La production de semences de haute qualité s’accélère à Kolda. En ligne avec la « Vision Sénégal 2050 », l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) y déploie ses innovations pour fortifier le capital semencier national et garantir la souveraineté alimentaire du pays.
KOLDA – L’air est lourd, gorgé de l’humidité typique de la saison des pluies. Sur les parcelles d’expérimentation du Centre de recherche zootechnique (Crz) de Kolda, les techniciens agricoles s’affairent, bottes aux pieds, pour voir l’état cultural des germes. L’enjeu est de taille. Il s’agit de rompre définitivement avec la dépendance aux semences importées ou de faible qualité, et ce, en régénérant le capital semencier national.
Pour réussir ce pari, l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) pilote, via son Unité d’information et de valorisation (Unival), une vaste mission de communication et de capitalisation dans le sud du pays. L’objectif est de mettre en lumière les innovations prêtes à intégrer les champs des producteurs.
Au milieu d’un champ de niébé fourrager en plein développement, Mbaye Maguette Diop, coordonnateur du Pcae à Kolda et généticien, observe les jeunes pousses avec attention. Pour lui, ce programme de l’État change la donne. « Notre objectif est clair. Il s’agit d’améliorer la production de semences à haute valeur ajoutée », explique le chercheur. M. Mbaye explique que la nouvelle politique de l’État fixe un cap précis. « L’Isra doit se concentrer exclusivement sur la production des prébases (G1, G2, G3).
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Au-delà du niveau G3, la multiplication à grande échelle sera transférée aux producteurs semenciers privés. C’est le cœur de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 » : autonomiser les acteurs de terrain », ajoute-t-il. Pour la campagne hivernale 2026, le Crz de Kolda a déployé les grands moyens en engageant 17,9 hectares toutes espèces confondues et réparties sur quatre spéculations majeures.
Il s’agit de l’arachide sur 6,6 hectares, avec une multiplication des variétés phares « Sunugale » et « Concombre » en qualité G3 – prêtes pour les multiplicateurs – du fonio sur 6 hectares, avec 3 variétés locales stratégiques cultivées aux niveaux G1 et G2, et du niébé fourrager sur 2 hectares, avec une réponse concrète aux besoins de l’élevage de la région. Enfin, le sésame sur 1,3 hectare avec une valorisation de la variété hautement productive Isrita.
Si Kolda vibre au rythme de l’hivernage, Mbaye Maguette Diop rappelle que le combat pour la souveraineté semencière est collectif. Le Pcae fédère, en effet, les forces scientifiques de tout le pays, de Dahra Djolof à l’unité de production de semences de Bambey en passant par les Centres de recherches agricoles (Cras) de Thiès et de Saint-Louis.
« Produire et homologuer des variétés performantes demande des ressources colossales. La multiplication est une activité exigeante et coûteuse », concède le généticien. Et d’ajouter : « Le soutien financier du Pcae est arrivé à son heure. Il nous donne les coudées franches pour optimiser nos protocoles et sécuriser les volumes demandés par le marché national ».
Alors que la mission de valorisation de l’Unival s’apprête à rallier Ziguinchor pour documenter d’autres avancées, les premiers résultats de Kolda confirment une chose : la recherche agricole n’est plus seulement une affaire de laboratoires, elle est devenue le moteur vert de l’économie rurale sénégalaise.
Ibrahima KANDÉ (Correspondant)

