Le streamer Junior a une façon assez bien singulière de s’exprimer sur les réseaux sociaux. Dans ses vidéos, il parle peu. Agit beaucoup. Énergiquement même pour ne pas dire méchamment. Une synthèse du « muet » Khaby Lam et du « survolté » IshowSpeed. Un profil médian qu’il cultive. Une identité virtuelle qu’il a fini de construire.
Sa niche est principalement constituée de faits « problématiques » ou de personnalités « controversées ». Et puis, c’est crimes et châtiments. Il choisit son coupable et le punit, impitoyablement. Violemment. Très violemment. Trop violemment.
Casseroles, bols, spatules, fouets, bâtons, gourdins (…) constituent ses armes favorites pour lyncher le ou les coupables désignés. Sans dire un seul mot, il sélectionne, à partir d’un défilé de photos sur l’écran, son coupable, le neutralise, le tape, l’écrase, l’aplatit, l’écrabouille.
Une forme d’exutoire bizarre. La consolation. La satisfaction. Une curieuse façon de libérer une colère. Un trop plein.
Ses clients, cette semaine, étaient notamment l’arbitre centrale de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) opposant le Sénégal au Maroc, Jean-Jacques Ndala Ngambo, le président de la Confédération africaine de football (Caf), Patrice Motsepe, et le président de la Fédération internationale de football association (Fifa), Gianni Infantino.
Ils n’ont pas échappé à la furie de Junior. Tout au contraire. Et il a même fait des émules. Plusieurs influenceurs explorent le créneau. L’actualité du moment. La Can.
En Thaïlande, en Asie du Sud-Est, il existe une curieuse manière de canaliser la colère. C’est un bar assez spécial où l’on ne sert pas que du café, mais aussi et surtout de l’argile. Oui des profils en argile de personnalités ordinaires ou extraordinaires avec qui on est en bisbille. Un être qu’on déteste. Un ennemi. Un empêcheur de tourner en rond…
Le modus operandi ? On te sert la tronche, en argile, de la cible. Grandeur nature. Une cible qu’on peut tabasser à satiété. Insulter. Défigurer. Torturer. Briser. Anéantir…
Et si on n’est pas satisfait, on peut toujours passer, à nouveau, commande ; puisque la tronche en argile est redevenue un tas de boue. Et c’est ainsi de suite. Jusqu’à satiété.
La colère vidée, l’on peut calmement retourner chez soi. Après s’être requinqué, prêt pour un nouveau départ. Quel drôle d’antidote !
Il est vrai que la finale de l’édition de la Can 2025 a suscité beaucoup de réactions de part et d’autre. Les unes plus passionnées que les autres, mais une chose est claire : les relations entre le Sénégal et le Maroc transcendent une simple compétition sportive.
Certains disent qu’ils remontent jusqu’à l’époque des Almoravides. Dans tous les cas, elles sont cimentées par l’histoire, l’économie et la religion surtout. Elles sont comme un mariage de cœur et de raison. À préserver en toute circonstance.
Et on salue les investissements colossaux faits par le royaume chérifien pour organiser cette compétition. Les stades, les hôtels, les aéroports, les routes, le rail, etc. Tout est au top et encore une fois de plus félicitations au Maroc pour la parfaite organisation.
Toutefois, l’impression qu’on a, c’est que tout a été fait pour que la coupe ne sorte pas du pays hôte. Beaucoup de faits concordants l’attestent. Il suffit juste d’observer le jeu ou bien de faire une immersion dans les réseaux sociaux pour s’en rendre compte.
Pour d’aucuns, ce qui est arrivé durant la finale est une goutte d’eau de trop qui a fait déborder le vase. Des pratiques antisportives. Des vols de serviettes par des ramasseurs de balles, des stadiers et même des joueurs. Des simulations. Des fautes imaginaires. Des cartons en veux-tu en voilà. Un but refusé. Un pénalty cherché, etc.
« C’était bien plus qu’un match de foot », disent certains. Mais organiser n’est pas synonyme de gagner. Le jeu, c’est sur le terrain. Pas en dehors.
Le Sénégal en particulier et l’Afrique en général sont dans une phase de transition où les pratiques d’avant sont moins tolérables. Plus du tout. Et maintenant, c’est quasiment dans tous les domaines. Le savoir est plus que nécessaire.
aly.diouf@lesoleil.sn

