Que d’épiphénomènes charriés par cette Coupe d’Afrique des Nations (Can) qui a pris fin le dimanche dernier. Avec le sacre du Sénégal devant le pays hôte, le Maroc. Le royaume chérifien est un pays frère qui n’a pu échapper, tout comme l’adversaire du soir, à la passion du foot.
Les nerfs se sont tendus durant la rencontre, des décisions contestées, mais le match est arrivé finalement à son terme. Le vainqueur et ses supporters s’en sont donné à cœur joie pendant que les hôtes du tournoi écrasaient des larmes de déception pour un trophée qu’ils poursuivent depuis un demi-siècle. La dure loi du sport, du foot particulièrement, a frappé comme elle sait souvent se faire respecter dans les ultimes minutes.
Cette Can n’a laissé presque personne indifférente. Des images venues de partout montrent la célébration de la victoire sénégalaise dans de nombreuses parties du monde. Les « Lions » du foot, en véritables ambassadeurs, sont rentrés dans le même sillage : honorés, célébrés et fêtés comme il se devait par le peuple.
Des récompenses à la hauteur de l’exploit (terrains, argent…) faisant dire à quelqu’un une « belle exhortation aux jeunes de privilégier le ballon » comme pour anticiper sur une polémique prochaine à la tombée de la clameur victorieuse. Sans pour autant dénier une once au mérite des « Mbarodi ».
La fraternité est aujourd’hui de tourner la page des inimitiés footballistiques et de sauver les relations avec tous les pays amis et entre Africains. Une tâche pour des diplomates qui sauront sauver « l’essentiel de l’accessoire », selon la formule de Babacar Justin Ndiaye.
Le Coran ne tonne-t-il pas que « Les croyants sont des frères. Établissez la concorde entre vos frères et craignez Allah afin qu’on vous fasse miséricorde » (S 49/V10) ? Ainsi, comment comprendre et accepter que la passion du foot puisse prendre le dessus sur tout le reste.
Il est évident qu’il faudra situer les responsabilités (arbitrage, comportements, manquements et provocations des différentes parties), mais ne laissons pas le foot remettre tout en cause. La polémique s’invite au-delà du continent comme pour montrer que le foot est l’« opium du peuple » des temps modernes, en référence à Karl Marx qui critiquait la « religion comme une illusion qui apaise les souffrances des opprimés sans résoudre les véritables problèmes sociaux ».
Elle démontre surtout l’intolérance qui habite l’humanité de nos jours. Une humanité à la pointe de la technologie et des découvertes, mais dépourvue d’un sens de partage, de compassion, de justice. Un monde en ébullition en est la résultante.
Entre les menaces de Trump d’annexer le Groenland, après avoir capturé et extradé le président vénézuélien, et ses multiples menaces (taxes, surtaxes, restrictions sur le visa, menaces sur l’Iran, anéantissement de la bande de Gaza…), et les récriminations peu audibles et convaincantes des Européens, se révèlent un double jeu et un parti-pris évidents des plus forts qui essaient d’imposer leur loi dans tous les compartiments. Au nom du capitalisme. Du profit, de la plus-value.
Le soutien apporté aujourd’hui au Groenland devrait être le même pour la Palestine. Les injustices, ce sont également ces velléités d’immixtion du président de la Fifa dans le foot africain qu’il tente d’infantiliser sans retenue et neutralité.
Il est le seul à oser remettre un « Prix de la paix de la Fifa » récemment lors du tirage au sort du Mondial à Donald Trump, privé du Nobel dans un contexte tourmenté.
Peut-être un salut du côté germanique où le gouvernement allemand a confirmé, avant-hier, qu’il laissait le choix à la Fédération allemande de football de décider d’un éventuel boycott de la prochaine Coupe du monde 2026, co-organisée par les États-Unis, le Mexique et le Canada, en riposte aux menaces du président américain Donald Trump.
Ces menaces sont inhérentes aux tensions nées de la volonté américaine de s’emparer du Groenland et des menaces de taxes douanières accrues contre les États européens. Ainsi, plusieurs voix en Allemagne ont évoqué ces derniers jours l’option d’un boycott, voire d’une annulation du Mondial.
La Fédération allemande et la Fifa devront trancher en toute autonomie, a indiqué la secrétaire d’État aux Sports Christiane Schenderlein. Selon des infos fiables, cette évaluation incombe donc aux fédérations concernées, et le gouvernement fédéral acceptera leur décision.
Un boycott de la Nationalmannschaft, quadruple championne du monde qui n’a pas manqué un Mondial depuis 1950, sonnerait le glas du foot mondial. Une occasion pour les Africains de s’affirmer et de se faire entendre si jamais des visas ne sont pas remis à leurs supporters pour voyager aux États-Unis qui ne font plus rêver.
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