On dirait que la conversation a perdu sa voix. Partout domine une étrange crispation, comme si le simple fait d’entendre un avis divergent risquait de briser quelque chose en nous. Chacun avance avec sa petite paire de lunettes colorées, persuadé que le monde entier doit se teinter de la même nuance. Le compliment y passe sans peine, la critique y trébuche aussitôt. On ne dialogue plus, on se rassure. Le moindre esprit libre récolte désormais l’œil noir, la moue offensée, la sentence éclair.
Le débat s’efface au profit de monologues qui se répondent sans jamais s’écouter. La nuance gêne. La complexité fatigue. Le compromis se voit relégué au rang des vieilles vertus sans usage. Cette humeur soupçonneuse finit par ronger notre espace public. Il se rétrécit, se brouille, s’asphyxie. Pourtant la vie démocratique tient précisément à cette capacité de confronter des idées sans se consumer. Dire « je ne suis pas d’accord » devrait ouvrir une porte, non déclencher une alarme. À force de vivre enfermés dans nos échos, nous risquons de ne plus entendre le monde qui frappe pourtant à notre fenêtre.
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