À El-Alamein, le président Bassirou Diomaye Faye a porté la voix de la CEDEAO lors de la 8e Réunion de coordination de l’Union africaine et des communautés économiques régionales. Les échanges ont notamment porté sur la Zone de libre-échange continentale africaine, les infrastructures, la libre circulation, la sécurité et les perspectives de lancement de la monnaie unique ECO en 2027.
L’intégration africaine reste confrontée à un défi majeur : transformer les ambitions politiques du continent en mécanismes opérationnels capables de faciliter les échanges, de stimuler la production et de renforcer la coopération entre les États.
C’est dans cette perspective que s’est tenue, le 4 octobre 2026 à El-Alamein, en Égypte, la 8e Réunion de coordination semestrielle de l’Union africaine et des communautés économiques régionales. Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, y a pris la parole au nom de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont il assure la présidence en exercice.
Cette rencontre constitue un cadre de coordination entre l’Union africaine et les organisations régionales. Elle permet notamment d’examiner l’état de l’intégration économique, la répartition des responsabilités entre les institutions, le développement des infrastructures ainsi que les questions de paix et de sécurité.
Accélérer la mise en œuvre de la ZLECAf
Au cours des échanges, le chef de l’État sénégalais a salué les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), en particulier le renforcement de son cadre juridique.
Il a cependant appelé à finaliser les accords encore en suspens et à privilégier des stratégies commerciales davantage orientées vers le marché intra-africain. Pour lui, l’intégration économique ne peut produire tous ses effets sans une transformation locale des ressources et une industrialisation plus soutenue du continent.
Cette orientation vise à renforcer la capacité des économies africaines à créer de la valeur, à développer leurs industries et à accroître les échanges entre pays.
Dans l’espace ouest-africain, le Sénégal a mis en avant les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la ZLECAf, notamment à travers le renforcement des mécanismes nationaux et une implication accrue du secteur privé.
Le président de la République a également plaidé pour une meilleure articulation entre le secrétariat de la ZLECAf et l’AUDA-NEPAD, afin de rapprocher les objectifs commerciaux des programmes de développement des infrastructures.
Des infrastructures pour faciliter les échanges
La circulation des personnes et des marchandises constitue un autre levier de l’intégration régionale.
À El-Alamein, Bassirou Diomaye Faye a rappelé les initiatives engagées depuis les sommets consacrés au financement des infrastructures africaines, organisés à Dakar en 2014 et en 2023, puis à Luanda en 2025.
Il a défendu une approche par corridors, destinée à mieux relier les territoires et à faciliter les échanges entre les pays. Le développement de ces infrastructures doit contribuer à réduire les obstacles à la circulation des biens et à renforcer la cohérence des réseaux économiques régionaux.
L’enjeu est également de mieux articuler les projets d’infrastructures avec les priorités commerciales du continent, afin que les investissements réalisés soutiennent effectivement la production et les échanges intra-africains.
L’ECO annoncée pour 2027
Sur le plan monétaire, le président sénégalais a rappelé la décision de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO de lancer officiellement la monnaie unique ECO en 2027.
Cette perspective figure parmi les principales échéances mises en avant lors de la présentation de l’état de l’intégration ouest-africaine. Elle s’inscrit dans un ensemble plus large de mesures portant sur la facilitation du commerce, le renforcement de l’union douanière et l’amélioration des mécanismes de circulation des marchandises.
Le dossier de presse mentionne également la poursuite du Schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO et du Système interconnecté de gestion des marchandises en transit.
En matière de libre circulation, plusieurs initiatives sont citées, dont la mise en circulation de la carte d’identité biométrique de la CEDEAO, la relance de la carte brune d’assurance et l’amélioration de la gestion des frontières.
La sécurité collective et le dialogue régional
L’intégration ouest-africaine ne se limite pas aux échanges économiques. Elle repose également sur la capacité des États à répondre collectivement aux défis sécuritaires.
Le président Bassirou Diomaye Faye a présenté les initiatives de la CEDEAO en matière de diplomatie préventive, de dialogue politique et de coopération transfrontalière. Face au terrorisme et à la criminalité transnationale, la région poursuit le développement de ses mécanismes de sécurité collective.
Le document fait notamment état de l’opérationnalisation de la brigade antiterroriste et de la décentralisation du système régional d’alerte précoce.
La CEDEAO entend également maintenir le dialogue avec l’Alliance des États du Sahel. Cette démarche vise à préserver les liens entre les populations, les acquis de l’intégration et la coopération sécuritaire, malgré les divergences institutionnelles qui traversent la région.
Replacer les citoyens au cœur de l’intégration
Le Sénégal a par ailleurs mis en avant plusieurs initiatives à caractère social, notamment des bourses d’excellence destinées aux jeunes filles issues de familles démunies, le financement des femmes transformatrices de produits agricoles et la lutte contre la fistule obstétricale.
Ces actions illustrent la volonté affichée de faire de l’intégration régionale un projet qui dépasse les seules institutions et profite directement aux populations.
Le président de la République a également plaidé pour une meilleure articulation entre le deuxième plan décennal de l’Agenda 2063 et les plans nationaux de développement, ainsi que pour un financement durable de l’intégration africaine.
L’ensemble de ces orientations traduit une ambition : renforcer la cohérence entre les politiques nationales, les stratégies régionales et les objectifs continentaux.
La mise en œuvre de la ZLECAf, les perspectives liées à l’ECO, le développement des infrastructures et la coopération sécuritaire constituent autant de chantiers dont l’avancement pèsera sur la capacité de l’Afrique de l’Ouest à consolider son intégration.
Par Cheikh Gora DIOP


