Une semaine après le sacre du Sénégal à la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc, un silence assourdissant continue de résonner du côté de la Confédération africaine de football (Caf). Pas un mot de félicitations, pas le moindre hommage officiel au champion d’Afrique, comme c’est pourtant la tradition à chaque fois qu’une sélection africaine remporte un titre continental. Ce mutisme n’a rien d’anodin. Il traduit un malaise profond, presque structurel, au sein d’une institution dont la gouvernance suscite, depuis longtemps, interrogations et suspicions.
La victoire du Sénégal agit aujourd’hui comme un révélateur. Elle met à nu des dysfonctionnements que la Caf traîne depuis trop longtemps et qu’elle s’est toujours refusée à traiter de front. En focalisant le débat sur les actes reprochés aux joueurs sénégalais, l’instance faîtière tente d’éluder l’essentiel : l’organisation de la finale, qui relève entièrement de sa responsabilité, a été loin d’être irréprochable.
Envahissement du terrain, violences contre des supporters sénégalais, manquements sécuritaires manifestes, vol de serviettes : autant d’épisodes graves qui auraient dû susciter une introspection immédiate. La Caf se retrouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Sa réaction à cette séquence post-finale est très attendue, tant par les acteurs du football africain que par l’opinion publique.
Les pressions s’exercent de toutes parts. La Fifa pousse pour des sanctions sévères à l’encontre du Sénégal, tandis que la Fédération royale marocaine de football plaide également pour une punition exemplaire. Dans ce contexte, la Caf a une occasion rare de prouver son impartialité et de restaurer un semblant de crédibilité. Mais toute décision perçue comme disproportionnée ou orientée pourrait avoir l’effet inverse et ouvrir la voie à une contestation plus profonde de son autorité.
Toujours est-il que, si sanctions il y a, elles devraient s’appliquer à tout le monde. Cependant, au-delà de cet épisode, c’est la question de l’autonomie de la Caf qui est posée avec acuité. Depuis plusieurs années, l’instance africaine donne l’impression d’avoir perdu la maîtrise de son agenda et de ses décisions stratégiques.
L’exemple du débat sur le passage de la Coupe d’Afrique des Nations à une périodicité de quatre ans est révélateur. Officiellement annoncée par Patrice Motsepé, en marge de la dernière Can, cette idée avait en réalité été soufflée dès 2020 par le président de la Fifa, Gianni Infantino, lors du séminaire dit « historique » de Rabat sur le développement du football africain.
D’un ton paternaliste, « l’homme qui aime les riches », pour reprendre Michel Platini, y avait affirmé sa volonté de placer « le football africain au centre du monde ». Parmi les réformes suggérées figurait l’organisation de la Can tous les quatre ans. Le problème n’est pas tant le fond du débat — la périodicité de la Can mérite en effet réflexion — que la méthode et le symbole.
La Caf apparaît trop souvent comme une institution sous influence, incapable d’assumer pleinement des choix stratégiques majeurs sans l’aval de Zurich. Une telle situation serait difficilement concevable au sein de l’Uefa, de la Conmebol ou même de l’Afc, où la Fifa se garde bien d’imposer aussi frontalement ses vues.
Depuis Ahmad Ahmad, et aujourd’hui sous Motsepe, l’intrusion de la Fifa dans les affaires de la Caf est devenue presque banale. On en vient même à regretter l’ère Issa Hayatou. Le Camerounais, malgré les critiques adressées à sa longévité à la tête de l’instance, incarnait une autorité et une indépendance qui empêchaient toute mise sous tutelle assumée.
Ni Sepp Blatter ni João Havelange ne se permettaient alors de dicter la conduite de la Caf. Patrice Motsepe, dont l’élection doit beaucoup au soutien proclamé d’Infantino, apparaît dès lors comme un président aux marges de manœuvre limitées. Les décisions structurantes semblent davantage se dessiner en Suisse qu’au Caire.
Les atermoiements sur l’organisation de la Can 2027 et 2028, l’annonce précipitée d’une Ligue des nations africaine au détriment du Championnat d’Afrique des nations (Chan), renforcent l’image d’un football africain en quête de cohérence et de leadership.
À force de courbettes et de dépendance assumée, la Caf court le risque de perdre ce qui lui reste d’autorité morale. Or, sans une confédération forte, crédible et indépendante, le football africain ne pourra jamais pleinement exploiter son immense potentiel.
La victoire du Sénégal aurait pu être une célébration collective. Elle est devenue, paradoxalement, le miroir des fragilités d’une institution, la Caf, à bout de souffle.
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