Dans les médias du monde entier, c’est le même rituel à la fin de chaque année : radios, télévisions et journaux reviennent tous sur les faits saillants de l’année écoulée. Les grands progrès réalisés. Les réformes phares mises en œuvre. Les hommes et les femmes qui les ont élaborées et portées. Les succès comme les malheurs. Bref, la presse nous dit ce qui a marché et ce qui ne l’a pas été, en mettant l’ensemble en perspective. Bien évidemment. Dans le jargon, l’exercice est appelé, à juste titre, la « rétro ». Tout le monde s’y met avec les armes (professionnelles, déontologiques et académiques) dont il dispose. Tous les secteurs sont concernés, sauf peut-être un, et l’on ne sait d’ailleurs pourquoi : celui de la presse. Oui, paradoxalement, dans le monde iconoclaste des médias, c’est presque l’omerta ou, en tout cas, peu d’organes font le bilan de leur propre secteur. Et pourtant, cette année aurait dû faire exception, tant il y a eu de choses pour ne pas dire de véritables rebondissements et chamboulements dans le milieu de la presse. Parfois dans des pays où on s’y attendait le moins, comme les États-Unis et la France, pourtant connus pour leur attachement à la liberté de la presse et à la protection des journalistes. En France, par exemple, les chaînes NRJ12 et C8 ont cessé d’émettre en février 2025, suite à la décision de l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) de ne pas renouveler leur fréquence, marquant ainsi un tournant majeur pour le paysage audiovisuel français. Dans le pays de l’Oncle Sam, non seulement on a assisté à des expulsions de journalistes, mais l’administration Trump n’a pas hésité à prendre des mesures visant à restreindre physiquement l’accès des médias à des zones où ils pouvaient auparavant exercer leur métier librement.
Rsf avait qualifié ces attaques de « véritable guerre » contre les médias, menée par la galaxie trumpienne à travers « des poursuites judiciaires coûteuses, des fermetures de médias financés par l’État et du harcèlement verbal des journalistes ». Fait inédit, le républicain est même allé jusqu’à ester en justice contre la Bbc, réclamant 10 millions de dollars à la chaîne publique britannique, qu’il accuse de diffamation après la diffusion d’un montage vidéo de l’un de ses discours. Sans compter toutes les menaces auxquelles ont été confrontés les journalistes dans l’exercice de leur profession : violences, intimidations, enlèvements, prises d’otages, harcèlement, détention arbitraire et torture. Mais plus grave et plus préoccupant encore, 2025 a été une nouvelle année meurtrière. Au total, 128 journalistes et professionnels des médias, dont 10 femmes, ont perdu la vie, selon un décompte de la Fij (Fédération internationale des journalistes). Tout près de chez nous, (Guinée, Mali, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria, Niger, Burkina Faso, Guinée-Bissau, Togo), Rsf a dressé un constat alarmant, annonçant une dégradation du statut global de la liberté de la presse, passée de « problématique » à « difficile ».
Un pays comme la Guinée a même enregistré la baisse la plus spectaculaire dans le classement mondial de la liberté de la presse, passant de la 74ᵉ position en 2024 à la 103ᵉ en 2025. Ainsi pour dire que dans plus de la moitié des pays du globe, les acteurs de la presse ont vécu une année terrible, marquée par toutes sortes de violation de leurs droits, avec des médias suspendus et des journalistes arrêtés. Heureusement, il existe encore quelques pays où le métier continue de s’exercer librement, sans grands soucis. Et parmi eux figure bien sûr le Sénégal, qui a grimpé de 20 places dans ce même classement, passant de la 94ᵉ à la 74ᵉ position. Notre pays fait toutefois face à un immense défi : celui de la nouvelle race de chroniqueurs qui ont dicté leur loi sur les plateaux durant toute l’année 2025.
Dès lors, toutes ces évolutions (fermetures de chaînes, pressions politiques, journalistes tués, classements en chute libre ou en progression) ne méritaient-elles pas que la presse fasse sa propre rétrospective ? À nos lecteurs d’en juger. Des lecteurs à qui nous souhaitons une excellente année 2026.
abdoulaye.diallo@lesoleil.sn

