Présidente du Réseau des jeunes et des femmes pour le développement de Matam, Mariame Sidibé incarne la lutte des communautés oubliées par l’exploitation minière. Elle dénonce les promesses non tenues et se bat pour l’autonomisation de celles qui ne récoltent que misère et maladies.
Mariame Sidibé, originaire de Hamady Ounaré dans la région de Matam, incarne une figure inspirante. En tant que présidente du Réseau des jeunes et des femmes pour le développement de Matam, elle a consacré sa vie à améliorer les conditions des femmes, en particulier celles touchées par l’exploitation minière dans sa région. Son engagement et sa détermination sont palpables dans chaque aspect de son travail. Symbole de lutte et de progrès, son travail démontre qu’avec détermination, solidarité et un soutien adéquat, il est possible de surmonter les obstacles et de transformer les défis en opportunités.
Mariame Sidibé commence par décrire son parcours éducatif interrompu avec une clarté poignante. « J’ai arrêté les études en classe de seconde, car au Fouta, à l’âge de 20 ans, quand tu ne te maries pas, on te taxe de célibataire endurcie. Les parents décident du mariage et en tant que fille, tu n’as aucun mot à dire. Ils te font croire que tu pourras poursuivre tes études, mais c’est une utopie », se désole-t-elle.
Cette déclaration met en lumière la pression sociale et culturelle qui limite les possibilités éducatives pour les femmes dans certaines régions. C’est pourquoi Mme Sidibé utilise son expérience personnelle pour illustrer une problématique plus large : la contrainte imposée aux jeunes femmes qui ont des aspirations professionnelles, mais sont freinées par des traditions patriarcales.
L’émancipation au cœur des mines
Malgré ces obstacles, elle n’a pas laissé ces circonstances définir son avenir. Elle poursuit : « Après avoir quitté l’école, j’ai fait une formation en santé au Mali en 2003. » Ce choix témoigne de sa résilience et de son désir de contribuer positivement à sa communauté, malgré les barrières imposées par la société. Cette formation a été un tremplin crucial pour son futur engagement dans le développement communautaire et les droits des femmes.
L’engagement de Mariame Sidibé marque un tournant historique pour les femmes des zones minières au Sénégal. Son action, amplifiée par son partenariat avec Wim Sénégal (Women in Mining), s’attaque aux injustices profondes d’un secteur où les retombées économiques ne profitent pas aux femmes.
Sous sa direction, les femmes des communes impactées par l’exploitation minière ont formé une structure collective avec le soutien de Wim Sénégal. Elle explique : « Nous avons rassemblé plus de 200 femmes issues des trois communes touchées, et grâce à Wim Sénégal, nous avons été formées et soutenues financièrement. Nous avons lancé des activités telles que la transformation de produits locaux, comme le savon et les jus, et la poterie pour les femmes côtières. » Cette structuration permet aux femmes de créer des entreprises locales et d’améliorer leur autonomie économique.
Pour autant, les défis demeurent nombreux, et Mariame ne les occulte pas. Pour elle, la violence faite aux femmes dans les usines est une réalité à laquelle tous doivent faire face : « Nous exigeons un soutien de l’État, à travers des fonds d’appui, pour nous permettre de devenir autonomes. » Elle déplore l’attitude de certaines sociétés minières qui ignorent systématiquement les demandes de rencontre des populations locales. Pour elle, il est inacceptable qu’une entreprise exploite les ressources naturelles sans aucune forme de responsabilité sociale ou d’accompagnement pour les riverains.
Un plaidoyer pour le leadership féminin
Un atelier de formation sur le genre à Dakar a fini de convaincre Mariame Sidibé que l’égalité n’est pas seulement une question de droit, mais un levier économique. « Si une femme mérite d’être présidente, elle doit l’être sans obstacles », affirme-t-elle, regrettant que les postes de décision restent la chasse gardée des hommes.
Aujourd’hui, elle interpelle l’État pour obtenir des fonds d’appui et exige des entreprises minières qu’elles intègrent les femmes dans leur chaîne de valeur. Son message aux jeunes filles est clair : l’éducation et la formation sont les seules clés de la liberté. « Les femmes ont les mêmes diplômes et les mêmes capacités. Il est temps qu’elles occupent la place qui leur revient de droit. »
Adama NDIAYE

