Une semaine après la finale houleuse de la Coupe d’Afrique des Nations remportée par le Sénégal face au Maroc (1-0, a.p.), l’« affaire des serviettes » continue de susciter interrogations et crispations. Mais plus que les images déjà largement commentées, c’est désormais la prise de position d’Olivier Safari Kabene, président de la commission des arbitres de la Confédération africaine de football (CAF), qui interroge. Et inquiète.
Invité sur Canal+ Afrique, le patron des arbitres de la CAF a livré une lecture pour le moins surprenante – voire dérangeante – de cet épisode qui avait vu des ramasseurs de balle, des agents de sécurité et même des joueurs marocains s’activer pour retirer la serviette du gardien sénégalais Édouard Mendy, jusque dans sa surface de réparation. Pire encore, Yehvann Diouf, doublure de Mendy, avait été physiquement pris à partie, poussé au sol, alors qu’il tentait simplement de restituer cet objet au gardien des Lions.
Un discours qui prépare les esprits ?
« C’est un problème que l’organisateur doit prendre en considération dans les compétitions à venir », a-t-il déclaré.
« La serviette n’est pas un équipement d’un joueur ou d’un gardien. Lorsqu’un gardien s’accompagne d’une serviette, ça doit être de manière très sportive et avec plus de fair-play. Dès lors que celui-ci commence à crier ou influencer le jeu, je pense que cette serviette doit être loin de cet espace de jeu. »
Un raisonnement qui, de fait, déplace entièrement la responsabilité sur… le gardien de but. Ni les ramasseurs de balle intervenant dans l’aire de jeu, ni les agents de sécurité, ni les joueurs marocains impliqués ne sont mis en cause. La gravité des faits – intrusion, obstruction, violence légère mais réelle sur un joueur – est purement et simplement évacuée.
Cette sortie médiatique du futur candidat à la présidence de la FECOFA (Fédération congolaise de football), ne peut être analysée hors contexte. La commission de discipline de la CAF est attendue dans les prochains jours pour statuer sur les incidents survenus lors de cette finale. Or, à écouter Olivier Safari, il n’y aurait « rien de grave » dans cette affaire. Et surtout, aucune responsabilité marocaine clairement identifiée.
Les victimes transformées en coupables
À l’inverse, le Sénégal à travers son gardien Édouard Mendy apparaît implicitement désigné comme fautif, pour avoir utilisé une serviette jugée « non conforme » à l’esprit du jeu. Une lecture qui pourrait préparer l’opinion internationale à d’éventuelles sanctions contre le Sénégal.
La question se pose alors frontalement : le rapport de l’arbitre de la finale, Jean-Jacques Ndala, mentionne-t-il l’affaire des serviettes ? Difficile d’imaginer l’arbitre congolais aller frontalement à contre-courant de la position exprimée par son compatriote et supérieur hiérarchique.
Cette version des faits tranche radicalement avec le témoignage de Yehvann Diouf, revenu publiquement sur cet épisode surréaliste. « Figure-toi qu’un ramasseur de balle m’a dit : “sois fair-play” », a-t-il raconté. « Je lui ai répondu : “fair-play de quoi ? C’est vous qui prenez les serviettes et c’est moi qui ne suis pas fair-play alors que je viens juste remettre des serviettes ?” » Le gardien niçois a également décrit une scène hallucinante, où il se retrouve à terre dans la surface, sans protection, pendant que le match se poursuit.
Dans une compétition où l’équité, la neutralité arbitrale et la crédibilité institutionnelle sont déjà fragiles, cette prise de parole apparaît comme une faute politique majeure. Elle jette un doute sérieux sur l’impartialité de la lecture disciplinaire à venir et renforce l’idée d’un deux poids, deux mesures. Car à entendre Olivier Safari Kabene, il n’y a pas eu d’intrusion, pas de désordre, pas de manquement sécuritaire. Seulement une serviette… de trop.
Par Cheikh Gora DIOP


