Il est la voix officielle de la communauté layène, mais sa vie est un pont entre deux mondes. Adama Sow, président de la commission Communication de l’Appel, est aussi un expert des médias et du numérique reconnu. Dans son récit, l’histoire intime d’une famille, celle des Peuls de Baye-Laye, se mêle à la grande histoire de Dakar et à une fidélité absolue à un dernier vœu.
Sa voix est calme, précise, celle d’un homme habitué à expliquer, à transmettre. Au micro de la radio Layène ou face aux institutions internationales, Adama Sow, 58 ans, incarne une articulation rare : celle d’un héritier spirituel devenu régulateur du monde numérique. Président de la commission communication de l’Appel, il est l’un des «premiers visages» médiatiques de cette confrérie soufie. Une mission qui dépasse largement la technique : « elle est un sacerdoce, scellé sur un lit de mort ».
« Le dernier vœu de mon père, le 23 février 2019, la veille de son décès, était que je continue l’héritage familial et que je m’occupe de la communauté. Ça, je n’oublierai jamais », confie-t-il. Cet héritage, c’est une histoire méconnue, celle des «Peuls de Baye-Laye». Adama Sow en est un descendant direct. Son arrière-grand-père, Amadou Fall Sow, a quitté son Gandiol au début des années 1890 pour répondre à l’Appel de Seydina Limamou Laye. Il s’installa à Malika, l’un des villages traditionnels qui bordaient alors Dakar.
«Les Sow font partie des trois familles dépositaires de l’histoire de Malika», rappelle-t-il avec la rigueur d’un historien. Une lignée de «Peuls qui gardent les effets» dans la tradition layène, aujourd’hui dispersée de Cambérène à Mboro en passant par Tivaouane Peul. Cette exigence de précision et de transmission, il l’applique dans tous les champs de sa vie. Car, Adama Sow est avant tout un professionnel aguerri des médias et de la communication.
Journaliste de formation, il a gravi tous les échelons : journaliste à la Rts, conseiller puis directeur au ministère de la Communication pendant dix ans, où il géra le dossier sensible des fréquences audiovisuelles. Il a enseigné dans des écoles de formation, monté le groupe Gfm, et terminé sa carrière administrative à la Commission de protection des données numériques. Aujourd’hui consultant international, son expertise sur les usages numériques et la régulation des réseaux sociaux est sollicitée par le Conseil de l’Europe à Meta.
De la régulation des ondes à la transmission de la foi
C’est justement cette double casquette, gardien d’un héritage spirituel et expert des flux numériques globaux qui font sa singularité. Dans le bureau sobre de la commission Communication, il ne s’agit pas seulement de gérer des supports. Il s’agit, avec l’appui du Khalife général, de « vulgariser l’Appel», de raconter une histoire, de souder une communauté à l’ère digitale.
«Nous allons certainement apporter quelques innovations sur la façon de communiquer», annonce-t-il, laissant entrevoir une synthèse moderne entre la tradition orale et les nouveaux réseaux. Adama Sow est un homme de dialogue. Dialogue entre le passé peul de Dakar et son présent métissé. Dialogue entre la rigueur de l’administration et la ferveur de la foi. Dialogue, enfin, entre une parole promise à un père et une action dédiée à toute une communauté. Il n’est pas une voix chantée, mais une voix qui explique, qui relie, et qui, patiemment, inscrit une mémoire dans l’avenir.
Pathé NIANG

