L’information est de la Radio France internationale (Rfi.fr) dans son édition du 11 juillet 2025. L’institution onusienne a décidé de retirer trois biens africains de la liste du Patrimoine mondial en péril et quatre autres sont candidats à une inscription à l’Unesco, dont deux venant de pays qui n’ont encore aucun site classé. Il s’agit, selon Rfi, des « Forêts humides de l’Atsinanana » à Madagascar, le site d’Abou Mena, en Égypte, et l’ancienne ville de Ghadamès, en Libye. C’était lors de la réunion, à Paris, de l’organisation onusienne le mercredi 9 juillet 2025. Une très bonne nouvelle pour le continent, car, d’après toujours Rfi, l’Afrique ne représente qu’une « faible proportion des 1223 biens inscrits ». En effet, si le nombre de sites africains est passé de « 93 à 108 » en quelques années, ils ne représentent encore que « moins de 9 % du total des inscrits ».
Par ailleurs, « 11 États africains n’ont même aucun bien sur la fameuse liste de l’Unesco, dont les Comores, le Liberia ou encore la Somalie ». Or, rappelle Rfi, « c’est le sauvetage du temple du pharaon égyptien Ramsès II, à Abou Simbel, en 1959, qui a inspiré la création de la Convention du Patrimoine mondial en 1972. Le site risquait de se voir englouti par les eaux, avec la construction du barrage d’Assouan, et les gouvernements égyptien et soudanais avaient sollicité l’aide de l’Unesco pour conserver le monument ».
Les raisons de cette contreperformance ? Lazare Eloundou Assomo, directeur du Centre du Patrimoine mondial de l’Unesco, en cite sur Rfi une pléthore, mais indexe plus les « conflits armés, le réchauffement climatique qui entraîne, par exemple, des feux de forêt, l’exploitation des ressources… ». Assomo de noter que « 12 des 53 sites mondiaux en grave danger sont d’ailleurs situés dans des pays africains, parmi lesquels le Parc des Virunga, en République démocratique du Congo —refuge d’une grande partie des derniers gorilles de la planète, mais victime notamment de conflits armés chroniques— ou encore Tombouctou, au Mali, largement détruite par les groupes armés jihadistes. Au Soudan, en guerre, les biens culturels sont à la merci des vols.
Toutefois, les efforts de l’Unesco ont permis, ces cinq dernières années, de faire sortir en tout six biens africains de la liste du Patrimoine mondial en péril, après le Parc national de la Salonga, en Rdc, en 2021, les Tombeaux des rois Buganda, en Ouganda, en 2023, et le Parc national du Niokolo Koba, au Sénégal, en 2024.
L’Unesco accompagne également des pays pour renforcer leurs candidatures pour de nouvelles inscriptions. Ainsi, cette année, note Rfi, quatre pays africains présentent des candidatures, dont deux qui n’ont encore aucun bien inscrit au Patrimoine mondial. Il s’agit de l’archipel des Bijagos, en Guinée‑Bissau, sanctuaire de tortues marines et halte essentielle pour les oiseaux migrateurs, et du complexe Gola‑Tiwai, en Sierra Leone, l’une des dernières grandes forêts humides intactes d’Afrique de l’Ouest abritant des espèces emblématiques comme l’éléphant forestier et l’hippopotame pygmée. Les deux autres dossiers examinés à Paris concernent les Monts Mandara, au Cameroun, et le Mont Mulanje, au Malawi. Ce soutien est plus que nécessaire parce que l’on assiste, dans le monde, à un véritable génocide culturel.
Qui ne se rappelle pas encore de l’action abjecte des jihadistes dans la ville des 333 Saints, Tombouctou, qui a abrité l’université Sankoré, construite en 1325 sous l’empereur Kankan Moussa, et qui a contribué, en 1988, à l’inscription de la ville de Tombouctou sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco ? Cette université faite en banco regorgeait de richesses culturelles (mosquée, mausolées, manuscrits) et historiques. Il est heureux de savoir qu’au mois d’août dernier, 5,5 tonnes des manuscrits qui avaient été emportés de la ville pour leur protection ont été ramenées dans la cité religieuse par le gouvernement malien.
Au fond, c’est à l’école, à la culture et à la science que l’on s’attaque lors des conflits. L’on a encore en mémoire, ce qui s’est passé en Irak, en Libye, en Syrie, en Afghanistan, au Yémen… Les sites historiques ont subi une destruction sans précédent, avec parfois une mise en scène, comme lors de la démolition des Bouddhas géants de Bamiyan, en Afghanistan, par les talibans et à Palmyre, en Syrie, par Daesh.
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