Le Sénégal a concédé le match nul, hier, samedi, face à la Rd Congo (1-1). Un score banal, presque ordinaire, mais qui a suffi à déclencher l’orage. À peine le coup de sifflet final a-t-il retenti que les procès ont commencé. Les critiques ont fusé et Pape Thiaw s’est retrouvé au centre des attaques. Son crime ? Un système en 4-2-3-1 jugé soudainement stérile, rigide, dépassé.
Étrange mémoire que la nôtre. En effet, ce même schéma, hier encore, était réclamé à cor et à cri. C’est lui que l’on voulait pour installer Iliman Ndiaye dans l’axe et lui confier les clés du jeu. Et surtout, c’est ce même 4-2-3-1 qui, en septembre 2025, à Kinshasa, avait permis au Sénégal de renverser la Rd Congo. Une seconde période étouffante, une remontada renversante, un football de caractère. Ce jour-là, le système était un génie. Aujourd’hui, il devient un coupable.
Depuis son arrivée à la tête de la sélection, Pape Thiaw est pourtant salué pour son audace. Un entraîneur qui assume, qui avance, qui refuse de reculer par peur. Supporters, analystes et chroniqueurs semblaient enfin d’accord : le Sénégal avait retrouvé un coach prêt à embrasser un football offensif. Les chiffres, froids et implacables, parlent d’eux-mêmes : 41 buts marqués en 16 matchs et 7 encaissés (12 victoires, 3 nuls, 1 défaite face au Brésil), soit une moyenne de 2,5 buts par rencontre. Une équipe qui marque, qui attaque, qui ose. Un virage clair par rapport aux années précédentes.
Pape Thiaw ne s’est d’ailleurs jamais caché. Il n’est prisonnier d’aucun dogme. 4-2-3-1, 4-3-3 ou autre, peu importe le dessin tant que l’intention demeure. Et cette équipe sénégalaise a largement de quoi faire plier n’importe quel adversaire sur son passage.
N’oublions également pas une chose : un système de jeu n’est jamais figé. Le coach met en place un dispositif et c’est aux joueurs de l’animer. Il existe une notion fondamentale qui permet aux meilleures équipes du monde d’avoir toujours un élément de plus capable de faire la différence dans la zone adverse : le dépassement de fonction. Toujours dans le contexte d’un Sénégal-Congo, Pape Matar Sarr avait usé de cette notion pour se projeter dans la surface adverse et marquer le but de la victoire. Trois mois plus tôt, en juin, lors de la victoire (3-1) contre l’Angleterre, Habib Diarra avait lui aussi dépassé ses fonctions pour aller tromper le portier anglais. Si l’on remonte à la Can 2019, Gana Guèye avait cassé les lignes avec une passe pour Sadio Mané, avant de poursuivre sa course à pleine puissance pour réceptionner le ballon et marquer dans la surface. Enfin, lors de la dernière finale de la Ligue des champions, remportée par le Psg (5-0) face à l’Inter, Achraf Hakimi a ouvert le score dès la 12e minute après un appel dans la surface italienne.
Ces exemples ne sont pas de simples souvenirs empilés. Ils disent une chose essentielle : le football n’est pas figé. Les joueurs ne sont pas des plots. Ils sont mouvement, intuition, audace. Et le Sénégal possède cette richesse rare : des profils interchangeables, complémentaires, capables d’enflammer n’importe quelle défense par la course, le dribble ou la combinaison.
Le Sénégal est un pays de passion. Ici, l’amour du football est total, parfois excessif, souvent brûlant. La frustration est donc compréhensible. Tout le monde veut gagner, tout le temps. Mais, il faut savoir respirer. Ce n’était qu’un deuxième match de poules. Et malgré tout, les « Lions » gardent la main, toujours en tête.
Mieux encore, il y a beaucoup de motifs d’espoir dans cette Can 2025. Idrissa Gana Guèye continue de défier le temps, toujours aussi précieux, toujours aussi juste. Sadio Mané rapproche un peu plus son nom de la légende avec un 10e but dans la compétition, à une seule longueur de Didier Drogba. Le banc sénégalais, lui aussi, répond présent. Chérif Ndiaye a frappé dès sa première sortie, servi par Cheikh Tidiane Sabaly. Contre la Rdc, Ibrahim Mbaye a apporté du feu et du rythme et a permis l’égalisation. Deux buts sur quatre sont venus des remplaçants : un signe fort.
Il n’y a donc pas lieu de paniquer. Oui, des ajustements sont nécessaires, notamment dans la finition. Mais, l’essentiel est ailleurs : se qualifier sereinement, préserver les corps, éviter les suspensions. Ensuite, quand viendront les matchs à élimination directe, il faudra être prêt.
La Coupe d’Afrique des Nations n’est, en effet, jamais une promenade. Et celle de 2025 encore moins. Les Nations sont armées, affûtées, déterminées. Dans ce contexte, le Sénégal n’a pas besoin de douter. Il a besoin de croire, encore et toujours, en son jeu, en ses hommes et en sa capacité à écrire l’histoire.

