Afin de développer la recherche et l’innovation et maintenir les activités industrielles sur son territoire, la France a mis en place plusieurs stratégies dont deux retiennent notre attention : le Crédit d’impôt recherche (Cir) et le Crédit d’impôt innovation (Cii). Si le Cii appelé aussi « dépenses d’innovation éligibles au crédit impôt » est une mesure fiscale réservée aux Pme qui bénéficient d’un crédit 20 % à 35 % des dépenses nécessaires à la conception de prototypes ou d’installations pilotes de produits nouveaux, le Cir a pour but d’encourager les entreprises à engager des activités de recherche et de développement (R&D). Le directeur général (Dg) de Safran – acteur industriel et technologique français majeur, leader mondial dans l’aéronautique (propulsion, équipements, intérieurs d’avions), l’espace et la défense -, Olivier Andrès, lors d’une audition par le Sénat le 14 janvier 2024, avait expliqué aux sénateurs l’importance du Cir (créé par la loi de finances de 1983) dans le développement de la recherche. « Il permet de maintenir en France une activité de recherche et de développement qui reste compétitive. Sans le crédit impôt recherche, on perd la compétitivité de nos activités de recherche et de développement en France », dixit M. Andrès. L’avantage fiscal permet de réduire l’impôt sur les bénéfices (IR ou IS) dû par l’entreprise. Il est réservé aux entreprises industrielles, commerciales ou agricoles, quelles que soient leur forme juridique et leur taille, imposées d’après leur bénéfice réel (sur option ou de plein droit) et qui réalise des dépenses de recherche éligibles. (Cf. https//bpifrance-creation.fr).
Si la France a mis en place ce dispositif d’incitation fiscale majeure pour les entreprises, c’est parce qu’elle est consciente que cela ne participerait qu’à renforcer son essor économique. Car, faudrait-il le rappeler, aucun pays ne peut véritablement décoller sans la maîtrise et l’ancrage de la recherche et de l’innovation technologique. Il n’est donc pas étonnant que la France soit un des moteurs en matière de recherche en Europe. En 2022, par exemple, son effort de recherche et développement s’établit à 2,22 % du Pib, même si cela est en deçà de l’objectif de 3 % fixé par l’Ue dans le cadre de la stratégie « Horizon Europe » et de la moyenne des pays de l’Ocde (2,73 %), mais au-dessus de la moyenne de l’Ue27 (2,11 %).
La France se situe en 6e position parmi les six pays de l’Ocde les plus importants en termes de volume de Dépense intérieure de recherche et développement (Dird) derrière la Corée du Sud (5,21 %), les États-Unis (3,59 %), le Japon (3,41 %), l’Allemagne (3,13 %) et le Royaume-Uni (2,90 %). Toutefois, elle est devant le Canada (1,71 %), l’Italie (1,32 %) et l’Espagne (1,44 %). (Cf. Enseignementsup-recherche.gouv.fr) Il est évident que ce sont de telles mesures incitatives et tant d’autres que l’on attend de l’État du Sénégal. Car, investir dans la recherche et l’innovation, soutenir le secteur privé, la jeunesse, c’est investir dans l’avenir du pays. Certes, au Sénégal, la recherche-développement axée sur des priorités nationales – agriculture intelligente, santé publique (paludisme, maladies infectieuses), environnement… – est dynamique.
Mieux, le pays a lancé, en 2023, le Plan stratégique national de la recherche et de l’innovation (Psnri 2023-2032) qui vise à structurer la recherche et l’innovation, renforcer le capital humain, valoriser la diaspora et faire du Sénégal un hub de recherche-innovation en Afrique. En somme, « ériger la recherche et l’innovation en catalyseurs du développement durable, de l’industrialisation et de l’entrepreneuriat pour un Sénégal émergent à l’horizon 2035 ». (Cf. Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation : Plan stratégique national de la recherche et de l’innovation 2023-2032). Ce plan ne peut réussir sans un soutien conséquent de l’État aux structures de recherche, au secteur privé local, à la jeunesse – déjà très entreprenante -, à travers des stratégies innovantes, des avantages fiscaux, etc.
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