La ville de Kolda a accueilli la première édition du Salon international du livre de Kolda (Saliko). Du 12 au 14 février, l’esplanade de la mairie était la capitale du livre.
KOLDA – C’est une effervescence des grands jours qui a régné sur l’esplanade de la mairie de Kolda. Durant 72 heures, du 12 au 14 février, les rayonnages ont remplacé le décor habituel pour accueillir la toute première édition du Salon international du livre de Kolda (Saliko).
Un baptême du feu réussi : le salon a littéralement refusé du monde. Sous un soleil de partage, l’événement a vibré au rythme de la « souveraineté littéraire ». De jeunes lecteurs aux yeux pétillants, des amoureux des belles lettres et des curieux venus des quatre coins de la région se sont pressés devant les stands des nombreuses maisons d’édition présentes. Cette année, c’est la région voisine de Sédhiou, invitée d’honneur, qui a apporté sa touche fraternelle à la fête.
Le thème, « La contribution des écrivains de Kolda », a pris vie à travers des moments forts : de la solennité de la leçon inaugurale à la chaleur des rencontres entre écrivains et élèves. Entre deux panels de haut niveau, l’ambiance s’est faite festive au son des prestations culturelles et des animations qui ont ponctué ces trois jours de célébration. Le Saliko s’est achevé sur une note d’excellence avec la remise de distinctions, marquant l’amorce d’une nouvelle ère pour la culture en Casamance. Plus qu’un salon, il s’agit d’un rendez-vous avec l’identité et l’avenir.
Représentant le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, le directeur du Livre et de la Promotion de la lecture a indiqué que le Saliko est « un événement, une revendication légitime, une affirmation de la richesse du Fouladou ». Il a évoqué un terroir fécond, nourri d’imaginaires, de récits et de mémoire. Pour Ibrahima Lô, Kolda a donné naissance à des plumes exceptionnelles.
Pour une renaissance littéraire
Pour l’écrivain-éditeur Seydou Sow, coordonnateur du premier Salon international du livre de Kolda, l’épanouissement intellectuel du Sénégal, pays de géants comme Senghor, Cheikh Anta Diop ou Cheikh Hamidou Kane, repose sur une transformation profonde de l’écosystème du livre. Son diagnostic s’est articulé autour de trois axes d’urgence. Il s’agit de l’urgence des infrastructures, notamment la création de bibliothèques sur l’ensemble du territoire. En effet, l’écrivain a déploré l’absence d’une bibliothèque nationale d’envergure et appelle à un maillage territorial serré. Il a souligné l’exemple inspirant de la mairie de Kolda, pionnière dans l’installation d’une bibliothèque municipale au sein de ses édifices. Aux yeux de M. Sow, la lecture doit être accessible à chaque échelon : national, municipal et communal. Le constat est amer concernant le Centre culturel de Dakar, dont l’état actuel l’empêche de remplir pleinement sa mission de rayonnement. Il a appelé à une réhabilitation de ces lieux emblématiques.
En revanche, M. Sow a salué le rôle vital des Clac (Centres de lecture et d’animation culturelle). Grâce à l’action de la Direction du Livre et de la Lecture, ces centres permettent aux auteurs sénégalais d’être diffusés et vendus sur l’ensemble du territoire, jusque dans les zones les plus reculées. C’est peut-être le point le plus saillant de son discours : le silence des critiques. L’écrivain-éditeur a affirmé que la critique est un service : « Une critique objective n’est pas une attaque personnelle, mais un levier de progression pour l’écrivain », a-t-il précisé. Il a dénoncé également l’absence d’exigence face à la médiocrité. De son point de vue, « sans regard critique pour souligner les failles d’une œuvre, la littérature risque de s’enliser dans la complaisance». C’est la qualité de la critique aujourd’hui, a ajouté Seydou Sow, qui garantira aux enfants l’accès à une « belle et bonne littérature» demain.
Pour que le Sénégal reste une terre de lettres, a-t-il conclu, il ne suffit pas d’écrire ; il faut bâtir des lieux pour lire, restaurer les centres pour animer et oser la critique pour exceller.
Ibrahima KANDÉ (Correspondant)

