Facebook est une foire. Pas celle où l’on achète des chaussures, plutôt celle où l’on vend son ego au kilo. On y expose ses humeurs, ses photos floues, ses opinions définitives, puis on attend. Un like, deux likes, l’espoir renaît. On se sent presque quelqu’un. Et soudain, miracle numérique, Samuel Eto’o vous demande en ami. Rien que ça. Vous, modeste citoyen, choisi par la gloire mondiale entre deux séances de musculation morale. Parfois, ce n’est pas Eto’o.
C’est un président africain très disponible, une haute autorité sénégalaise étrangement oisive ou une Première dame qui a manifestement trop de temps libre. Il y a aussi la nymphe sculptée par un logiciel généreux, regard langoureux et vocabulaire minimal. Elle vous trouve intéressant. C’est louche. Vous êtes intéressant depuis quand ? Si vous acceptez, vous entrez dans la réserve naturelle du brouteur. Il observe, teste, flatte, jauge votre naïveté comme on jauge une mangue. Facebook devient alors un safari inversé. Le chasseur est invisible, la proie sourit et le piège se referme avec politesse. Sur ce réseau, on ne vole pas votre argent tout de suite. On commence par vous voler votre bon sens.
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