Il y a des joueurs qui traversent les tournois, et d’autres qui les marquent à jamais. Sadio Mané appartient à cette seconde catégorie.
Depuis la Can 2015, première disputée par la star sénégalaise, jusqu’à l’édition 2025 au Maroc, l’ailier de 33 ans a façonné sa légende au rythme de ses dribbles, de ses buts et de ses larmes. Avec 10 buts et 9 passes décisives, Sadio Mané est désormais le joueur le plus décisif de l’histoire des Can depuis 2010. Contre le Soudan, en huitième de finale, Sadio Mané a délivré deux passes décisives à Pape Alassane Guèye et Ibrahima Mbaye. Deux offrandes qui lui permettent de dépasser la légende ivoirienne Yaya Touré et de devenir l’unique meilleur passeur de l’histoire de la compétition (9 passes décisives en 26 matchs).
Pourtant, le chemin fut long et parsemé d’embûches. En 2015, l’enfant de Bambali n’a que 23 ans et n’est encore qu’un jeune joueur prometteur évoluant à Southampton. Le Sénégal, sous la houlette du technicien français Alain Giresse, est éliminé dès la phase de groupes en Guinée équatoriale, à Mongomo. Sadio était dans l’ombre, mais cette première expérience laisse déjà entrevoir le tempérament d’un compétiteur déjà habité.
En 2017, au Gabon, sous la houlette d’Aliou Cissé, Sadio Mané revient plus mûr et plus tranchant. Les « Lions » brillent en phase de poules, et Mané s’impose comme le véritable fer de lance de l’équipe. Buteur, passeur, leader, il incarne la renaissance d’un football sénégalais qui enchaînait les désillusions depuis la demi-finale disputée en 2006 en Égypte. Mais l’histoire vire au cauchemar à Franceville en quart de finale. Le Sénégal dominateur pendant 120 minutes est éliminé aux tirs au but par le Cameroun de Vincent Aboubakar, futur vainqueur de l’épreuve. Sadio, en larmes, manque le dernier penalty. Une image gravée dans la mémoire collective.
Deux ans plus tard, en 2019, il repart en conquête, revanchard, sur les rives du Nil. Auteur de trois buts, il guide les « Lions » jusqu’en finale en Égypte. Mais, une fois encore, le destin se montre cruel : l’Algérie de Riyad Mahrez, déjà tombeuse du Sénégal en phase de poules, prive les « Lions » du sacre continental (0-1). Le 6 février 2022, à Yaoundé, la prophétie s’accomplit enfin. Le Sénégal devient champion d’Afrique pour la première fois de son histoire, et Sadio Mané en est le visage. Après avoir manqué un penalty en finale contre l’Égypte de Mohamed Salah, il transforme le tir décisif lors de la séance fatidique, face au fantasque gardien Gabaski. L’explosion de joie est celle d’un peuple tout entier. Élu meilleur joueur du tournoi, le double Ballon d’or africain offre au Sénégal le trophée tant attendu. Il n’est plus seulement un héros, il est devenu une légende nationale.
Un an plus tard à Yamoussoukro, la désillusion. Tenants du titre, les « Lions » sont éliminés dès les huitièmes de finale par la Côte d’Ivoire, pays hôte. Mané, moins tranchant, traverse une Can compliquée. Fatigue, blessures, contexte difficile : rien ne tourne en faveur du Sénégal. Fidèle à lui-même, il refuse pourtant d’accuser le coup publiquement. Il félicite les Ivoiriens et promet de revenir plus fort. À 33 ans, l’ancien « Red » de Liverpool dispute peut-être sa dernière Coupe d’Afrique des nations sous le maillot du Sénégal. Désormais sous les couleurs d’Al Sadd, il n’a rien perdu de sa grinta ni de sa lucidité, même à l’ombre des projecteurs partagés avec une icône planétaire comme Cristiano Ronaldo. Dès les premiers matchs au Maroc, Mané rayonne : buteur, passeur décisif, leader et fédérateur.
Cette Can 2025 lui permet d’inscrire un peu plus son nom dans l’histoire, en dépassant Yaya Touré pour devenir le meilleur passeur de tous les temps de la compétition. Dans le vestiaire, ses coéquipiers le surnomment affectueusement « le guide ». Son influence dépasse largement les statistiques. Sadio, c’est l’âme d’une génération, le trait d’union entre les pionniers de 2002 et les jeunes « Lions » d’aujourd’hui. En plus d’être le joueur africain le plus décisif de la Can sur les neuf dernières éditions, Sadio Mané porte le Sénégal comme on porte une promesse. Depuis Tanger, le numéro 10 avance au Maroc avec la détermination d’un leader en mission, habité par l’idée d’offrir une deuxième étoile aux « Lions ». Nanthio incarne l’âme de cette sélection sénégalaise devenue une référence continentale, toujours citée parmi les favoris après deux finales disputées en trois éditions.
Cheikhgora.diop@lesoleil.sn

