Les péripéties du retour avorté de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló et l’annonce de sa candidature à la prochaine présidentielle montrent que la Guinée-Bissau n’est pas encore sortie du cycle d’instabilité. Depuis le coup d’État du 26 novembre 2025 à la suite de l’élection présidentielle, ce pays a renoué avec ses vieilles habitudes de rupture constitutionnelle qui ont jalonné son histoire.
De toutes les anciennes colonies portugaises, qui ont acquis l’indépendance au bout du fusil avec une guerre de libération, la Guinée-Bissau est la seule à rester dans une instabilité chronique ponctuée de quelques périodes d’accalmie. Suite à l’élection, en 2020, d’Umaro Sissoco Embaló, ce pays semblait se départir de l’image qui lui collait depuis des années. Malgré l’appui constant et permanent d’institutions internationales, continentales et régionales, comme la Communauté des pays de langue portugaise (Cpla), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), la Guinée-Bissau n’a pas encore réussi à avoir une même trajectoire à l’image du Cap Vert. Ce pays a connu la même histoire, en étant indépendant, la même année, en 1975, à la suite du combat idéologique et militaire mené par Amilcar Cabral sous la bannière du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (Paigc).
Parti sur les mêmes bases, le Cap-Vert se trouve dans les hit-parades des pays adulés avec ses prouesses démocratiques et sa bonne gouvernance alors que la Guinée-Bissau se morfond dans les abysses des États tombés en faillite. La faute ainsi à une classe politique qui n’a pas pu se hisser au niveau des enjeux et aussi d’un appareil sécuritaire non cantonné à ses missions principales. S’y ajoutent aussi la place et le poids qu’occupe le narcotrafic qui a su profiter d’une certaine absence d’État. Cette déliquescence pourra peut-être trouver une solution grâce à l’adoption d’une nouvelle Constitution suivant le référendum du 30 août dernier. La réforme constitutionnelle adoptée à 70 % prévoit un renforcement substantiel des prérogatives du président de la République. Le chef de l’État disposera du pouvoir de nommer le Premier ministre et de mettre fin à ses fonctions à tout moment. Il pourra aussi dissoudre le Parlement, selon les conditions prévues par la nouvelle Constitution. Un changement qui modifiera le fonctionnement actuel des institutions.
Avec ce nouveau texte, la Guinée-Bissau s’oriente vers un régime présidentiel, donnant au chef de l’État une place beaucoup plus centrale dans la conduite des affaires publiques. Cette évolution intervient dans un pays dont l’histoire politique récente a été marquée par des crises institutionnelles, des tensions entre l’Exécutif et le Parlement, ainsi que plusieurs épisodes d’instabilité. « L’héritage de la lutte armée menée par le Paigc a contribué, après l’indépendance, à conférer à l’armée un rôle politique de premier plan, alimentant la perception de sa légitimité à intervenir dans la vie politique nationale.
Cette configuration historique permet, en partie, de comprendre la récurrence de ses interventions dans la sphère politique, souvent en interaction avec certains acteurs politiques », avait analysé le chercheur Paulin Maurice Toupane dans une interview avec Le Soleil, publiée le 27 février 2026. Avec l’élection présidentielle prévue le 6 décembre prochain, il est espéré que la Guinée-Bissau puisse reprendre une vie institutionnelle paisible et épouser la même trajectoire que le Cap-Vert ou l’Angola. Il faudra ainsi, pour cela, que sa classe politique, ainsi que son armée, soient à la hauteur des enjeux. Sans cette double responsabilité, politique et institutionnelle, cette instabilité dans le pays perdurera et viendra soit des urnes soit des armes…
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