteurs et simples curieux se pressent devant le magasin. Le décor contraste avec celui des points de vente de motos thermiques. Ici, une dizaine de motos sont garées, toutes branchées à des prises électriques. Après avoir sillonné les différents quartiers de Dakar, les conducteurs viennent recharger les batteries de leurs engins. Certains, installés confortablement sur leur monture, vont jusqu’à s’y allonger tout en discutant de sujets anodins. À côté, les réparateurs de ces machines électriques se font discrets, contrairement aux mécaniciens spécialisés dans les motos à essence, omniprésents dans le paysage sonore de la ville.
À l’intérieur du magasin, les motos s’alignent en nombre. Presque toutes de la même couleur, mais arborant parfois des designs différents, elles attirent le regard. Ousmane Guèye, coordinateur commercial de Revoo au Sénégal, explique que ces engins sont le plus souvent importés de Chine. Après leur achat, leur acheminement jusqu’au Sénégal et le paiement des frais de dédouanement constituent les dernières étapes avant leur mise en circulation.
Le coordinateur indique que le magasin propose cinq modèles de motos électriques. Le plus grand, baptisé B12, nécessite, selon lui, environ 500 FCfa d’électricité par jour, pour une consommation de 3,8 kilowatts. Une fois la batterie complètement rechargée, la moto peut parcourir jusqu’à 140 kilomètres. « À leur arrivée au Sénégal, nous avons axé notre communication sur la faible consommation de ces motos et mis en place un service après-vente très efficace, assuré par une équipe spécialisée dans leur réparation », déclare-t-il.
Un marché en vogue
Outre la B12, particulièrement prisée des usagers, le coordinateur cite les modèles C32, C35 et A10, ce dernier étant le moins cher et conçu pour les enfants. « La moto la plus chère, c’est la A52. Elle coûte 970.000 FCfa et elle est, le plus souvent, achetée par les professionnels et les passionnés de motos électriques. La moto la plus vendue est la B12. Elle coûte 860.000 FCfa. C’est un modèle que les businessmen et les jeunes qui s’activent dans la livraison apprécient particulièrement », renseigne Ousmane. Il précise que ces motos sont équipées de batteries de différentes technologies et de différentes capacités. Certaines sont au lithium, d’autres au plomb. Celles au lithium, comme celles qui équipent les B12, sont, selon lui, plus puissantes et plus performantes.
À l’extérieur du magasin, Omar Ciré est assis sur sa moto branchée, attendant que la batterie se recharge. Le casque posé sur la tête d’une manière qui prête à sourire et adossé à son sac de livraison, il confie avoir longtemps effectué ses courses avec une moto à essence. Depuis près d’un an, il exerce son activité avec une moto électrique B12 achetée par son employeur, un investisseur.
Avec sa précédente moto à essence, Ciré devait jongler entre l’achat du carburant, les réparations chez le mécanicien et le versement quotidien à son employeur. Désormais, il n’a plus à acheter de carburant ni à faire face à des réparations incessantes. Il lui suffit de débourser entre 400 et 500 FCfa par jour pour recharger sa batterie. « Je verse 5.000 FCfa par jour à mon employeur. Après le versement, je gagne au minimum 10.000 FCfa quotidiennement. Un bénéfice que je ne réalisais pas avec ma moto à essence », se réjouit-il.
La bonne affaire des livreurs
Debout à quelques mètres d’Omar Ciré, Ahmed Diop ne tarit pas d’éloges sur les avantages de ces deux-roues. Le trentenaire, détendu, se souvient de ses déboires avec sa moto à essence. « Rien que pour la vidange, je perdais beaucoup d’argent », se remémore-t-il.
Aujourd’hui, le livreur possède sa propre moto, électrique cette fois. Il se dit débarrassé de nombreuses contraintes qui lui compliquaient la vie. « Avec la moto à essence, je dépensais chaque jour au moins 3.000 FCfa à la pompe, sans compter les frais d’entretien. Maintenant, avec 300 FCfa de charge, je peux faire une journée. D’ailleurs, le plus souvent, je viens ici, dans ce magasin, et je recharge gratuitement », explique-t-il.
Notre interlocuteur affirme pouvoir réaliser jusqu’à 25.000 FCfa de chiffre d’affaires en une journée, un montant qu’il juge « satisfaisant ». Toutefois, ces motos qui gagnent en popularité dans la capitale sénégalaise ne sont pas exemptes de problèmes. Des difficultés persistent, aussi bien chez les distributeurs que chez les usagers.
Selon Ousmane Guèye, coordinateur commercial de Revoo Sénégal, le premier obstacle a été la réticence des clients à l’idée d’utiliser l’électricité pour recharger leurs motos. Le responsable évoque également le coût du dédouanement, les formalités de mutation et l’obtention de la carte grise. Pour Omar Ciré, les difficultés liées aux motos électriques concernent surtout leur vitesse. Il affirme que les motos à essence sont deux fois plus rapides que leurs équivalentes électriques. « Une distance que je parcours en 30 minutes avec une moto électrique, je la fais en 15 ou 20 minutes avec une moto à essence », fait savoir le livreur. Il souligne également que l’autonomie de la batterie ne dépasse parfois pas quatre à cinq heures. « Si la durée pouvait être augmentée, cela nous aiderait », préconise-t-il, ajoutant que les motos électriques tombent souvent en panne.
Des limites persistantes
Un avis que partage Latyr, un jeune livreur croisé au rond-point Jet d’eau où il attend des clients au guidon de sa moto thermique. Lui ne jure que par l’essence. « Moi, je reste fidèle à ma moto à carburant », lance-t-il d’emblée. Il reconnaît pourtant que les motos électriques présentent des avantages : pas de dépenses quotidiennes à la pompe, moins de frais d’entretien et pas de vidanges répétées. Mais, ces arguments ne suffisent pas à le convaincre. Latyr l’admet sans détour : ce qui le rebute, c’est la vitesse. « Une moto électrique, ça n’avance pas. Moi, j’aime la vitesse, j’aime sentir la puissance du moteur », confie-t-il.
Pour lui, aucun argument économique ne vaut le plaisir de rouler vite sur une moto thermique. Et tant pis pour le carburant, les vidanges et les réparations. « Je préfère dépenser plus et rouler vite », assume-t-il. Malgré ces limites, les motos électriques s’installent progressivement dans le paysage dakarois. Portées par la perspective de réduire les dépenses quotidiennes, elles séduisent notamment les livreurs. Reste à améliorer leur autonomie, leur fiabilité et leurs performances pour convaincre davantage d’usagers.
Par Aziz Méthiour NDIAYE (Stagiaire)

