Installé dans la capitale sénégalaise, Hallo Afrique, l’un des cinq hubs de communication du gouvernement allemand, fait de la lutte contre les fausses informations l’un des axes majeurs de son action en Afrique francophone. Dans cet entretien, Mme Kim-Mailin Weinrich, directrice régionale de communication, revient sur les initiatives de la coopération allemande dans ce domaine.
Pouvez-vous nous présenter en quelques mots Hallo Afrique et sa mission à Dakar ?
Hallo Afrique communique sur l’Allemagne et ses nombreuses relations avec les pays africains. Sur nos réseaux sociaux, nous informons en français sur l’Allemagne et sa politique étrangère, en mettant l’accent sur les sujets qui intéressent ici : la coopération allemande, la langue et la culture allemande, les opportunités. Notre objectif est de proposer une information accessible et factuelle de l’Allemagne.Nous suivons également l’espace informationnel : les sujets et narratifs qui circulent, mais aussi les désinformations, leurs canaux de diffusion et les acteurs qui en sont à l’origine.
Pourquoi l’Allemagne a-t-elle choisi d’implanter ce Hub d’information en Afrique de l’Ouest, et pourquoi Dakar en particulier ?
Notre présence reflète l’importance que l’Allemagne accorde à l’espace de l’Afrique francophone. Nous assurons une présence digitale avec une communication factuelle et fiable face à un environnement informationnel où les réseaux sociaux prennent de plus en plus d’importance, tout comme la désinformation et les tentatives d’influence ciblées.
Dakar est un très bon choix pour cela. Le Sénégal est un partenaire important de l’Allemagne et Dakar est un centre politique et diplomatique majeur dans la région. Depuis Dakar, nous pouvons toucher une grande partie de l’Afrique francophone en restant proches des débats et des évolutions sur place.
Comment définiriez-vous l’ampleur du phénomène de désinformation aujourd’hui en Afrique et en Allemagne ?
La désinformation est un défi mondial qui concerne aussi bien l’Allemagne que les pays africains. Elle ne se manifeste pas partout de la même manière : les sujets, les acteurs et les canaux de diffusion varient. Mais souvent, l’objectif est similaire : semer le doute, polariser les sociétés ou affaiblir la confiance dans les institutions. L’échange avec les partenaires africains nous permets d’identifier des solutions en commun : sensibilisation du public, fact checking systématisé et autres.
Quelles sont les formes de désinformation les plus préoccupantes que vous observez actuellement ?
Dans les pays africains, nous observons d’une part des dynamiques de désinformation internes, par exemple à l’approche des élections. D’autre part, les manipulations de l’information et les ingérences provenant de l’étranger – ce que l’on appelle la FIMI – ont également pris de l’ampleur.Dans notre travail, nous nous intéressons actuellement particulièrement aux fausses informations et aux narratifs trompeurs concernant le passé colonial allemand, la migration, l’Union européenne, et également la guerre d’agression russe contre l’Ukraine.
Pouvez-vous nous donner un exemple concret de désinformation que Hallo Afrique a contribué à identifier ou à démentir ?
Dans notre série LeVraiDuFaux nous abordons la désinformation au sens large. Nous donnons des conseils pratiques pour reconnaître la désinformation. Et, nous revenons sur certains narratifs récurrents qui, par exemple, ont servi de recruter des ressortissants africains avec des fausses promesses dans l’armée russe pour combattre l’Ukraine. Cela montre concrètement l’importance d’une communication factuelle : pour sensibiliser le public à ces méthodes et aider notamment les jeunes à examiner les offres en ligne avec prudence.
Quels outils ou méthodes utilisez-vous pour vérifier la fiabilité d’une information ? Comment collaborez-vous avec les médias et les autorités locales pour lutter contre ce phénomène ?
Nous croisons les sources et examinons toujours l’origine et le contexte d’une information. Mais surtout, Hallo Afrique travaille en étroite collaboration avec des journalistes et des fact-checkers dans la région. Cette expertise locale nous permet de comprendre les débats, les acteurs et les dynamiques propres à chaque pays. L’Allemagne soutient plusieurs projets de lutte contre la désinformation comme celui mis en œuvre par la GIZ
au Sénégal, en Côte d’Ivoire et dans des pays du Sahel. Il vise à renforcer la résilience des écosystèmes d’information et soutient des acteurs des institutions publiques, de la société civile et des médias afin de mieux identifier la désinformation et d’y répondre.
Quel rôle joue l’intelligence artificielle dans la propagation de la désinformation et dans la lutte contre elle ?
L’IA joue un double rôle. D’un côté, elle facilite la création de fausses informations. Il est possible de créer en quelques secondes de fausses images, vidéos ou voix qui semblent très réelles. Cela rend la désinformation plus facile à produire et à diffuser. Mais l’IA nous permet également d’analyser rapidement beaucoup de contenus et de repérer des informations ou des comportements suspects. Mais elle ne peut pas tout faire : l’expertise humaine, la vérification des sources et l’esprit critique restent essentiels !
Quels conseils donneriez-vous au grand public pour mieux distinguer une information fiable d’une fausse information ?
Il faut toujours vérifier la source : qui est à l’origine de l’information ? Est-elle fiable ? D’autres sources confirment-elles la même chose ? Il est aussi important de vérifier la date et le contexte, notamment pour les images et les vidéos. Et surtout : en cas de doute, mieux vaut ne pas partager. Chacun peut contribuer à freiner la désinformation.
Quels sont les projets ou priorités de Hallo Afrique pour les mois à venir ?
Notre priorité reste d’informer sur l’Allemagne et sa politique étrangère et d’interagir avec le public africain digital. Dans les prochains mois, nous allons notamment poursuivre notre série sur la désinformation. Nous préparons une série consacrée aux visas. C’est un domaine où circulent beaucoup de fausses informations et de fausses promesses. Notre objectif est simple : donner des informations claires et fiables pour aider notre public à mieux s’orienter.
Entretien réalisé par Arame NDIAYE

