Les pluies torrentielles du 4 octobre dernier ont une fois de plus révélé la vulnérabilité de nos villes et de nos quartiers. Il a suffi qu’il y ait des cumuls de millimètres frôlant par endroit la barre des 100 pour que Dakar soit paralysée.
Les voies sont coupées, des fils d’embouteillage partout et des quartiers submergés par les eaux. En quelques heures, les appels à la détresse s’amplifient et les échos proviennent des Parcelles Assainies, de Grand Yoff, des Maristes, Castors, de la zone de Captage, etc. Dakar renoue, une fois de plus, au phénomène cyclique des inondations. En banlieue comme dans d’autres localités de la capitale, des images sont diffusées en boucle sur les dégâts causés par la pluie. Seulement, dans ce tohu-bohu et ces scènes de désolation, la Cité Apix semble sortir la tête de l’eau. Ici, les habitants vaquent tranquillement à leurs occupations. Les rues sont propres et aucune flaque d’eau n’est visible. Ce quartier de la commune de Tivaouane Peulh fait aujourd’hui partie des localités de Dakar qui ne connaissent le mot inondation.
Car, il a été bien assaini avec un système d’évacuation des eaux usées et pluviales exceptionnel. Cette cité a été créée pour reloger des impactés et déplacés de l’Autoroute à péage. Le site bénéficie d’une voirie goudronnée, d’espaces verts et d’un système d’assainissement. Mieux, le site dispose d’une sortie sur la Vdn3 et une large vue sur la mer ainsi que d’un accès facile sur Keur Massar, Tivaouane Peulh et Rufisque.
Cette cité est aujourd’hui un exemple patent pour repenser le Dakar du futur. C’est-à-dire une capitale libérée de ces goulots d’étranglement et de ses crises cycliques d’inondation. Car, faut-il le rappeler, la capitale sénégalaise est une agglomération qui souffre de son surpeuplement croissant. De nouveaux quartiers naissent chaque année, les voitures se comptent par milliers et le cadre de vie laisse à désirer. Il s’y ajoute le comportement ahurissant des gens : l’indiscipline est visible à chaque coin de rue. Partout, des gens se sont installés pour faire leur petit commerce sans être inquiétés. S’ils sont déguerpis quelques semaines par les mairies, ils reviennent à la même place. C’est presque une course entre chat et souris. Pendant ce temps, Dakar étouffe et connaît chaque hivernage les mêmes inondations.
Or, les Dakarois ne devraient vivre cette même situation dans les vingt à trente prochaines années. Il y a lieu de créer une alternative, face aux immeubles en verre et béton, aux quartiers populaires qui émergent, sans aucun contrôle. Pour cela, il faut des mesures fortes de l’État pour reloger les populations les plus vulnérables. Les déplacer et leur donner un site meilleur est aussi une façon de leur redonner leur dignité. Cela contribuerait à éviter les conséquences de ces inondations. Ce travail herculéen demande certes des moyens et la mise à contribution de l’expertise de nos géographes et urbanistes.
Aujourd’hui, une grande réflexion a été menée sur l’ensemble des points bas du pays. Également, une estimation des travaux pour venir à bout des inondations a été faite sur l’ensemble du territoire national. Madické Cissé, directeur de la Prévention et de la Gestion des inondations au ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, avait confié que rien qu’à Dakar, 1.398 parcelles dont 108 titres fonciers avaient été dénombrés dans les zones inondables. Mais il faut dire que presque seule la Cité Apix demeure le bel exemple de ce que signifie un quartier bien assaini. Une bénédiction pour ses habitants.
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