Depuis le 18 janvier 2026, Pape Thiaw est devenu l’homme à abattre pour une certaine presse. Il est devenu, d’après les dires de certains, une honte pour le football.Que nenni ! Pape Thiaw est un héros pour tout un peuple, qui lui rendra éternellement sa gratitude. Sur les plateaux marocains, africains et même européens, on qualifie le Sénégalais de tous les noms. Mais ils semblent oublier qu’avant cela, la délégation sénégalaise a été livrée à elle-même à la gare de Rabat Agdal, à deux jours de la finale, sans sécurité, sans protection. La veille de la finale, le sélectionneur a raté les 30 premières minutes de sa conférence de presse à cause du retard de son escorte. Lui et son équipe ont également eu toutes les peines du monde pour disposer d’un terrain d’entraînement digne de ce nom. Finalement, celui qu’on leur a donné pour une séance à huis clos était quasiment à ciel ouvert. Même un non-voyant aurait pu jeter un œil sur les dispositions tactiques et tout notifier au Maroc. Enfin, en pleine finale, il y a eu l’affaire des serviettes. Tout cela accumulé a créé un sentiment de colère et d’injustice.
Le Sénégal a souvent été un peuple poli face à l’injustice sportive, se laissant faire malgré des erreurs flagrantes qui ont fait de notre pays, trop souvent, un perdant magnifique. Or, parfois, l’injustice a besoin d’une opération coup de poing pour comprendre qu’elle a ses limites. Le geste de Pape Thiaw de rappeler ses troupes n’est pas une honte pour le football. C’était un coup de gueule face à l’injustice, à l’ignominie. Le chef de troupe des Lions a, consciemment ou non, immiscé le doute dans l’esprit de Brahim Diaz, coupable d’avoir voulu humilier Mendy et tout un peuple avec une panenka.
N’eût été Pape Thiaw, Brahim Diaz aurait peut-être simplement choisi un côté, mis son penalty et offert le sacre à son pays. Et le discours sur nos plateaux de télévision aurait été larmoyant, mais tout aussi inutile, car cela ne changerait absolument rien à l’histoire.
Oui, la CAF, sous le pilotage du surpuissant Gianni Infantino de la FIFA, va sans doute sanctionner Pape Thiaw. Ce dernier pourrait être absent du banc pendant quelques mois. La Fédération sénégalaise de football (FSF), quant à elle, pourrait hériter d’une amende salée. Toutefois, cet acte de courage du sélectionneur national était nécessaire, voire obligatoire. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il est tout aussi héroïque que le geste de Sadio Mané, qui a rappelé ses coéquipiers en leur demandant de venir et de se battre « comme des hommes ». Il faut du courage pour dénoncer l’injustice, et il en faut autant pour y faire face. Nos deux héros, portés par la flamme de tout un peuple, ont eu cet acte de courage, ce don de soi, cette volonté de dire non et de se faire bouclier frontal devant l’iniquité.
Ne pas occulter…
Ce qui est énervant, plus d’une semaine après la 2e étoile décrochée par le Sénégal à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), c’est que les détracteurs de Pape Thiaw semblent utiliser cet acte isolé pour définir l’homme, en occultant son génie tactique. Oui, génie tactique n’est pas galvaudé pour définir l’ancien numéro 18 des Lions. Tout au long de la CAN, il a su placer ses pions avec minutie et justice, rabâchant à qui voulait l’entendre qu’il avait emmené 28 titulaires et que chacun pouvait prétendre à une place dans le onze de départ. La finale face au Maroc en a été la preuve avec les nombreuses absences.
La bataille tactique va être remportée par le sélectionneur sénégalais en 2e mi-temps, lorsqu’il décide de faire entrer Abdoulaye Seck et Ismaïla Sarr. Exit le 4-3-3, place à un 3-4-3 avec Ismaïla Sarr comme piston droit, et une charnière composée de Mamadou Sarr, Abdoulaye Seck et Moussa Niakhaté. D’ailleurs, à quelques minutes de la fin, Abdoulaye Seck met une tête sur la barre, reprise par Ismaïla Sarr sur le but injustement refusé au Sénégal avant le fameux penalty offert à Brahim Diaz.
En outre, Pape Thiaw a fait montre d’une grande flexibilité. Il a débuté la CAN avec un 4-2-3-1, est passé en 4-3-3 avant de finir en 3-4-3. Sa qualité la plus exceptionnelle est cependant sa lecture des rencontres. Ses remplacements sont toujours justes.
Premier entraîneur de l’histoire du continent à faire le doublé Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) – Coupe d’Afrique des Nations (CAN), il est victime d’une campagne de diabolisation sans précédent, car son seul tort a été de faire front face à l’injuste. Oui, Pape Thiaw a été courageux et a osé dire non. Son acte, au-delà du football, force le respect. Et si c’était à refaire, il le referait sans doute. L’histoire retiendra ce geste, son étoile, son sacre en terrain hostile. Bravo champion, que la gloire te suive partout et tout le temps. Le Sénégal te dit MERCI.

