Bassène et Manguiline, deux quartiers de Bignona, constituent le cœur battant de la commune. Mais le second a la particularité d’avoir joué un rôle majeur dans l’histoire économique de la capitale du Fogny. Plongée dans le passé glorieux de Manguiline (solide en diola), qui réclame aujourd’hui des infrastructures sociales dignes.
BIGNONA – Alors que des adultes prennent l’air à l’ombre des manguiers en sirotant leur thé en cet après-midi nuageux de septembre, des jeunes jouent au football sur la « pelouse » de la place mythique où tout se décide dans ce quartier. Les tout-petits, eux, traînent dans les ruelles bordées d’herbes. Nous sommes à Manguiline, l’un des deux premiers quartiers de la commune de Bignona.
Manguiline, qui signifie solide en diola, se trouve à quelques mètres du marigot de Bignona, dont une partie est devenue un grand abreuvoir pour les animaux. Mais, à l’époque, cette réserve d’eau était un lieu prisé par les pêcheurs.
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« Nous pêchions du poisson les après-midis, surtout le jeudi soir. On ramenait quelques pièces à la maison et on vendait tout le reste à 125 FCfa le kilogramme pour notre argent de poche. C’était inimaginable d’habiter à Manguiline et de ne pas savoir nager et ramer », se souvient avec nostalgie Pascal Sagna, délégué du quartier.
Situé à l’ouest de Bignona et bordé par le marigot, Manguiline a longtemps été au centre des activités de collecte et d’échange de produits agricoles et d’importations européennes. Ici, les habitants vivaient au rythme du commerce fluvial et routier de cette partie de la Casamance naturelle.
Des bars-restaurants, notamment le célèbre « Fogny », le « Casa », le « Bar Touriste », le « Bar Kassoumaï », ainsi que des sites historiques abandonnés restent les témoins du passé glorieux de la localité. Manguiline fut le cœur battant de l’économie de Bignona.
Ancien poumon écomique
L’école régionale et celle des filles y étaient implantées. On y croisait beaucoup de Mauritaniens et de Libanais, notamment les familles Fall, Tall, Aïdara, Bougazelli, Kouéri, Savaya…
« Les bateaux chargés d’arachides et de produits locaux passaient par là. Ils ramenaient aussi de la marchandise d’ailleurs. Dans notre enfance, ce marigot était un lieu de vie : nous y nagions et nous y pêchions quotidiennement », se remémore Pascal Sagna.
Cependant, au cours du XXᵉ siècle, Manguiline a perdu sa vocation de centre commercial avec le déclin de l’économie coloniale et le bitumage de la route nationale. À cette période, l’activité économique de Bignona s’est progressivement déplacée vers l’est de la ville.
L’ancien poumon économique de la commune était aussi un grenier agricole grâce à la riziculture dans les bas-fonds. Avant le nouveau découpage administratif, Manguiline abritait le premier marché (appelé aujourd’hui « ancien marché »), la préfecture, le district sanitaire, l’ancienne gare routière, le poste de santé, etc. Ce quartier a vu naître et grandir d’éminentes personnalités.
Le premier maire par intérim de Bignona, avant même l’indépendance du Sénégal, Paul Ignace Coly, habitait à Manguiline. Ses successeurs, Édouard Sagna, Kémo Camara ou encore François Xavier Coly, en étaient tous issus. « Presque tous les maires de Bignona, à part Émile Badiane et Angrand Badiane, habitaient ici », témoigne Pierre-Marie Coly, l’un des doyens de Manguiline.
« C’était un quartier attrayant. Il y avait beaucoup de palmiers, de manguiers, de fromagers, de caïlcédrats et d’arbres fruitiers. Et le marigot était très poissonneux. Les colons avaient déplacé beaucoup de familles, car ils voulaient construire leurs villas, mais le projet n’a pas abouti », relate le vieux Pierre-Marie, dit Baba, qui a participé, à l’époque, à l’écriture du Code du travail. Sa maison se trouvait à côté du marigot où poussent aujourd’hui de nombreux arbres.
Dans ce quartier calme et paisible, l’herbe a pris le dessus dans les cours des maisons et dans les ruelles. « Nous allons désherber après l’hivernage. Si nous le faisons maintenant, ça va repousser. Ces herbes nous permettent de freiner le ruissellement des eaux. Cela évite aussi de rendre le sol glissant », explique Natalie Diatta, épouse de Pierre-Marie Coly.
Un système de canalisation, l’urgence absolue
En 1986, le quartier a été marqué par d’importants travaux hydrauliques avec la construction du canal de Manguiline. Mais aujourd’hui, la canalisation et l’assainissement restent les problèmes majeurs du secteur qui reçoit les eaux venant du Plateau. « Nous sommes sur le versant de la ville. Les eaux du caniveau depuis Médina Plateau se déversent sur nos routes. Seule une canalisation permettra d’avoir de bonnes voies », préconise le délégué de quartier.
Pascal Sagna et ses voisins déplorent également l’insuffisance de l’éclairage public. De leur côté, les femmes réclament un point de collecte des déchets. « Nous voulons un dépotoir d’ordures. La Société nationale de gestion des déchets (Sonaged) ne passe pas pour le ramassage. Nous brûlons nos ordures et cela a des conséquences environnementales et sanitaires », plaident Mme Diatta et ses camarades.
Au-delà de sa quiétude, Manguiline a longtemps été un modèle de cohésion sociale. Ici, catholiques et musulmans vivent en parfaite harmonie. Aujourd’hui, tous espèrent voir leur quartier doté d’une case de santé et d’une école préscolaire afin de poursuivre la formation de l’élite de demain.
Reportage de Kadidiatou SONKO (Correspondante)

