Dakar accueille les premiers Jeux olympiques de la jeunesse jamais organisés sur le sol africain. Pour l’occasion, cette rubrique « KI KAN LA » retrace le parcours des personnalités publiques qui ont marqué le sport sénégalais depuis les indépendances. Premier portrait : Habib Thiam.
Il a été deux fois Premier ministre et président de l’Assemblée nationale, mais avant la politique, il y a eu la piste. Né le 21 janvier 1933 à Dakar, Habib Thiam a pratiqué l’athlétisme à haut niveau entre 1954 et 1957. Sprinter de renom, il a porté onze fois le maillot de l’équipe de France, sur 200 mètres, où il a été deux fois champion de France, et au relais 4 x 100 mètres.
La carrière politique vient ensuite. Député en 1973, il est nommé Premier ministre en 1981 par Abdou Diouf, qui accède alors à la présidence. Il quitte la Primature en 1983 pour présider l’Assemblée nationale jusqu’en 1984. Il revient ensuite à la tête du gouvernement et y reste jusqu’en juillet 1998, date à laquelle Mamadou Lamine Loum lui succède.

C’est pendant ce second passage à la Primature que le sportif reprend le dessus sur l’homme d’État. Au lendemain du meeting de l’unité organisé à Dakar en 1992, qui a marqué le retour de l’Afrique du Sud dans la famille de l’athlétisme mondial, les performances sénégalaises sont jugées décevantes. Habib Thiam commande alors une étude et réunit un conseil interministériel, avec Abdoulaye Makhtar Diop au ministère des Sports. Le « Plan de réhabilitation de l’athlétisme » est né. On lui doit les écoles fédérales et le groupe de performance qui ont redoré le blason de l’athlétisme sénégalais au début des années 2000.

Les résultats ne se font pas attendre. Le Sénégal réalise une belle moisson aux Championnats d’Afrique de Yaoundé en 1996 et devient finaliste olympique du 4 x 400 m à Atlanta la même année. Une génération dorée émerge : chez les hommes, Ibou Faye, Hachim Ndiaye, Aboubacry Ndiaye et Ibrahima Wade. Chez les dames, Mame Tacko Diouf, Aida Diop, Aminata Diouf et Amy Mbacké Thiam, championne du monde du 400 m à Edmonton en 2001. Le relais féminin sera finaliste des Mondiaux de Paris en 2003. L’idée était d’étendre le plan à toutes les fédérations, mais il a finalement été supprimé par le ministère des Sports au milieu des années 2000.
Habib Thiam s’est éteint à l’âge de 84 ans, le lundi 26 juin 2017, à Dakar. Son nom reste pourtant bien présent : à Diamniadio, la sphère ministérielle porte désormais son nom, en hommage décidé par le chef de l’État d’alors, Macky Sall. Quant aux jeunes athlètes qui s’alignent à Dakar ces jours-ci, ils courent sur une piste qu’il a contribué à ouvrir.
Par Cheikh Gora DIOP


