Les responsables et experts chinois et africains qui ont participé hier vendredi à Johannesburg, à la dernière journée du forum mondial des medias du Sud ont échangé sur la coopération culturelle en vue de promouvoir « un avenir commun ».
JOHANNESBURG -La province du Hunan a été le prétexte pour animer les débats, autour d’un dialogue intitulé : « Dialogue Hunan-Afrique : relier les cultures pour un avenir commun ». En clair, forte d’un héritage culturel riche et d’un dynamisme industriel reconnu, Hunan entend devenir un pont entre la Chine et l’Afrique. Son rôle actif dans les échanges économiques et culturels avec l’Afrique aidant. À cette occasion, le représentant du bureau de l’information du gouvernement de la province chinoise du Hunan, Zhao Chengxin a réaffirmé la volonté de Pékin de renforcer les échanges humains, un pilier essentiel du partenariat sino-africain. « La province du Hunan joue un rôle de « zone pilote » dans les relations sino-africaines.
Forte d’un héritage culturel riche et d’un dynamisme industriel reconnu, elle entend devenir un pont entre les deux parties. Terre natale de Mao Zedong et foyer historique d’échanges internationaux, la province s’investit aujourd’hui dans des projets concrets et de grande ampleur » a-t-il dit. Assurant ainsi que le secteur médiatique est l’un des moteurs de cette coopération. Zhao Chengxin a révélé que les universités et centres de recherche du Hunan occupent une place de choix dans les études africaines depuis la fin des années 1970.%, et que plusieurs institutions de la province travaillent aujourd’hui sur des rapports stratégiques consacrés au commerce et au développement sino-africains, présentés notamment lors de la dernière exposition économique sino-africaine.
Appel à une coopération culturelle plus ambitieuse
Le représentant du bureau de l’information du gouvernement de la province chinoise du Hunan a appelé à approfondir les échanges culturels, à développer les industries créatives et à encourager la diffusion de projets culturels emblématiques chinois en Afrique.
« Nous voulons écrire ensemble les histoires de la Chine et de l’Afrique, et enrichir le dialogue culturel du Sud global », a-t-il déclaré.
Zhao Chengxin a également souligné l’importance de la coopération et des échanges entre la Chine et l’Afrique, mettant en avant l’engagement de la province à renforcer les liens bilatéraux, et citant notamment les six et dix initiatives de coopération proposées par le président Xi Jinping.
Rappellant les initiatives lancées lors du dernier Sommet du FOCAC, qui visent à approfondir la coopération sino-africaine dans plusieurs domaines stratégiques, il a appuyé que la rencontre organisée à Johannesburg vise à promouvoir les échanges humains, la compréhension mutuelle et la coopération culturelle concrète entre la Chine et l’Afrique.
Lutter contre les stéréotypes
Pour les axes futurs de coopération, Zhao Chengxin a invité à développer l’écosystème culturel sino-africain, promouvoir les industries culturelles, diffuser davantage de contenus culturels chinois en Afrique.
Siafa G. Sheriff, le président de l’Organisation d’amitié Liberia-Chine, a lui appelé à renforcer les liens culturels entre l’Afrique et la Chine en mettant en avant la compréhension mutuelle, la diversité et la coopération face aux défis globaux tels que le changement climatique ou la cybersécurité. Il a insisté sur l’importance d’initiatives locales favorisant l’inclusion, la lutte contre les stéréotypes et les échanges entre communautés.
La rencontre a été aussi animée par une série de présentations de trois entreprises du Hunan venues partager leurs expériences de coopération sino-africaine.
Renforcer les systèmes d’information et la coopération médiatique
La directrice générale de l’agence de presse Sierra Léonaise, Sarah Thompson a insisté pour sa part, sur la nécessité de renforcer les systèmes d’information et la coopération médiatique pour soutenir un partenariat sino-africain durable.
