Il y a quelques jours, des confrères nous ont interpellés sur l’omerta de la presse sénégalaise concernant la situation des femmes en Iran. En d’autres termes, ils voulaient savoir pourquoi les journalistes n’en ont pas parlé et pourquoi les organisations féminines se sont terrées dans notre pays, dans un mutisme troublant.
Il n’est pas facile d’apporter des éléments de réponse, même si l’on constate souvent que, sous nos cieux, les associations de défense des droits de l’homme sont très réactives et dynamiques, bien qu’elles soient souvent accaparées par des urgences nationales. La solidarité internationale a certes de l’importance, mais la loi de proximité prévaut souvent. Les journalistes ont compris que le lecteur s’intéressait d’abord à ce qui se passe dans son environnement immédiat.
Cependant, à l’ère où les mutations technologiques ont fait du monde un village planétaire, la situation des femmes en Iran ne peut laisser indifférentes les consciences, surtout lorsqu’une partie de la presse internationale fait état de persécutions. Cette fois, le fait mérite d’être souligné. Des hommes ont haussé le ton chez nous et dénoncé le silence de la presse sénégalaise, alors que RFI et France 24 en ont fait l’écho. Rares sont, en tout cas, les médias sénégalais qui ont levé le rideau sur cette réalité. En journalisme, il est établi que plus l’information est géographiquement ou affectivement proche de ses cibles, plus elle est consommée. Mais force est de reconnaître qu’avec la globalisation, les peuples se sentent plus proches, surtout face à des défis communs. Généralement, lorsque des femmes et des enfants sont attaqués, la colère gronde partout, peu importe la distance.
En Iran, des manifestantes seraient humiliées, réduites au silence, tandis que d’autres subiraient la flagellation pour avoir simplement chanté ou manifesté sans voile. Dans ce lot, des mineures âgées de 16 à 18 ans ne sont pas épargnées. Beaucoup auraient été contraintes à des aveux. Tous les moyens semblent bons pour museler et humilier ceux ou celles qui font fi des convenances. Des défenseurs des droits de l’homme parlent d’une campagne de répression visant à éradiquer le militantisme en faveur des droits des femmes et toute dénonciation du port obligatoire du voile.
Seulement, la presse n’a pas toujours bonne presse à l’ère de la désinformation, de la mésinformation et de la malinformation. Elle suscite parfois la méfiance, dans la mesure où la guerre informationnelle a longtemps masqué la vérité des faits. Le concept de « Sharp Power » est d’ailleurs souvent avancé. Il décrit des techniques utilisées par des États rivaux ou des groupes d’intérêts pour manipuler l’information, dénigrer l’adversaire ou abattre un régime.
Pour d’autres, la coupure d’Internet en Iran n’a pas facilité le travail de vérification, même s’il est établi que l’Iran a décidé, ces dernières années, de durcir la loi sur le port du voile.
Il est souligné qu’en 2024 et 2025, de nouvelles lois portant sur la chasteté et le hijab ont renforcé les sanctions : amendes exorbitantes, confiscation de véhicules, interdiction d’accès aux services publics comme les hôpitaux et les banques, et peines de prison pouvant aller jusqu’à dix ans pour « promotion de l’indécence ».
Une posture qui se justifie, aux yeux des esprits cautionnant la politique des autorités iraniennes. Selon eux, certains mouvements de femmes servent de leviers de déstabilisation d’un régime en période de tensions politiques.
Ils vont plus loin en soulignant que le voile, considéré comme un symbole identitaire de la République islamique d’Iran, est sacré. Le contester est perçu comme une attaque contre les fondements même de l’État.
Mais à l’heure où près de 60 % des étudiants sont des femmes, l’écho des voix dissonantes ne peut que retentir. Elles sont de plus en plus conscientes de leurs droits et disposent d’une nouvelle grille de lecture des textes religieux.
Le mouvement « Femme, Vie, Liberté », déclenché par la mort de Mahsa Amini en 2022, arrêtée pour un voile jugé « mal porté », a en tout cas créé des étincelles. Il pousse à réfléchir.
matel.bocoum@lesoleil.sn


