Né en 1929 à Saint-Louis, mais déclaré à Khombole, Maguette Ba, plus connu sous le nom de Ben Cheikh, aura traversé près d’un siècle d’histoire sénégalaise, plume à la main et regard affûté.
À Thiès, où il a vécu l’essentiel de sa vie, il s’est imposé comme une mémoire vivante, un témoin engagé des mutations sociales, politiques et culturelles.
Agent au ministère de l’Information, il ne s’est jamais réellement retiré du métier. À la retraite, loin de ranger son stylo, il enchaîne les collaborations avec Dakar Matin, la RTS puis Le Soleil. Sur le terrain, il reste actif jusqu’à 87 ans, fidèle à une certaine idée du journalisme : rigueur, proximité et sens du devoir.
Ce qui frappe chez Ben Cheikh, au-delà de la longévité, c’est l’engagement. Celui d’un homme qui croyait profondément en la mission d’informer. « Tant qu’il jouissait de ses facultés mentales, il ne rangerait jamais sa plume », confie son fils, Oumar Ngatty Ba, lui-même journaliste. Une promesse tenue.
Homme de relations et de fidélité, il fut proche de Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine, rencontré durant leur passage à l’armée. De cette époque, il gardera un sens aigu de la discipline et une éthique de travail irréprochable.
Auprès des jeunes journalistes, Ben Cheikh était une référence. Toujours disponible pour conseiller, orienter, transmettre. Il répétait souvent : « Il faut toujours avoir le courage en bandoulière». Une maxime à son image, faite d’audace et de droiture.
Sa disparition, survenue le même jour que celle de son grand frère Moustapha, ajoute une dimension poignante à son départ.
Parti en 2023 (à l’âge de 96 ans), il a laissé derrière lui une trajectoire dense, marquée par l’humilité, le professionnalisme et une passion intacte pour l’écriture.
Aujourd’hui, il repose au cimetière de Madoki, à Grand Thiès. Mais dans les rédactions comme dans les mémoires, Ben Cheikh demeure. Comme ces journalistes d’une autre époque, pour qui informer relevait presque du sacerdoce.
Par Salla GUEYE


