La conférence inaugurale du premier Festival ouest-africain des arts et de la culture (Ecofest 2025), prononcée le lundi 1er décembre, au Grand Théâtre national Doudou Ndiaye par le professeur Mamadou Fall, a ouvert le débat sur le rôle crucial de la culture face aux mutations politiques et aux crises qui secouent l’Afrique de l’Ouest. Le spécialiste des dynamiques sociopolitiques africaines a livré une analyse profonde, rappelant que l’origine de nombreux conflits réside dans un déficit culturel et identitaire.
La culture est le premier rempart contre les conflits, selon Mamadou Fall. L’universitaire prononçait, le lundi 1er décembre, au Grand-Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose, la leçon inaugurale du premier Festival ouest-africain des arts et de la culture (Ecofest 2025, 30 novembre- 6 décembre) sur le thème « Mutations et crises politiques en Afrique de l’Ouest : que peut faire la culture ? ».
M. Fall a souligné que les conflits se multiplient là où persiste un déficit de culture. Il a précisé aussitôt que la culture ne doit pas être réduite au folklore ou au « décor ». Elle est, a-t-il affirmé, « un instrument de convivialité, un lien entre les peuples, une valeur cardinale » autour de laquelle les communautés se retrouvent. Lorsqu’une société parvient à renouer avec ses identités les plus fondamentales, elle crée naturellement un espace où les tensions n’ont plus de raison d’être.
Pour étayer ses propos, le spécialiste des dynamiques sociopolitiques africaines a cité l’exemple du Mali, qu’il présente comme une illustration parfaite d’un conflit enraciné non dans des enjeux politiques ou sécuritaires, mais dans des dissonances culturelles et communautaires. Ces fractures, anciennes et profondes, témoignent, selon lui, d’un manque de reconnaissance et de compréhension des identités communes.
Vers un changement de paradigme
Poursuivant, le professeur Fall a rappelé une vérité qui, selon lui, est souvent négligée. Il s’agit de l’existence d’une unité culturelle africaine, largement démontrée depuis plus d’un demi-siècle par Cheikh Anta Diop. Si les sociétés africaines prenaient pleinement conscience de ce qui les relie, des fondements identitaires hérités de leurs propres communautés, beaucoup de conflits trouveraient moins d’espace pour éclore.
Pour lui, le déficit d’identité et de reconnaissance mutuelle reste l’un des moteurs les plus puissants de la violence contemporaine. D’où l’urgence d’intégrer les identités communes dans la pédagogie, dans les épistémologies africaines, mais également dans les politiques publiques de développement. En d’autres termes, la culture doit redevenir un référentiel central.
C’est ce diagnostic, a indiqué le professeur, qui pousse aujourd’hui à un changement de paradigme : réhabiliter les savoirs endogènes. Trop longtemps cantonnée au folklore, la culture doit être comprise comme une véritable « économie politique » faite de sons, de lumières, de valeurs et d’émotions. Ces éléments constituent, selon le professeur Fall, la « sève vivante de l’être humain », celle qui structure les sociétés et peut servir de liant entre leurs différentes composantes.
Ainsi, il a appelé à une organisation, une valorisation et une mobilisation consciente des ressources culturelles pour renforcer la cohésion sociale. Car, a-t-il rappelé, c’est ce qui fondamentalement définit les êtres humains.
Sur le thème : « Mutations et crises politiques en Afrique de l’Ouest : que peut faire la culture ? », cette conférence inaugurale a ouvert officiellement le cycle des panels, débats et rencontres intellectuels d’Ecofest 2025. Le ton est donc donné.
Il s’agira de penser la culture non comme une simple expression artistique, mais comme une force politique, sociale et identitaire capable de retisser les liens là où se creusent les fractures. Un appel à réinventer les réponses aux crises en s’appuyant sur ce que les sociétés africaines possèdent déjà en partage : une culture riche, vivante et profondément fédératrice.
Adama NDIAYE

