Entre Genève et Dakar, la facilitatrice parentale certifiée indépendante Bernadette Ndiaye, Berny la « Lingeer seereer » sur les réseaux sociaux, parvient, grâce à la magie de la toile, à façonner l’éducation de plusieurs enfants. Avec cette générosité débordante que ses proches lui témoignent, la créatrice de la page Facebook « Maman 2.0 & Warriors », avec sa communauté, soutient financièrement et moralement plusieurs femmes en détresse. Portrait d’une femme inspirante.
Son rêve d’enfant était de devenir journaliste. Mais à la place d’une salle de rédaction, Bernadette Ndiaye – ou Berny la Lingeer Seereer sur les réseaux sociaux – s’est retrouvée dans le monde de l’éducation, précisément socio-éducatif. En effet, à son arrivée à Genève il y a 20 ans, la native de Guédiawaye s’est lancée dans ce domaine. Un choix loin d’être fortuit, car les enfants ont toujours été sa passion. « Mes seules sorties étaient liées au mouvement Cv-Av (Cœurs vaillants – Âmes vaillantes du Sénégal), qui œuvre pour les enfants. Mon amour pour la cause enfantine a débuté là-bas, d’abord à la paroisse Notre-Dame de Joie (devenue Saint-Jean-Paul II). Petite « CV », je suis devenue accompagnatrice, et je reste aujourd’hui une « Âme vaillante » active à distance », confie-t-elle.
C’est donc tout naturellement et facilement que Bernadette lâche tout pour « se consacrer pleinement » à sa passion. Pourtant, l’intégration de la « Lingeer seereer » dans ce pays alpin ne s’est pas faite sans quelques anecdotes cocasses, même si le froid et la fondue suisse ont failli la rebuter. Ayant quitté Dakar sous une température de 34°, elle est arrivée à Genève « en plein hiver, avec des sandales ». « En voyant le plat composé uniquement de fromage et de pain, je me suis demandé si c’était vraiment cela le repas. La mère de mon amie, qui m’avait invitée, a vite compris mon appréhension et m’a préparé des pommes de terre », raconte-t-elle dans un éclat de rire, ses amis continuant encore de la charrier sur ces deux épisodes.
Même si, aujourd’hui, elle est une fervente amatrice de fondue, en plus du « Domoda » et du « Thiébou Kétiax ». D’esprit ouvert, Berny a réussi à s’adapter au système et au mode de vie suisse, et ce, en dépit « des moments compliqués », avec notamment un enfant à gérer seule. D’ailleurs, la barrière linguistique n’a pas été un obstacle grâce à sa maîtrise de l’espagnol. Une langue que Berny a apprise auprès de ses cousines lorsqu’elle passait ses vacances chez son oncle, professeur d’espagnol à Mbour.
Après le Bac, l’ancienne pensionnaire du Lycée Limamoulaye de Guédiawaye s’est perfectionnée pendant deux ans à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). « Cette langue m’aide énormément aujourd’hui. À Genève, je travaillais dans un quartier à forte communauté sud-américaine et espagnole. Je me débrouillais très bien pour échanger avec les parents. Des années plus tard, cette langue m’a été d’un grand secours dans mon travail », soutient celle qui, malgré la distance, n’a jamais voulu couper les liens avec son pays d’origine.
D’ailleurs, ses nombreuses vacances au Sénégal ont fini par créer un déclic, la poussant à partager son expertise éducative avec ses compatriotes. Berny décide alors de révolutionner la manière d’éduquer sans casser les codes. Pour celle que son amie Fatimata Diao, dite Safi Dia sur les réseaux, décrit comme « une personne très ouverte, avec un grand cœur et très altruiste », est convaincue qu’on ne peut plus éduquer les enfants comme nos parents le faisaient. Seulement, les moyens financiers font parfois défaut pour réaliser un tel pari.
Face à l’isolement grandissant des mères et à la surexposition des jeunes aux écrans, Berny crée le groupe « Maman 2.0 : éducation bienveillante et positive ». Il ne s’agit pas d’un simple forum de discussion, mais d’une véritable plateforme de transmission où l’on partage astuces, conseils d’experts et soutien moral. « »Maman 2.0″ a été trouvé par mon fils quand il était petit, car il me trouvait « cool et branchée ». Le terme « Warriors » vient d’une amie qui, après une période difficile de ma vie en Europe, m’a qualifiée de guerrière », informe celle qui déteste la malveillance, la violence et l’injustice.
La facilitatrice parentale certifiée s’appuie sur une équipe solide et cosmopolite pour accompagner les parents, en alliant le meilleur de la culture occidentale et de la culture sénégalaise. Il s’agit pour elle de les aider à trouver l’équilibre entre « la bienveillance et la fermeté », mais également d’aider les mères à gérer leurs émotions pour éviter les violences à l’endroit de leurs enfants.
Outre l’accompagnement éducatif, Berny, avec ses collaboratrices, mène des actions sociales lors des fêtes ou de la rentrée des classes à travers le concept « Maye si xol ». « Elle est toujours sur tous les fronts et c’est aussi une personne très bienveillante et sincère, donc si l’on dépasse cette limite, on découvre une facette qu’on ne lui connaissait pas », témoigne Khadija Tida Dansokho.
Mais cet engagement tous azimuts ne manque pas d’inquiéter ses amis Badara Mboup et Mamby Dieng. Ils considèrent que Berny a tendance « à s’oublier » à force de se donner pour les autres. Loin de là. La « Warrior » parvient aujourd’hui à s’évader à travers les voyages, la cuisine et la nature.
Ses moments d’évasion, elle les mène souvent de concert avec son adolescent, qu’elle décrit comme sa plus belle réussite et sa principale source d’inspiration. Entre la mère et son fils s’est tissée une complicité profonde. Devenu son confident, le jeune homme marche sur les pas de ce frère disparu, dont l’absence reste une blessure vive, tout comme le souvenir de sa mère, partie entre ses bras.
Malgré ce poids, Bernadette Ndiaye demeure droite dans sa posture d’éducatrice et de mère, qui fait désormais de sa propre vie sa plus belle leçon.
Par Fatou SY

