Pour Abdoulaye Mbaye, expert et directeur des opérations aériennes – Derichebourg Aeronautics Services, l’orientation de l’État du Sénégal est non seulement pertinente, mais profondément stratégique. À l’en croire, il est intéressant d’avoir cette approche globale, qui consiste à ne pas former uniquement des pilotes ou des techniciens, mais l’ensemble de la chaîne opérationnelle du transport aérien.
À travers l’Aimac, le Sénégal s’est engagé dans la formation de plusieurs métiers de l’aéronautique. Comment analysez-vous cette orientation ?
Cette orientation est non seulement pertinente, mais profondément stratégique. L’aéronautique est un secteur où la compétence technique est centrale, avec des exigences de sécurité extrêmement élevées. Ce qui est particulièrement intéressant avec l’Aimac, c’est cette approche globale : on ne forme pas uniquement des pilotes ou des techniciens, mais l’ensemble de la chaîne opérationnelle du transport aérien.
Cette dynamique gagnera à être renforcée par le développement de compétences liées au pilotage des opérations, notamment en matière de flight dispatch et de gestion des opérations en temps réel, qui constituent aujourd’hui un maillon essentiel des compagnies aériennes modernes.
Cette vision est essentielle, car une aviation performante repose sur la cohérence de tous ses maillons, et non sur une seule expertise. C’est un levier fondamental de souveraineté opérationnelle. À terme, cela permettra de réduire la dépendance aux expertises extérieures et de bâtir un écosystème aéronautique plus solide et durable.
Une aviation forte ne s’achète pas, elle se construit par la compétence.
Toutefois, la formation seule ne suffit pas. Elle doit s’accompagner de structures opérationnelles capables de transformer ces compétences en performance réelle, notamment à travers le pilotage des opérations en temps réel. C’est dans cet équilibre entre formation et structuration que se joue le véritable développement du secteur.
Comment ce capital humain bien formé peut-il contribuer au développement de l’aéronautique et de l’aviation ?
Un capital humain bien formé est la pierre angulaire de toute aviation performante. Dans ce secteur, ce sont les compétences qui structurent les opérations : planification des vols, gestion en temps réel, maintenance, conformité réglementaire. Des professionnels bien formés permettent d’améliorer la sécurité, la ponctualité, l’efficacité opérationnelle et, in fine, la rentabilité des compagnies.
Mais au-delà de la performance immédiate, ce capital humain joue un rôle clé dans la transmission des savoirs et la structuration des organisations. Former des profils sur l’ensemble de la chaîne, du cockpit jusqu’à l’escale, permet de créer une cohérence opérationnelle, essentielle pour la sécurité et la performance globale.
Dans l’aérien, la performance d’une compagnie ne dépend pas d’abord de ses avions, mais de ses compétences.
Aujourd’hui, quelles sont les autres politiques qui s’imposent pour développer davantage ce secteur ?
La formation est une première étape essentielle, mais elle doit s’inscrire dans une approche globale et structurée.
Trois axes sont prioritaires : la structuration des opérations, notamment à travers la mise en place d’Operations Control Centers (Occ) performants, capables de piloter les vols en temps réel selon les standards internationaux.
Ensuite, il y a le renforcement du cadre réglementaire et de la supervision, en s’alignant sur les meilleures pratiques internationales afin de garantir un haut niveau de sécurité et de crédibilité.
Mais également le développement d’un écosystème local, incluant la maintenance, les services opérationnels et les prestataires techniques, pour limiter la dépendance extérieure et créer de la valeur localement.
Sans ces fondations, la croissance reste fragile. Sans structuration opérationnelle, la croissance devient un risque au lieu d’une opportunité.
Comment appréhendez-vous les perspectives du transport aérien au Sénégal ?
Les perspectives sont très positives. Le Sénégal bénéficie d’une position géographique stratégique en Afrique de l’Ouest, avec un réel potentiel de hub régional. La croissance du trafic aérien sur le continent, combinée à la montée en compétence des acteurs locaux, constitue une opportunité majeure.
Cependant, cette croissance devra être maîtrisée. Le véritable enjeu n’est pas seulement d’augmenter le nombre de vols, mais de construire un système opérationnel fiable, durable et conforme aux standards internationaux.
Si cet équilibre est trouvé, le Sénégal a le potentiel pour devenir un acteur de référence dans le transport aérien en Afrique de l’Ouest.
Dans l’aérien, l’enjeu n’est pas de croître vite, mais de croître de manière solide.
Propos recuillis par Demba DIENG

