Elle a laissé son empreinte sur l’histoire du très célèbre groupe Kaoma. Elle a prêté sa voix à Touré Kounda et sa silhouette à des créateurs de mode. Fania Niang, parce qu’elle a depuis l’enfance voulu chanter, continue d’écrire et de chanter.
Ses gestes portent l’empreinte de la pudeur. De la timidité, peut-être. De son corps, pas des plus robustes, jaillit une limpide voix. Qui, elle, a bien de la carrure. Un concert. Quelque part. Deux mille huit (afin, année de publication de la vidéo sur YouTube). La scène n’a pas eu besoin de mille artifices. La singularité de la voix de l’artiste l’orne. Les Africains, les Européens, les Chinois, le monde…la chanson « Sopi » interpelle tout le monde. Peu importe, si la vidéo qui montre Fania Niang habillée un peu hippi a perdu de ses pixels ! La voix, perce toujours. Toujours d’actualité, le message. Ça, c’est la Finia Niang qui gère sa carrière solo. 1989, l’été, et « La Lambada » qui dicte la température. Le tube planétaire du groupe Kaoma traîne son texte ainsi que son sensuel clip et…vous y verrez une silhouette d’ébène née à Koungheul. C’est la même personne qui chantera plus tard « Sopi », mais, du temps où elle apportait son talent à cette osmose musicale qu’est le Kaoma. Fania Niang alors, c’est aussi ça : une carrière musicale en groupe ainsi qu’une en solo. Un autre groupe ? Oui, et pas n’importe lequel ! Celle qui tient l’accordéon tout au début du clip dont il a été question plus haut, a tenu le chœur pour Touré Kounda. La classe quoi… Cette étincelle artistique qui scintille sur son iris soixantenaire, Fania la reçut de sa mère. C’était il y a une vie. Paris le solfège La fille vit une mère exécuter des pas, au milieu de la foule, durant des fêtes traditionnelles, et se trouva instinctivement une voie. L’art, voilà. Brise alors la guitare que cette petite de 12 ans achètera pour s’essayer aux accords, mère ! L’esprit de l’art avait déjà pris possession de son corps. Elle le suivra partout. Qui la mènera à Paris. Paris « les mathématiques de la musique ». Paris le solfège. Paris la danse. Et Paris, le mannequinat. Pas les scènes, mais, les ateliers et les showrooms, où des créateurs dessinent sur sa silhouette formes et courbures de robes. Solfège, danse, mannequinat…que d’expériences ! Et rien de tout ça ne s’est perdu. Il faut voir et écouter « Ma robe noire » pour s’en convaincre. « Ma robe noire » ? Taisez musiques et voix, et lisez sur la prestation de la silhouette « femme nue, femme noire ».
Le clip de Fania illustrera bien le poème de Senghor. Car Fania, c’est aussi ça : poésie. Oh, vous l’entendrez, au lieu de dire « syllabes », dire « pieds ». Ainsi en est-il d’elle, qui versifie, même lors d’une discussion qui ne devait être qu’en prose. Vous pourrez aussi entendre lui échapper un « put… » aussitôt rattrapé par un « pardon ». The lady keeps her rock’n’roll soul alive ! Solfège, danse, mannequinat, que de possibilités. Mais, « j’avais refusé beaucoup de choses », confie Fania. « J’aurais pu bosser avec Jean-Paul Goude, être une deuxième Grace Jones. Sinon, je serais une Madonna africaine aujourd’hui ». « Éducation », « chaînes » qui tiennent, les mots sont lâchés !
« La Lambada » a beau être réclamée par Winie Mandela ou chez Gorbatchev, dans le pays de l’une de ses artisans, elle reste un bruit lointain. Qu’on a voulu garder le plus loin possible. Solfège, danse, mannequinat…que de choses nécessaires pour trouver sa place dans un monde exigeant du show-business. Mais, depuis le début, la dame savait ce qu’elle voulait faire.
