L’enseignement supérieur sénégalais se trouve à la croisée des chemins. Il est, en effet, confronté à des défis structurels majeurs : faible accès (le pays n’ayant toujours pas atteint les 2 % de sa population dans le supérieur) ; la forte massification dans les universités malgré les efforts de construction ; difficile gestion des étudiants (hébergement, allocations d’études…) ; inadéquation formation-emploi (peu de compétences sont alignées aux besoins réels du marché de l’emploi) ; manque de budget sincère (le budget ne couvre jamais les 12 mois de l’année) … Mais le plus grand défi demeure la faiblesse du financement de la recherche.
Or, qui dit enseignement supérieur, dit recherche. Les enseignants du supérieur ne sont-ils pas appelés enseignants-chercheurs ? Seules la science, l’innovation et la technologie sont essentielles à la transformation de nos États, comme l’avait d’ailleurs recommandé le 6è Forum africain sur la Science, la technologie et l’innovation (Sti) tenu à Addis-Abeba (Ethiopie) le 21 avril 2024. Mais la réalité est tout autre sur le continent.
« Bien que l’Afrique représente 18 % de la population mondiale, elle ne produit que 1 à 2 % des résultats mondiaux en matière de recherche et d’innovation. Pourtant, il y a près d’une vingtaine d’années, nos États s’étaient engagés à consacrer 1 % de leur Pib à la recherche et au développement.
Le financement du continent ne s’élève qu’à 0,42 % pour une moyenne mondiale de 1,7 % ». (Cf. News Feature du 14 décembre 2023). Il faut toutefois noter la politique volontariste de quelques pays comme l’Afrique du Sud, le Kenya, l’Egypte, la Tanzanie, le Nigeria et l’Ethiopie, l’objectif de 1 % du Pib est un boulet ». (Cf. Les défis du financement de la recherche en Afrique, juillet 2019). Politique volontariste de l’État. C’est de cela dont il est question puisque personne ne viendra financer notre recherche. Sinon, nous continuerons à rester dépendants de fonds extérieurs, avec des modèles de financement souvent complexes.
Au Sénégal, cette année, la part du budget de l’enseignement supérieur consacrée à la recherche est inquiétante par sa modicité. Malgré le nombre d’universités publiques (une dizaine et leurs multiples structures de recherche) ; d’Instituts supérieurs d’enseignement professionnel (Isep), de Centres de recherche et d’essais (Cre), sur un budget global de 316.402.585.581 FCfa, seuls 8.226.177.138 FCfa sont alloués à la recherche et l’innovation au titre de l’exercice 2026. Pendant ce temps, 134.767.086.220 sont affectés aux œuvres sociales universitaires. (Cf. Rapport Commission Assemblée nationale). Il est vrai que le pays dispose de plusieurs structures et mécanismes institutionnels nationaux (Fonds national de la recherche et de l’innovation (Fnri), le Centre national de recherche scientifique et technique (Cnrs) qui gère les équipements mutualisés ; Fonds spécifiques comme Fnraa) et est soutenu par des partenaires internationaux et Ong (Afd, Ird, Crdi, Fondation Gates, Education sub saharian africa (Essa), des financements privés et même de Fondations propres dont celle de l’Ucad qui peut lever des fonds. Cependant, c’est loin d’être suffisant. L’État doit faire plus d’efforts.
À défaut d’allouer 1 % de notre Pib correspondant à un peu plus de 173,16 milliards de FCfa (le Pib étant estimé à 17.316 milliards de FCfa après le rebasing des comptes nationaux par l’Ansd), on pouvait tout au moins consacrer 1 % du budget du ministère. D’autant plus que dans notre pays, comme un peu partout en Afrique, le financement de la recherche souffre principalement d’un faible investissement public comme privé. Il n’y a pas d’alternative.
Le financement de la recherche doit être une sur-priorité nationale et l’État doit emboîter le pas aux pays d’Asie comme la Chine, la Corée du Sud, Singapour… qui ont su combler leur retard par la science, la technologie et l’innovation.
daouda.mane@lesoleil.sn

