C’est demain. Le monde peut-il encore atteindre l’Objectif de développement durable 6, qui vise l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement ? Au Sénégal, la question se pose avec une acuité particulière, à la croisée de progrès notables et de défis structurels persistants, dans un contexte marqué par le changement climatique et la pression démographique.
Les 26 et 27 janvier 2026, le Centre international de conférences Abdou Diouf (Cicad), à Diamniadio, sera l’épicentre de cette interrogation mondiale. En accueillant la Réunion préparatoire de haut niveau de la Conférence des Nations Unies sur l’eau 2026, Dakar s’impose comme un carrefour stratégique de la diplomatie de l’eau, à un moment où l’urgence hydrique ne relève plus de l’anticipation, mais du vécu quotidien de millions de personnes.
Pour le Sénégal, l’ODD 6 n’est pas une abstraction. Selon les données du ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, en 2022, le taux d’accès à l’eau potable atteignait 98,7 % en milieu urbain et 96,9 % en milieu rural, plaçant le pays parmi les mieux positionnés de la sous-région.
Toutefois, derrière ces performances globales, les disparités territoriales et sociales persistent. Si l’accès à l’eau progresse, l’assainissement demeure le maillon faible de la chaîne. En 2022, le taux d’accès à l’assainissement tournait autour de 71,7 % en milieu urbain, contre seulement 52,6 % en milieu rural.
Un retard préoccupant, aux conséquences directes sur la santé publique, la dignité des populations et la résilience des territoires face aux chocs climatiques. La rencontre de Dakar rappelle ainsi une évidence : atteindre l’Odd 6 ne se résume pas à multiplier les infrastructures.
Il s’agit de passer de l’investissement à la durabilité, de renforcer la gouvernance, d’assurer la maintenance des ouvrages et de garantir des services accessibles, équitables et sûrs sur le long terme. Sans une volonté politique forte et continue, les politiques de l’eau risquent de demeurer fragmentées et insuffisamment financées.
Dans ce contexte, le Sénégal a une carte à jouer. Les grands projets structurants, tels que les Grands transferts d’eau, l’usine de dessalement des Mamelles ou encore l’usine de la Grande Côte, prévue à Tivaouane Peulh, sont appelés à soulager durablement les populations.
La Réunion préparatoire doit, dès lors, servir de catalyseur. Elle pose une question centrale : comment transformer les engagements internationaux en résultats concrets pour les populations ? Comment mobiliser davantage de financements pour l’assainissement, renforcer la prise en compte du changement climatique et protéger les ressources hydriques face à l’érosion côtière et à la variabilité climatique ?
Car l’eau n’attend pas. Chaque retard dans l’atteinte de l’Odd 6 se traduit par des maladies évitables, des inégalités persistantes et une vulnérabilité accrue des populations les plus fragiles.
À quatre ans de l’échéance de 2030, le Sénégal se trouve à un tournant décisif. L’Odd 6 reste atteignable, à condition que la lucidité, le courage politique et l’investissement durable prennent définitivement le pas sur les discours.

