Situé au quartier 10e, non loin du marché central de la ville, le Musée régional de Thiès est classé patrimoine national. Mais, cette infrastructure culturelle n’attire pas à cause de son manque criant de personnel et de son exposition permanente.
Le Musée régional de Thiès ne se résume pas simplement à un bâtiment. Il s’inscrit dans un vaste site historique abritant à la fois le fort et le musée. Conservateur de ce lieu emblématique depuis 2016, André Pierre Coly indique que la création de ce site remonte à 1879. À l’époque, les Français avaient constaté que les caravanes quittant le Baol pour se rendre à Thiès, Rufisque et Dakar, souvent peu sécurisées, étaient régulièrement attaquées. C’est ainsi qu’ils ont décidé de construire un poste de police à Pout, qui n’a finalement jamais été achevé, car il a été saccagé par les villageois. En représailles, des troupes venues de Gorée sont intervenues pour punir les villages impliqués. Mais, dans leurs plans, les Français avaient déjà prévu de s’installer durablement sur le site.
« Ils s’y sont installés vers 1864, d’abord sous des tentes, puis dans des baraquements. En 1879, ils ont décidé de fortifier le site ; d’où la date inscrite sur le mur. Ils n’étaient pas nombreux, environ une quarantaine au départ. Progressivement, ils ont construit des maisons pour accueillir les soldats qu’ils faisaient venir », a expliqué le conservateur du musée, ajoutant que la construction de logements en dehors du site a donné naissance au camp du « 10e », à l’origine du nom du quartier actuel. « À partir de 1958, une unité appelée 10e régiment y a été installée. Celle-ci a été dissoute en 1964 et le camp fermé en 1965. Les soldats encore en activité ont alors dû se reconvertir ailleurs », rappelle M. Coly.
Dans les années 1970, le ministère de la Culture a récupéré le site. Les maisons ont été attribuées à des fonctionnaires et un centre culturel y a été installé, bien que son directeur fût basé à la gouvernance. En 1971, le site a été inscrit sur la liste du patrimoine national. Par la suite, il a été décidé d’en faire un musée qui sera finalement inauguré en 1975. « Au départ, le musée était géré par les agents du centre culturel. Ce n’est que dans les années 1980 qu’un premier conservateur, Mahanta Tall, a été nommé. Plusieurs projets ont été envisagés, dont celui d’un musée des chemins de fer, qui n’a pas vu le jour immédiatement. Ce n’est qu’à partir de 2005 qu’une collecte a été lancée pour concrétiser cette idée.
2000 à 3000 visiteurs enregistrés par an
Le musée compte, aujourd’hui, trois salles. Il y a la salle du chemin de fer qui retrace l’épopée du rail, initiée sous Faidherbe. On y retrouve des objets techniques, tels que des téléphones muraux de gare, des lampes à mèche, des trompettes de signalisation et des bâtons pilotes utilisés pour éviter les collisions sur voie unique. La salle ethnographique quant à elle attire particulièrement les élèves. Elle aborde des thématiques variées : la préhistoire, les résistances armées et pacifiques, l’esclavage, mais aussi la cohésion nationale. On y retrouve également un espace consacré à la culture sérère noon. Une carte des ethnies y illustre le brassage culturel et le cousinage à plaisanterie, piliers de la paix sociale au Sénégal.
Malgré cette richesse, le musée peine à attirer un large public. Il enregistre entre 200 et 300 visiteurs par mois, soit environ 2000 à 3000 par an. « Les prix sont pourtant accessibles, avec des tarifs symboliques : 50 FCfa pour les élèves du primaire, 100 FCfa pour le moyen et le secondaire, 200 FCfa pour les étudiants et 500 FCfa pour les non-Sénégalais », souligne le conservateur. Mais, selon lui, un problème persiste. C’est l’exposition permanente. « Les élèves qui reviennent retrouvent la même chose, même plusieurs années après », regrette André Pierre Coly, indiquant que des expositions temporaires ont été tentées, comme celle sur la bataille de Samba Sadio, sans susciter l’engouement espéré. À ses yeux, le principal défi reste le sous-effectif, car, relève-t-il pour le déplorer, depuis sa création, le musée n’a jamais eu plus de deux agents. « Il nous faut une véritable équipe, notamment pour la promotion et l’animation culturelle », plaide le conservateur.
Aliou DIOUF et Moussa SOW (Photos)

