Accueil par le Sénégal des Jeux Olympiques de la Jeunesse, une première pour le continent africain, annonce du retour de la Formule 1 en Afrique avec le Rwanda, après une absence d’une trentaine d’années… Deux évènements qui, ces deux semaines, démontrent l’appropriation du levier sportif et son utilisation par les pays africains dans la conception de leur politique étrangère.
Guidée par la défense des intérêts nationaux, qu’ils soient stratégiques et vitaux, la définition d’une politique étrangère par les États met en avant l’économie, la sécurité, entres autres. Aujourd’hui, elle insère des aspects comme le sport, la culture, la religion dans la projection de puissance et la recherche d’influence sur la scène internationale. La mise en avant du sport comme élément central et non périphérique dans la définition d’une politique étrangère sur le plan international n’est pas une donnée nouvelle, même si l’Afrique est en train de rattraper son retard dans ce domaine. Le Sénégal, en plus d’être le premier pays africain hôte d’une olympiade, celle de la Jeunesse, va aussi accueillir en 2031 les 11e Jeux de la Francophonie. Notre pays est aussi candidat pour l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations en 2032. Avec un tissu infrastructurel sportif devenu dense cette dernière décennie et surtout des performances des équipes nationales, notamment de football, vainqueur de deux Can, le Sénégal présente beaucoup d’atouts pour faire, à l’image du Maroc ou du Rwanda, du sport comme levier pour son nation branding.
C’est connu et ressassé dans nos précédents écrits, l’organisation de compétitions sportives est aujourd’hui très prisée pour faire ce qui est appelé le « Nation branding ». Ce nouvel anglicisme très en vogue dans les études de marketing définit ainsi l’identité de marque d’une nation pour se vendre et se positionner à l’international. L’accueil de compétitions sportives internationales est ainsi perçu comme une consécration pour plusieurs pays qui veulent faire savoir qu’il faut désormais compter sur eux dans la marche de leur continent et du monde. Beaucoup de pays ont fait ce choix, de mettre en avant le sport, soit pour renforcer leur poids diplomatique ou encore pour polir leur image. En Afrique, le Rwanda est ainsi cité comme un adepte un sportwashing pour davantage relooké et lustré son image face aux accusations qui sont légion sur ce pays par rapport à la situation interne et sur sa participation aux conflits qui minent la région des Grands Lacs. Le branding « Visit Rwanda » est visible sur les maillots de plusieurs équipes européennes, de la Ligue 1 française à la Premier League anglais en passant par la Bundesliga et la Liga espagnol.
Le Maroc est aussi des précurseurs de l’utilisation du sport comme moyen de renforcer son influence avec l’organisation réussie de la dernière Coupe d’Afrique des Nations, malgré la parenthèse malheureuse de la finale. Le Royaume s’apprête aussi à accueillir, avec l’Espagne et le Portugal, la prochaine Coupe du monde de football en 2030. « La puissance sportive peut accompagner la puissance stratégique ou lui servir de substitut, mais elle en est devenue un paramètre. Être une grande puissance implique de plus en plus d’avoir une vitrine sportive, faute de quoi la panoplie n’est pas complète », explique Pascal Boniface, dans son ouvrage « Géopolitique du Sport », paru en 2014 aux Éditions Arman Colin. C’est dire toute l’importance et la pertinence pour le Sénégal d’accueillir cette quatrième édition des Jeux olympiques de la Jeunesse. Que cet évènement soit chaleureux, merveilleux, et joyeux et réponde à l’esprit de l’olympisme tel que théorisé par Baron Pierre de Coubertin. Plus vite, plus haut, plus fort. Citius, Altius, Fortius…
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