Face à la montée des risques liés à l’usage des réseaux sociaux par les enfants et les adolescents, la Cellule d’Appui à la Protection de l’Enfance (CAPE) intensifie ses actions de prévention, de sensibilisation et de prise en charge. Sa coordinatrice, Mbayang Madjiguène Diop KEITA, revient, dans un entretien accordé au Soleil digital, sur les missions et les programmes mis en œuvre pour protéger les enfants dans l’espace numérique.
Structure rattachée au cabinet du ministère de la Famille et des Solidarités, la CAPE a pour mission principale d’appuyer le système national de protection de l’enfance et les politiques publiques y afférentes. Elle intervient notamment dans l’élaboration de la politique nationale de protection de l’enfance et l’accompagnement des structures accueillant les enfants en situation de vulnérabilité.
La Cellule déploie ses actions autour de trois programmes majeurs : la protection des enfants en ligne, l’appui aux enfants en situation de vulnérabilité et le programme « médias et droits de l’enfant ». Selon Mme KEITA, le programme dédié à la protection en ligne est né du constat d’une utilisation accrue des réseaux sociaux par les jeunes, particulièrement depuis l’essor des plateformes numériques au cours des années 2010. « L’État s’est rendu compte de la nécessité de mettre en place un dispositif spécifique pour protéger les enfants face aux nouveaux dangers liés à Internet », explique-t-elle.
Dans ce cadre, la CAP a initié un module de formation, élaboré après un état des lieux des dispositifs juridiques existants. Ce programme implique plusieurs secteurs, notamment les ministères de la Santé, de l’Éducation nationale, de la Justice, ainsi que des acteurs spécialisés de la protection de l’enfance.
Une approche multisectorielle
La lutte contre les violences numériques repose sur une coordination étroite entre différentes institutions. La CAP collabore avec le ministère de l’Économie numérique, le ministère de la Santé pour les questions de santé mentale, le ministère de la Justice pour la prise en charge judiciaire, et le ministère de l’Éducation nationale pour le signalement et la sensibilisation en milieu scolaire. La société civile est également mise à contribution à travers ses mécanismes d’alerte et de prise en charge.
Des études, notamment celles de l’UNICEF, indiquent qu’environ 15 % des garçons et 12 % des filles sont exposés à des formes de cybercriminalité, principalement la cyberintimidation. La tranche d’âge la plus touchée se situe entre 13 et 19 ans, une période marquée par une forte présence sur les réseaux sociaux.
Pour y faire face, la CAP a mené, de 2018 à aujourd’hui, des tournées de sensibilisation dans 44 départements couvrant 12 régions. Ces actions ciblent les élèves, les enseignants, les parents et les acteurs communautaires, afin de promouvoir les bonnes pratiques numériques et l’autoprotection en ligne.
Interview avec la Coordinatrice de la CAPE
La Coordinatrice de la CAPE souligne que les atteintes ne se limitent pas à la cybercriminalité classique, mais incluent aussi la cyberintimidation et la sextorsion. En cas de signalement, la CAP joue un rôle de relais vers les structures compétentes, notamment la Commission de protection des données personnelles (CDP) et les services judiciaires, pour une prise en charge psychologique, sociale ou judiciaire selon les cas.
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Les Comités départementaux de protection de l’enfance (CDPE) assurent la coordination locale, chaque secteur intervenant dans son domaine de compétence. Madjiguene lance un message fort aux parents et aux communautés. Elle les invite à accompagner davantage les enfants dans l’usage d’Internet et à recourir aux outils de contrôle parental existants.
« Les réseaux sociaux comportent des aspects positifs, mais l’exposition excessive aux écrans peut avoir des conséquences graves sur la santé mentale, la scolarité et le bien-être des enfants », avertit-elle, appelant à un usage équilibré du numérique au sein des familles.
Cheikh Tidiane NDIAYE


