Il y a des enceintes sportives, et il y a l’Azteca. Dressé dans le quartier de Coyoacán, au cœur de Mexico City, à 2 200 mètres d’altitude, le Stade Azteca n’est pas simplement un équipement sportif : c’est un sanctuaire, un lieu de pèlerinage pour quiconque aime le football.
En ce jeudi soir où le Mexique affronte l’Afrique du Sud dans le match d’ouverture de la Coupe du Monde 2026 devant 83 000 spectateurs, ce monument vivant écrit une nouvelle page d’une histoire déjà hors du commun.
Une naissance sous le signe de la démesure
Tout commence en 1961, lorsque les architectes Pedro Ramírez Vázquez et Rafael Mijares Alcérreca posent les premières pierres de ce projet pharaonique. Le match inaugural oppose le Club América au Torino FC le 29 mai 1966, devant 107 494 spectateurs. Une foule déjà vertigineuse pour une enceinte qui vient à peine d’ouvrir ses portes. Le président mexicain Gustavo Díaz Ordaz donne le coup d’envoi symbolique, en présence du président de la FIFA, Sir Stanley Rous. Le ton est donné : l’Azteca sera toujours un stade d’État, une scène pour l’Histoire.

Dès sa construction, l’ambition était totale. Le stade est perché à 2 200 mètres d’altitude, ce qui en fera l’un des défis physiques les plus redoutables pour les équipes visiteuses — une particularité qui nourrira des décennies de légendes tactiques et de souffrances respiratoires pour les équipes européennes et sud-américaines non acclimatées.
1968, l’Azteca entre dans la famille olympique
Deux ans à peine après son inauguration, l’Azteca accueille déjà le monde entier. Le stade a accueilli les Jeux olympiques d’été de 1968, et c’est dans son antre que se dispute la finale du tournoi de football olympique. Le 26 octobre 1968, la Hongrie affronte la Bulgarie devant 75 000 spectateurs pour la médaille d’or. Mais avant cette finale, l’Azteca avait déjà vibré au rythme d’une rencontre mémorable : le 15 octobre 1968, dans le monumental stade Aztèque garni de 90 000 spectateurs, l’équipe de France olympique domine nettement le Mexique, réalisant l’un des plus beaux exploits de son histoire. Ces Jeux de Mexico resteront parmi les plus marquants de l’ère moderne, portés par une atmosphère électrique et une ville qui s’offrait au monde.
C’est également lors de ces Jeux olympiques que l’Azteca établit son record d’affluence pour le football : 119 853 spectateurs lors du match Mexique-Brésil, le 7 juillet 1968. Un chiffre qui donne le vertige et qui reste gravé dans les annales comme un monument à lui seul.
1970, Pelé, le Roi, couronne son règne à Mexico
Deux ans après les Jeux, l’Azteca s’apprête à vivre son baptême du feu mondial. La FIFA a confié au Mexique l’organisation de la Coupe du Monde 1970, et le stade devient le cœur battant de la compétition. C’est le seul stade au monde à avoir vu Pelé remporter la Coupe du Monde de la FIFA. Le Brésil, magnifique tout au long du tournoi, écrase l’Italie 4-1 en finale et offre à son numéro 10 une troisième étoile mondiale la plus belle, la plus totale.

Mais l’Azteca 1970, c’est aussi, et peut-être surtout, le « Match du Siècle ». En demi-finale, l’Italie et l’Allemagne de l’Ouest se livrent un duel d’une intensité rare, qui bascule dans la prolongation pour s’achever sur le score de 4-3 en faveur des Italiens. Cinq buts en prolongation, des nerfs à vif, des joueurs épuisés qui continuent pourtant de se transcender : Mexico offre ce soir-là au football une de ses plus belles heures.
1986, Maradona, la main et le génie
Seize ans plus tard, le Mexique organise à nouveau la Coupe du Monde — en urgence, après le retrait du Colombia — et l’Azteca redevient le centre de l’univers footballistique. Cette fois, le héros s’appelle Diego Armando Maradona, et le quart de finale Argentine-Angleterre va inscrire son nom en lettres d’or dans l’histoire du sport mondial.

Le 22 juin 1986, dans ce même stade, Maradona inscrit deux buts qui résument à eux seuls toute la complexité du football : le premier de la main, dans un geste aussi culotté qu’illicite, baptisé la « Main de Dieu » ; le second après avoir dribblé la moitié de l’équipe adverse en partant du milieu de terrain, un chef-d’œuvre absolu que la FIFA reconnaîtra comme le « But du Siècle ». L’Azteca est également le seul stade au monde à avoir vu Diego Maradona remporter la Coupe du Monde de la FIFA. L’Argentine s’impose en finale face à l’Allemagne de l’Ouest sur le score de 3-2, et Maradona soulève le trophée sous les cieux de Mexico.
Un temple ouvert sur le monde
L’Azteca n’est pas qu’un théâtre de Coupes du Monde. Le stade a également accueilli les Jeux panaméricains de 1975, la Coupe du monde de football des moins de 20 ans en 1983 et la Coupe des confédérations en 1999. Il a aussi résonné au-delà du football : Michael Jackson s’y est produit lors de cinq concerts en 1993 devant près de 500 000 spectateurs au total, aux côtés d’artistes comme U2, Elton John ou Les Trois Ténors. Le pape Jean-Paul II y a célébré une messe en 1999 devant des centaines de milliers de fidèles. L’Azteca est un lieu de rassemblement universel, bien au-delà du sport.

2026, la consécration absolue
Ce jeudi 11 juin, en accueillant le match d’ouverture entre le Mexique et l’Afrique du Sud, l’Azteca accomplit ce qu’aucun autre stade au monde n’a réussi : ouvrir trois Coupes du Monde différentes, en 1970, 1986 et 2026. Une trinité de grandeur que rien, dans l’architecture des stades contemporains si brillants et si éphémères soient-ils ne pourra jamais égaler.
Soixante ans après son inauguration, rénové et modernisé à plusieurs reprises mais fidèle à son âme, l’Azteca regarde l’avenir avec la sérénité des monuments éternels. Il a vu Pelé pleurer de joie, Maradona exulter, des millions de spectateurs retenir leur souffle. Ce soir encore, sous les lumières de Mexico, il s’apprête à recevoir le monde. Comme il l’a toujours fait. Comme il le fera toujours.
Par Cheikh Gora DIOP


