Elle voulait être parmi celles qui assurent le suivi de la santé de la femme tout au long de sa vie, mais sa destinée l’a conduite ailleurs. Car Khadija Kouyaté figure désormais parmi les filles qui insufflent la lumière du Coran aux âmes qui cherchent le droit chemin, notamment aux tout-petits grâce à ses enseignements.
« L’homme propose, Dieu dispose », ce vieux dicton résume bien la vie d’Amira Khadija Kouyaté. Native de Grand Dakar, un quartier périphérique de Dakar, elle avait dès son jeune âge tracé la voie qu’elle songeait à suivre et la profession qui la tentait.
« J’aimais trop la médecine et mon plus grand rêve était de devenir médecin. Je voulais être gynécologue afin d’offrir des soins à nos sœurs et mères dans le besoin. Parce que c’est un secteur où on n’a que des hommes », confie la jeune Oustaza âgée de 26 ans, en souriant.
Si Khadija sourit en pensant à ses ambitions, c’est que son destin est loin de ce qu’elle s’imaginait. À cause d’un défaut d’état civil, elle verra son rêve s’effondrer sans même pouvoir décrocher son baccalauréat. Parce que tout son cursus scolaire, elle l’a fait en français. Même si elle suivait des cours de Coran en parallèle.
« Je n’attendais que de décrocher mon bac pour me lancer »
« Ce qui m’a le plus poussée à arrêter les études en Terminale, ce sont juste des problèmes de papiers à l’état civil. Je n’ai même pas pu faire l’examen. Or, j’avais demandé tous les renseignements qu’il fallait, la formation à suivre pour devenir gynécologue. Donc, je n’attendais que de décrocher mon baccalauréat pour me lancer. Mais Dieu en a décidé autrement », narre la jeune Ya Seyda.
Ayant très tôt maîtrisé le Coran, Khadija dispensait déjà des cours pour les enfants et les mamans de son quartier. Déjà en classe de Terminale, elle alliait ses cours et les enseignements dans les mosquées pour les femmes âgées. Et même avant cela, elle organisait des cours de vacances de Coran.
« J’allais dans les écoles pour qu’on me prête des salles de classe. Et à la fin de l’année, j’organisais une cérémonie de récital de Coran pour clôturer nos activités », dit-elle avec fierté.
La détermination étant le point de départ de toute réalisation, l’engagement de la jeune élève sera le point de départ pour une nouvelle vie professionnelle. Faussée par ses papiers, elle sera contactée pour donner des cours de Coran dans le quartier.
« Et c’est progressivement que mon destin a changé car j’avais de plus en plus d’apprenants. Machallah, parce que cela a été bénéfique pour moi. J’ai pu développer une certaine complicité avec les enfants et un amour pour le métier. Donc, j’ai consacré tout mon temps à cela », confie-t-elle.
Des moments de lassitude
Cependant, la jeune Amira avoue qu’elle a eu naturellement des moments de lassitude, sachant qu’elle ne sera pas en mesure de passer son bac malgré ses ambitions folles en tant qu’adolescente.
« C’est vrai qu’au début ce n’était pas évident pour moi d’abandonner mon rêve pour des raisons qui étaient indépendantes de ma volonté. Mais c’est ma foi qui m’a guidée et m’a forgée. Donc, je m’en suis remise au Tout-Puissant en disant que c’était peut-être ma destinée et que c’était le meilleur pour moi », se réconforte-t-elle.
Ayant une foi indélébile pour sa religion et le Noble Coran, Ya Seyda Khadija ne s’apitoie pas sur son sort. Car elle reconnaît qu’il n’y a rien de plus noble que de transmettre la parole d’Allah (Swt). D’ailleurs, rappelle-t-elle, c’est ce qu’a recommandé le Prophète Mouhammed (Psl) : « Même si vous ne connaissez qu’un seul verset du Coran, transmettez-le aux croyants ».
Bien qu’ayant un engouement fou pour l’enseignement religieux et un attachement pour les enfants, Amira Khadija signale avoir essuyé beaucoup de moqueries à ses débuts en tant que voilée.
« Certaines me disaient que j’allais les effrayer avec mon grand voile. Parce qu’on est dans un pays où les gens croient que le voile est une affaire de culture arabe. Donc, quand ils voient une femme voilée, ils pensent que c’est hors du commun. Or, ils oublient que c’est une recommandation divine », précise-t-elle.
En réalité, c’est dans la sourate 33, verset 59 (Al-Ahzab) du Coran qu’Allah a dit : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs grands voiles (jilbâb) : elles en seront plus vite reconnues et exemptes de peine. »
Mais malheureusement, se désole-t-elle, quand on se voile, selon elle, on perd certaines de ses amies qui pensent qu’on n’est plus du même monde. Cependant, à force de persévérer, on se rend compte qu’on est sur le droit chemin.
« Il faut être déterminée et engagée quand on se voile. Donc, les filles qui souhaitent porter le voile n’ont qu’à se lancer. Parce que la mort n’attend pas et il n’est jamais trop tard pour se repentir. Et si nous voulons avoir une vie tranquille, nous devons suivre les recommandations divines », lance-t-elle à l’endroit des sœurs qui ont encore peur de porter le voile.
Mariama DIEME
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