« Le mannequinat, ce n’était pas vraiment un travail pour moi. J’ai toujours rêvé de faire de la musique ». « J’ai toujours rêvé de faire de la musique »… Fania Niang se définit comme un « électron libre ». C’est aussi une citoyenne des grandes villes du monde. Cependant, notre Ramatu vient souvent déposer ailes et valises entre les mains de Dame Téranga. Chez elle. Aux Almadies. Dans une maison ?
Dans un sanctuaire. Dans une maison-jardin. Dans un environnement externe et verdoyant qui mime son monde intérieur et créatif. Ce que Fania Niang chante, elle le matérialise aussi dans l’aménagement de son espace de vie. C’est une question d’empreinte. « L’Empreinte », c’est d’ailleurs le titre de son dernier album solo. Maison-jardin, a-t-on dit. Album botanique, a-t-elle fait. L’ « Indigo » y chante-t-elle. « Niene », en hommage à la Terre, y compose-t-elle. « Sopi »…Heu, « Sopi », ce n’est pas 99 ? Si, mais, le message de « Sopi » semble être une pierre angulaire dans l’édifice musical de l’artiste chanteuse. Disons donc qu’ « Interlutte », qui est « un cri face aux menaces actuelles, une réflexion sur les luttes collectives et Intérieures », représente une actualisation du message de « Sopi », qui appelait au changement, il y a un peu plus de deux décennies.
Pour Michael Soumah, les huit titres de « L’Empreinte » constituent plus qu’un album musical. « Œuvre-mémoire », « méditation poétique », « déclaration d’amour à la création et à l’humanité », la dernière création fanienne est un condensé de sincérité, de force et de profondeur, inscrit dans la matière sonore. « L’Empreinte », qui est sorti en novembre 2025, devient le cinquième album de cet esprit libre que l’art a fait voyager un peu partout dans le monde. Il vient après « Sopi » (édité et distribué par le label Sony Music Entertainment en 1999), Naturel (2004), Silmakha (2008) et Animiste (2014).
Elle l’avoue, tous ses albums n’ont pas eu le même succès que celui du début du XXIe siècle. Comme celui de 2014, dont la sortie a coïncidé avec de malheureux évènements terroristes à Paris. « Le titre, ça ne sonnait pas », explique-t-elle. Et pourtant, ce qu’elle entend d’ « Animiste », aurait dû aider à donner du relief à l’album, même dans ce contexte. Tout ce qui nous entoure vit : c’est cela son « Animiste ».
Ce tout devant, par conséquent, être protégé et non terrorisé ! Son sanctuaire des Almadies transpire cette idée de « Paradis » qu’elle veut pour ces animaux qu’elle y héberge. Ces arbres, aux racines bien ancrées et qui s’étirent vers le ciel pour donner de l’ombre à ce « Paradis » sont à l’image de l’écolo qui les a plantés. …« Une musique fusionnée » d’Afrique à l’attention du monde Elle a été portée très haut par son art, mais ne s’est pas pour autant extirpée du substrat spirituel qui fait son être.
Elle et les arbres, son « Paradis » et la vie, ne sont finalement qu’empreintes. « Une empreinte de celui qui vit là, de là-haut, qui est infini. Et avec un coup de dessin, qui a fait qu’on est là. Nous sommes ses œuvres d’art. C’est nous qu’on doit protéger plus que des machines». Pour faire son « Empreinte », Fania Niang a travaillé avec divers musiciens, par exemple Youssou Ndour ou encore l’Orchestre national. Elle en garde une impression d’échanges féconds. Qui font rêver. Elle croit aussi qu’avec la dynamique qu’il y a présentement, l’Afrique a tous les instruments pour composer « une musique fusionnée qui peut être écoutée dans le monde entier ». Elle fait, elle croit, elle rêve. Et l’un de ses plus grands rêves, « c’est d’avoir des fans qui ne sont pas encore nés ».
Par Moussa SECK