Mme Thompson est d’avis que le véritable facteur de changement dans cette collaboration réside moins dans les infrastructures physiques ou le financement que dans la maturité, l’intégrité et la résilience des écosystèmes d’information qui unissent les sociétés. «Les médias et les groupes de réflexion sont les architectes de la compréhension mutuelle » a-t-elle indiqué. Plaidant pour la création d’un laboratoire conjoint d’échange d’informations afin d’améliorer la transparence et la communication bidirectionnelle.
Tout au plus, Jonsard Mikanda Wanga, rédacteur en chef congolais du groupe DRC Le Quotidien Media Group, a insisté sur le rôle crucial des médias pour façonner l’opinion publique et promouvoir l’amitié mutuelle. « Étant donné la forte consommation médiatique en Afrique (notamment la télévision et internet), les médias constituent un puissant vecteur pour diffuser des informations sur les opportunités bilatérales, lutter contre la désinformation et renforcer la confiance indispensable aux partenariats économiques durables » a-t-il consolidé. Pour y parvenir, il a suggéré que la Chine aide à la mise à niveau technologique des médias africains et que soit créée une structure de professionnels pour relayer efficacement le partenariat Chine-Afrique.
Pour le tout, « l’avenir de ce partenariat ne se limite pas aux investissements, mais dépend surtout de la compréhension mutuelle et de la transparence. Les médias et think tanks sont ainsi considérés comme des architectes de la compréhension, traduisant les politiques complexes et favorisant un dialogue inclusif » a complété Chen Tian, directeur du département des groupes de réflexion du Conseil de promotion économique et commerciale Chine-Afrique.
MONICA MPAMBAWASHE, DIRECTRICE ASSOCIEE DE « ZIMBABWE NOW «
« Promouvoir la création de mécanismes pratiques de diffusion de l’information »
Monica Mpambawashe propose des stratégies pour améliorer la perception et l’efficacité de la coopération économique sino-africaine. Elle insiste ainsi, « sur la nécessité pour les médias et les groupes de réflexion de corriger la perception négative actuelle en se concentrant sur des mesures concrètes, telles que l’encouragement des échanges commerciaux directs dans des devises autres que le dollar américain, comme le yuan, afin de réduire les coûts et de faciliter le commerce entre les citoyens ordinaires » évoque-t-elle. De plus, elle souligne l’importance de la numérisation des opportunités et de la création de mécanismes pratiques de diffusion de l’information pour que les entrepreneurs africains puissent réellement bénéficier d’initiatives telles que les exportations à droits de douane zéro. Enfin, la directrice associee de « Zimbabwe Now » met en évidence la nécessité d’une formation journalistique non biaisée et d’un meilleur rapprochement médiatique pour surmonter la dissonance culturelle et garantir que les récits reflètent équitablement le partenariat, reconnaissant que les relations futures dépendent autant de la communication que des grands projets.
JÉRÔME KABORE, FONDATEUR ET DIRECTEUR DE TINGANEWS.COM
« La construction d’une narration du Sud global devient un impératif stratégique »
Le fondateur et directeur de « Tinganews.com » souligne lui, l’impératif stratégique pour le Sud global, en particulier la Chine et l’Afrique, de reprendre la maîtrise de leur propre narration face à une « hégémonie médiatique occidentale ». Ainsi, « la construction d’une narration du Sud global devient un impératif stratégique pour rééquilibrer la perception internationale » a-t-il convié. Il dénonce comment les récits mondiaux sont souvent biaisés par des intérêts géopolitiques, réduisant la coopération sino-africaine à des pièges discursifs comme la dette ou le néocolonialisme, tout en ignorant les réussites concrètes. « Pour contrer ces narratifs biaisés et la désinformation (fake news, communication émotionnelle), il nous faut une approche coordonnée Chine-Afrique axée sur la formation, la coproduction de contenus positifs, et la mise en place d’une cellule de réponse narrative rapide pour bâtir un pont de coopération économique et commerciale fondé sur la souveraineté narrative, la transparence et la diversité» a-t-il invité.
Par Amadou DIOP (envoyé spécial en Afrique du Sud)


